1 min de lecture Didier Deschamps

Didier Deschamps sur RTL : "Les joueurs français ont une liberté trop importante"

J-4 avant le premier plongeon dans le grand bain pour Didier Deschamps. Le nouveau sélectionneur des Bleus entame en effet, avec ses hommes, la phase de qualifications pour le Mondial 2014 avec une confrontation contre la Finlande. A cette occasion, RTL l'a rencontré. L'occasion de revenir sur son départ de Marseille, sur sa vision du jeu et sur les exigences qu'il manifeste à l'égard du joueur.

Avant toute chose, vous avez perdu dix kilos, vous semblez revenir en forme. L'OM vous a abîmé ?

"Il faut être bien dans sa tête pour s'occuper de soi. J'ai consacré beaucoup de temps à m'occuper des autres, avec pas mal de problèmes. Les vacances m'ont permis de m'occuper de moi."

Le terme est à la mode. On a dit que vous étiez un sélectionneur "normal" ? Qu'est-ce que ça veut dire ?


"La normalité est subjective. Je suis comme je suis, avec mes valeurs. Ce poste de sélectionneur est très exposé, avec beaucoup de responsabilités. Je dois faire en sorte de faire vivre l'équipe au quotidien, et surtout d'atteindre notre objectif : nous qualifier pour la coupe du monde au Brésil, en 2014."

Quels sont les mots-clés de votre conception de l'équipe de France ?

"C'est le travail, le rigueur, le respect, l'humilité, la simplicité, la détermination, l'envie, l'exemplarité... Toutes ces notions doivent normalement faire partie de la vie d'un sportif de haut niveau, or c'est problématique en football car c'est un sport plus exposé. Les écarts ont donc une résonance médiatique importante."

Vous vous retrouvez à Clairefontaine, 14 ans après le Mondial-98, mais en tant que sélectionneur cette fois-ci. Comment vivez-vous ce changement de rôle ?

"Indépendamment du rythme du travail, qui n'est pas le même, je n'ai pas les mêmes obligations qu'en tant qu'entraîneur. Je n'ai pas à gérer le quotidien, c'est la grande différence. L'autre, c'est que je choisis. Je sélectionne ou je ne sélectionne pas. En club, on doit s'adapter à l'effectif. Certains joueurs arrivent, d'autres partent. Ici je n'ai pas ce souci, je sélectionne ceux qui paraissent aptes à intégrer le groupe dans le cadre du projet que je me veux mettre en place."

Disposer de si peu de temps avec ses joueurs pour mettre en place une équipe, c'est difficile pour un sélectionneur ?


"Il faut aller à l'essentiel, même si on aurait envie de faire beaucoup de choses. Il y a toujours ce problème de temps, travailler sur le terrain et beaucoup discuter. Avec les nouvelles technologies, on arrive également à mettre en images pas mal de choses. Après ce sont les joueurs les acteurs, c'est par leur intelligence et leurs choix qu'ils sont les maîtres sur le terrain."

Quand Noël Le Graët (NDLR : le président de la FFF) vous a proposé le poste, y avez-vous réfléchit à deux fois ?

"Ma négociation de séparation avec l'OM s'est terminée très tardivement, le dimanche 1er juillet à 3h du matin. C'était impossible pour moi de donner une réponse le lendemain. Le président avait la liberté de choisir quelqu'un d'autre, mais il a décidé de me laisser le temps de réfléchir. J'y ai été sensible car il me voulait absolument. J'ai besoin de lucidité quand je dois prendre des décisions importantes."

En fin de saison, vous saviez déjà que vous alliez quitter l'OM ?

"Oui, j'avais pris cette décision avant la fin de la saison. Les conditions de travail n'étaient pas réunies. Pour mon bien et celui du club, il fallait que je parte parce qu'il n'y avait pas d'autre choix."

Le fait de succéder à Laurent Blanc vous posait-il problème ?

"Ce qui me gênait n'était pas de lui succéder. Il sait comme moi que ça peut aller dans un sens comme dans un autre dans un club ou une sélection. Mais je pensais qu'il allait rester et continuer. Il a des arguments qui sont très certainement recevables. Mais le fait qu'il arrête au moment où je me libère est une coïncidence. Il y a beaucoup de choses qui ont été dites qui sont fausses. Je n'avais pas rencontré avant Noël Le Graët, ni acheté d'appartement à Boulogne. Je me suis expliqué avec Laurent, qu'il sache réellement comment ça s'est passé. Notre relation humaine est plus importante que tout ça."

Qu'est-ce qui vous a finalement convaincu d'accepter le poste ?

"Il y a un sentiment qui a toujours présent au fond de moi, par rapport à l'attachement que j'ai au maillot de l'équipe de France. Les arguments les plus négatifs n'auront jamais plus de poids que ce que représente ce maillot."

Est-ce que vous n'êtes pas trop jeune pour prendre en main l'équipe de France ?


"Non, je me disais que ça allait venir à un moment, avec ce que j'ai connu en tant que joueur. Après ça aurait pu arriver avant, arriver après ou ne jamais arriver du tout. Il faut que les conditions soient réunies, à savoir que je sois libre et que je sois le choix du Président."

Laurent Blanc voulait s'inspirer du jeu de l'Espagne. vous, c'est plutôt le style à l'Italienne ? Quelle est votre philosophie de jeu ?

"Les étiquettes, on te les colle. De par mon passé de joueur en Italie.  Et encore, à l'Euro, les Italiens étaient plus portés vers l'attaque. Mais c'est plutôt sur la mentalité, cette rigueur, cette culture de la gagne. Là-bas, tu ressens ça au quotidien.  Je me suis senti comme un poisson dans l'eau. Mais le haut-niveau, c'est le résultat"

Êtes-vous pragmatique au point de vous adapter à l'adversaire ?

"C'est un rapport de forces.  Ou tu es plus fort, ou tu lui imposes. Quand tu parles de l'Espagne, la référence aujourd'hui, tu te dis 'pourquoi toutes les équipes ne jouent pas comme ça ?'.  Mais il faut avoir les joueurs. Tu peux essayer de t'en rapprocher mais le but de chaque entraineur c'est d'être efficace, offensivement et défensivement, peu importe le système de jeu.  Il faut un équilibre. Par moment, l'équilibre peut être en difficulté.  Mais tout dépend de ce que fait l'adversaire. Je ne suis pas là à dire 'bien défendre c'est important au niveau' et je passe autant de temps à travailler l'attaque que la défense.  Je préfère avoir une équipe qui maitrise et qui impose le rythme à son adversaire mais ce n'est pas possible. On s'adapte par rapport aux joueurs. Je souhaite prendre des joueurs qui peuvent s'intégrer dans un système.  Le temps doit permettre de créer des affinités et des relations techniques. Sur la liste des 23, il a énormément de joueurs entre 5 et 20 sélections, ce qui est très peu.  Avoir une expérience au niveau international, c'est avoir 50 sélections. Et on n'en a pas beaucoup".

Avez-vous l'impression de repartir de zéro ?


"Il y a eu de bonnes choses avec Laurent (Blanc). Il a fait progresser l'équipe depuis l'Afrique du Sud où il est parti de zéro, le désert total. Il a des choses qui ont été bonnes, d'autres moins. Après, je viens avec mes idées. Mais le challenge sportif est plus difficile. C'est plus compliqué de se qualifier pour le Mondial 2014 que pour l'Euro 2012. Mais je ne veux pas que mes joueurs se disent qu'ils vont finir deuxièmes. Avant de rencontrer l'Espagne, il faut faire le plein"

Depuis 1998, les Bleus ont toujours réussi à se qualifier pour les grandes compétitions.  Dans le contexte actuel  et avec le  niveau des joueurs, ne pas le faire serait un échec ?

"Évidemment. Pour l'équipe de France, être présente sur la scène internationale est très important. Et pour les joueurs, c'est une énorme expérience. Il n'y a rien de plus beau. L'objectif, c'est d'y aller"

Que manque t-il aux Bleus actuellement ?

"Pour être compétitif au haut-niveau, il faut de l'expérience et un bon état d'esprit, avec un groupe qui vit bien. Pas de succès dans un groupe qui s'entend bien. Il faut aussi être exigeant avec soi-même avant de l'être pour les autres. Dire 'moi je fais pas parce que lui il n'a pas fait', ça ne marche pas. Je peux être dur. Je ne suis pas là pour leur dire des choses agréables."
 
En défense, est-ce qu'il faut s'attendre à une charnière centrale différente de celle mise en place par Laurent Blanc (NDLR : Mexès-Rami) ?

"C'est un équilibre à trouver entre un joueur un peu plus technique et un peu plus physique. La base d'un défenseur c'est de savoir défendre. En revanche, l'animation dans les couloirs est très importante. Je n'ai pas envie d'avoir des latéraux qui se cantonne dans la ligne de quatre et qui ne bougent pas, ils doivent être capables d'être de bon centreurs et de participer à la phase offensive."

Laurent Koscielny a peu joué ces derniers temps, et pourtant il est sélectionné. Est-il votre chouchou ?


"C'est un titulaire à Arsenal, il a les qualités d'un bon défenseur, bon avec le ballon et dans les duels. Il a de la vitesse. Le souci aujourd'hui c'est le temps de jeu : ses dernières 45 minutes, c'était le 12 août en amical..."

Au milieu, quel système privilégiez-vous ?


"Tout dépend, c'est là encore une question d'équilibre. Aujourd'hui j'ai la chance d'avoir énormément de bons joueurs au milieu de terrain. Il y en a ceux qui sont revenus, d'autres qui ne sont pas encore là."

Connaissez-vous déjà votre "11" type ?

"Si vous me demandez l'équipe qui va débuter en Finlande vendredi, à une ou deux exceptions près je la connais déjà. Mais vous la trouverez tout seul ! L'idéal pour moi, c'est qu'il y ait une petite vingtaine de joueurs similaires d'une sélection à l'autre. Les trois, quatre, cinq autres places se jouent en fonction de la forme du moment."

Les arrivées de Mavuba et Landreau sont-elles consécutives aux problèmes de comportement qui sont apparus en EDF ces dernières années ?

"D'abord ce sont des joueurs qui remplissent les critères sportifs en club. Après le fait d'être ou d'avoir été capitaine compte. C'est le cas également pour Gonalons ou Yanga-Mbiwa, ce sont des leaders."

Avez-vous prévu de mettre des choses au point avec Jérémy Ménez ?

"C'est déjà fait. Il a la qualité de toutes façons, mais il faut intégrer ce talent-là dans l'effectif. Je ne veux pas avoir d'attaquant qui me dit 'moi je ne suis pas là pour défendre' lorsque que l'équipe n'a pas de ballon."

Que demandez-vous aux joueurs en terme d'exemplarité ?

"Je discute avec beaucoup de monde, les problèmes de comportements ressortent unanimement. Le public attache autant d'importance à l'attitude qu'au résultat. Mais je ne demande rien de spécial, mais il y a des attitudes à avoir, et je trouve ça normal. Il faut qu'ils aient conscience qu'ils font le plus beau métier du monde, et qu'ils ont la chance de pouvoir faire plaisir à des gens. Ca n'est pas donné à tout le monde. Sourire, être disponible, même au bout de la 15ème fois qu'on se fait prendre en photo avec un pépé, un enfant... Simple et disponible."

Certains des joueurs ne semblent pas entendre les reproches ?

"Il faut que ses joueurs puissent savoir ce qui est bien et ce qui est pas bien.  De 0 à 6 ans, c'est à ce moment que tu découvres les bases.  Ce n'est pas à moi de le faire. Certains ont eu des parcours très difficiles. En France, les joueurs ont une liberté trop importante et certains en profite. Le bien et le mal, de nos jours…Je suis surpris parfois… Au moment de la Marseillaise, mâcher un chewing-gum, ce n'est pas normal.  Aux JO, ils n'ont pas tous chanté mais je ne vais pas l'imposer.  Je préfère que les joueurs chantent et surtout, connaissent l'hymne.  Mais si ils n'ont pas ça au plus profond d'eux...Au-delà de ça, il y a une attitude. Avec les gros plans, on voit sur les visages si un mec est prêt à défendre les couleurs de son pays.  En 1998, certains ne chantaient pas mais une fois sur le terrain, il faut tout donner. Tous les joueurs de l'Italie ne chantent pas leur hymne, regardez mieux"

"En France, nous ne sommes pas des passionnés de football non plus. En 1998, avant la demi-finale face à la Croatie, j'avais pété un plomb avec "les costards-cravates". Il y avait du monde au stade mais pas les vrais supporters. Je m'étais permis de réclamer plus de passion et plus de ferveur. En France, ça vient avec les résultats.  On n'a jamais été un peuple de passionnés. Le sport à l'école, on doit en mettre plus depuis longtemps et pourtant, c'est limité. Et là, c'est deux heures. Et avec le trajet aller-retour, ça ne fait plus qu'une heure…"

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