5 min de lecture Street art

Le street-art, une porte d'entrée "sexy" vers le féminisme

REPORTAGE - Cécile Fara et Julie Marangé proposent chaque week-end une visite "Street Art et féminisme" sur la Butte aux Cailles, dans le XIIIème arrondissement de Paris.

"Souriez vous êtes vivants" nous dit l'artiste de street-art Miss-Tic Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
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"Souriez vous êtes vivants" nous dit l'artiste de street-art Miss-Tic Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
L'artiste Mass-Toc parodie les œuvres de Miss-Tic. Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
"Le temps est un serial qui leurre" : Cécile Fara et Julie Marangé présentent une oeuvre de Miss-Tic. Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
"J'ai du vague à l'homme", Miss-Tic joue sur les mots pour célébrer l'indépendance des femmes. Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
"La douce heure du cinq à sept", l'artiste Miss-Tic renverse les stéréotypes. Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
Cécile Fara présente une oeuvre de l'artiste de street-art COMBO. Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
"L'abus de plaisir est excellent pour la santé" : Julie Marangé présente une oeuvre de Miss-Tic. Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
"Le temps est un serial qui leurre" : Cécile Fara et Julie Marangé présentent une oeuvre de Miss-Tic. Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
Julie Marangé, organisatrice du tour, présente une oeuvre de la street-artist Miss-Tic Crédits : Marie Zafimehy / RTL Girls | Date : 23/03/2018
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Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Bravant la neige qui tombe à gros flocons, un groupe de visiteurs et visiteuses se presse autour de Cécile Fara et Julie Marangé. Sur les hauteurs de la Butte aux Cailles, dans le XIIIème arrondissement de Paris, ces deux étudiantes organisent chaque week-end un tour intitulé "Street Art & Feminism" - "Street-Art et Féminisme" - entièrement dispensé en anglais. 

Bien que la visite guidée se déroule dans une ambiance détendue, pas question pour les deux guides de laisser place aux ambiguïtés. "On ne parle pas de féminisme mais bien de féminismes, au pluriel", précise Julie Marangé après avoir cité la définition du Larousse. Selon elle, cette dernière ne "prend pas en compte la diversité du mouvement". Le ton est donné. 

Comme un écho, la première étape de la visite nous montre les deux faces d’un même combat : la libération des femmes. D’un côté de la rue, une œuvre de Miss-Tic, artiste emblématique du street-art parisien. "Souriez vous êtes vivants" peut-on lire sur la façade d’un restaurant. Le slogan est accompagné d’un pochoir représentant une femme exhibant une robe rouge moulante et de longs cheveux noirs. De l’autre, un autocollant de son pendant parodique, Mass-Toc, représentant une femme visiblement grosse, fière d’exhiber ses formes. 

D’un côté, une silhouette incarnant volontiers les stéréotypes féminins tout en célébrant l’indépendance. De l’autre un message plus inclusif, "qui se veut plus body-positive", explique Cécile Fara. Sur les murs de la Butte, les deux artistes se défient, imposant leur style et leur vision de la féminité.

S’il n’est pas intersectionnel, le féminisme ne vaut rien.

Julie Marangé, organisatrice du tour "Street Art & Feminism"
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Pendant le tour, Cécile Fara et Julie Marangé, duo parfaitement complémentaire, enchaînent explications, analyses et anecdotes. Stéréotypes, plaisir féminin, pornographie… À travers les œuvres présentées, les deux acolytes content l’histoire des femmes et du féminisme en livrant leurs propres interprétations. 

Point d’orgue de la narration : la création du premier vibromasseur qui aurait été inventé à la fin du XIXème siècle pour calmer les "crises d’hystérie" de certaines femmes… en leur donnant un orgasme. "L’abus de plaisir est excellent pour la santé".

"L'abus de plaisir est excellent pour la santé" : Julie Marangé présente une oeuvre de Miss-Tic.
"L'abus de plaisir est excellent pour la santé" : Julie Marangé présente une oeuvre de Miss-Tic. Crédit : Marie Zafimehy / RTL Girls

Un artiste anonyme a suspendu des escarpins sur un fil tendu entre deux immeubles : un moyen, pense Julie Marangé, de dénoncer l’injonction faite à certaines femmes de porter des talons pendant le Festival de Cannes ou dans le cadre de leur uniforme de travail. 

Sur une façade, l’artiste COMBO a dessiné Tintin et le Capitaine Haddock habillés en couple de mariés : l’occasion de parler mariage pour tous et intersectionnalité. Une étape indispensable. "S’il n’est pas intersectionnel, le féminisme ne vaut rien", lance Julie Marangé alors que le groupe est installé dans un bar du quartier une fois le tour terminé.

Cécile Fara présente une oeuvre de l'artiste de street-art COMBO.
Cécile Fara présente une oeuvre de l'artiste de street-art COMBO. Crédit : Marie Zafimehy / RTL Girls

Âgées de 22 ans, les deux entrepreneures ont étudié les "Gender Studies" (études de genre) en Angleterre avant de revenir s’installer à Paris. À leur retour dans la capitale, elles regrettent de ne pas retrouver la même effusion féministe d’outre-Manche et ne s’engagent dans aucune association. Elles préfèrent monter leur propre projet. 

"Cécile & Julie", une start-up féministe

Tout commence lorsqu'elles se rencontrent en cours d'entrepreneuriat en première année de Master à Sciences Po. "Ça a matché", se réjouissent-elles. Les douze cours terminés, elles décident alors de poursuivre leur aventure au hackathon organisé par le site internet "My Little Paris" en novembre dernier. Le projet de start-up féministe qu'elles y développent séduit le jury. Il leur conseille vivement d’organiser leur premier événement sans plus tarder.

"Notre but maintenant est de créer une start-up appelée 'Cécile & Julie' qui proposerait différentes activités autour du féminisme", s’enthousiasme Cécile Fara. Leur objectif : "démystifier le féminisme" et le rendre "sexy" alors qu'il reste un thème peu abordé dans l'enseignement français. "Nous voulions enseigner le féminisme, mais pas à des gens qui savent ce que c’est. Nous voulions toucher des gens qui n’y connaissent rien", explique Julie Marangé.

"J'ai du vague à l'homme", Miss-Tic joue sur les mots pour célébrer l'indépendance des femmes.
"J'ai du vague à l'homme", Miss-Tic joue sur les mots pour célébrer l'indépendance des femmes. Crédit : Marie Zafimehy / RTL Girls

Vaste programme, semé d'embûches. "Au début, on avait des peurs qui nous retenaient, et le pire c’est qu’on avait conscience que c’était un conditionnement", explique Cécile Fara. Alors que leurs collègues masculins ne doutaient jamais de leurs capacités lors de leurs cours d'entrepreneuriat, les deux étudiantes se surprenaient à s’auto-censurer.

L’idée de passer par le biais du street-art est venue par hasard lors d’une balade sur la Butte aux Cailles. "La concentration de street-art féministe est incroyable ici", explique Julie Marangé, les yeux brillants. Cécile Fara acquiesce : le tour leur "permet de parler de féminisme en montrant une face cachée de Paris". Aujourd’hui, elles affichent complet sur la plupart de leurs tours et ne tarissent pas d’idées d’événements à organiser.

Si la moitié des gens retiennent quelques trucs, c’est une réussite.

Cécile Fara, organisatrice du tour "Street-Art & Feminism"
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Les clients de "Cécile & Julie" s’inscrivent principalement au tour de street-art directement sur le site "AirBnb Experiences", ou grâce aux réseaux sociaux. C’est le cas de Jenifer, une Américaine en séjour à Paris avec son conjoint Brandon - seul homme présent sur les huit personnes inscrites au tour en ce dimanche enneigé.

"Le street-art est vraiment un bon moyen de sensibiliser au féminisme, confie-t-il, c’est partout autour de nous et accessible à tous !" Jenifer acquiesce : "C’est juste sous nos yeux, et maintenant nous allons regarder différemment les œuvres que nous croisons." Elle est ravie d’avoir pu profiter d’un autre point de vue, en plein mouvement #metoo et d’éveil mondial des consciences concernant les violences faites aux femmes. "C’est intéressant de voir ce que représente le féminisme en France et comment c’est interprété ici."

Les boissons terminées, le petit groupe se sépare. Cécile Fara arbore son bonnet "Girl Power", customisé pour l’occasion. Mission accomplie ? "On essaye de parler de tous les aspects du féminisme en une heure et demie, et si la moitié des gens retiennent quelques trucs, c’est une réussite", conclut-t-elle en souriant.

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