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JoJo sort l'album "Mad Love" : pourquoi il ne faut pas manquer son come-back

PORTRAIT - Après un fulgurant succès au milieu des années 2000, JoJo a entamé une longue bataille juridique avec sa maison de disques. Des années difficiles dont elle revient enfin libérée avec un troisième opus.

JoJo est de retour avec "Mad Love"
JoJo est de retour avec "Mad Love" Crédit : Atlantic Records / Brooke Nipar
Benjamin Pierret
Benjamin Pierret

"J'emmerde les excuses." C'est avec ce titre que JoJo a choisi de faire son grand retour. Sa chanson Fuck Apologies, en duo avec Wiz Khalifa, est tirée de son troisième album Mad Love, sorti le 14 octobre dernier. Un morceau dont le titre n'a rien d'anodin. Bien que les paroles évoquent une simple rupture, la résonance avec son propre parcours est évidente : JoJo, Joanna Levesque de son vrai nom, a des comptes à régler

Née en 1990 dans le Vermont, la chanteuse goûte à un succès planétaire dès 2004. Alors qu'elle n'a que 13 ans, elle sort Leave (Get Out), un tube R&B efficace qui trouve immédiatement son public aux États-Unis comme en Europe. Il permet à la pré-adolescente de marquer les annales de la musique pop : elle devient la plus jeune artiste solo de l'histoire à décrocher la première place du classement Billboard.

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JoJo - Leave (Get Out) Official Music Video [2004]

Un triomphe fulgurant qui lui ouvre les portes des scènes les plus regardées des États-Unis, comme celle des Teen Choice Awards 2004. Face à Jojo, on découvre un Adam Sandler médusé et de jeunes adolescents qui connaissent ses paroles par cœur. S'en suivent deux albums immédiatement adoptés par le public : JoJo, en 2004, et The High Road, deux ans plus tard. La suite ? Jojo disparaît du devant de la scène durant dix années, jonchées de luttes juridiques avec une maison de disques qui la retient en otage. Une période dont elle parle aujourd'hui avec le recul et l'honnêteté de celle qui s'en est tirée. Le come-back de JoJo est un événement à ne pas manquer, et on vous explique pourquoi. 

Parce que c'est une survivante

Les ennuis commencent après la sortie de son second album, porté par le tube Too Little, Too Late. Pour des raisons floues, le label de Jojo, Blackground Records, arrête de diffuser sa musique. La chanteuse se confie à BuzzFeed en 2013 : "J'ai enregistré trois versions de ce troisième album. Nous avons choisi la liste de chansons, nous avons fait de multiples séances photos, nous avons choisi la couverture, les crédits, tout. [...] Blackground a perdu leur contrat de distribution chez Interscope, et si vous arrivez à savoir pourquoi, ce serait un miracle." À cette époque, la jeune pop star a perdu tout contact avec sa maison de disques, mais se retrouve coincée : depuis qu'elle a 12 ans, elle est enchaînée au label pour un contrat de sept albums. 

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Jojo entame des poursuites pour se libérer de ceux qui l'empêchent de poursuivre sa carrière librement. En parallèle, elle réussit quand même à sortir deux mixtapes sur Internet : Can't Take That Away From Me ("Vous ne pouvez pas me prendre ça") et Agápe, en 2010 et 2012. Durant ces longues années de bataille, la jeune femme peut se reposer sur le soutien d'un noyau de fans resté fidèle : la résistance s'organise sur Twitter avec le hashtag #FreeJojo et un tumblr de soutien à la star est également mis en ligne. 

La délivrance arrive officiellement en janvier 2014. Le Los Angeles Times annonce que la jeune artiste a remporté la bataille. Pour cela, elle s'est appuyé sur une loi des États de New York et de Californie selon laquelle un contrat signé par une personne mineure ne peut pas dépasser les sept années. Dans la foulée, Jojo change de cap et signe chez Atlantic Records. Elle entame enfin l'enregistrement de son troisième album, celui dont elle avait été privée. Un parcours du combattant durant lequel Jojo a goûté à ce que l'industrie du divertissement américain peut réserver de pire à ses jeunes égéries. 

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JoJo - Fuck Apologies feat. Wiz Khalifa [Official Video]

Parce qu'elle fait tomber les étiquettes

Malgré elle, JoJo est devenue l'une des représentantes de l'envers du décor de l'industrie musicale. Comme une Kate Moss surprise en pleine consommation de cocaïne en 2005 ou une Britney Spears se rasant le crâne en public en 2007, l'interprète de Leave rejoint le cercle peu envié des gloires déchues, abandonnées aussi vite qu'elles ont été adoptées. Mais comme ses aînées, Jojo a remonté la pente et fait preuve aujourd'hui d'une franchise surprenante. Loin de l'image proprette qu'elle affichait enfant, Jojo parle sans tabou des difficultés d'être une enfant-star et des excès de la célébrité.

Je ne m'aimais plus et j'étais persuadée que je n'avais pas de futur

JoJo
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Parce qu'elle n'a plus peur, JoJo balance : dans une interview pour Popsugar l'été dernier, elle révèle que son absence s'explique en partie par son poids, qui posait problème à ses supérieurs : sa maison de disques refusait de sortir ses morceaux si elle n'affichait pas une taille plus fine. Un chantage qui l'a poussée à prendre des mesures radicales et, surtout, dangereuses : "Ils m'ont emmenée voir un nutritionniste, et m'ont donné tous ces compléments que je m'injectais [...] cela diminue le nombre de calories dont votre corps a besoin, alors je ne mangeais que 500 calories par jour. C'est la chose la plus malsaine que j'aie jamais faite." Des demandes effarantes auxquelles elle s'est sentie obligée d'accéder : "Je me disais que si je ne le fais pas, mon album ne sortira pas." 

La carrière de Jojo semble finie, sa santé négligée et son label la snobe : autant de problèmes personnels et professionnels qui lui ont fait prendre un mauvais chemin, comme elle n'a pas peur de le raconter à Rolling Stones : "Le mécanisme de survie que j'avais choisi, c'était l'alcool. [...] J'étais dans une spirale où je ne m'aimais plus et j'étais persuadée que je n'avais pas de futur." Une période sombre qu'avec le recul, Jojo prend avec philosophie : "Cela m'a vraiment fait remettre les choses en perspective. Cela m'a permis d'apprécier le retour des choses bien plus intensément", explique-t-elle à MTV.  

Parce qu'elle est "body positive"

Propulsée sur le devant de la scène avant la puberté, JoJo a grandi sous l’œil du public et d'une maison de disques peu bienveillante. Autant de paramètres qui l'ont obligée à prendre du recul sur sa vision d'elle-même pour réussir à s'accepter.

Au début de ma carrière, j'avais l'impression d'être un produit

JoJo
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"À cause de ce regard sur chaque détail de mon apparence, j'ai passé un temps monstrueux à pincer des parties de mon corps, honteuse, en imaginant à quel point je serais plus jolie si certaines d'entre elles disparaissaient", confie-t-elle dans un essai pour Motto, publié au mois d'octobre. "Au début de ma carrière, j'avais l'impression d'être un produit. Aujourd'hui, je refuse de me comparer à qui que que ce soit [...]. Les possibilités sont infinies, lorsque l'on accepte la manière dont on est faite et que l'on devient capable de célébrer le caractère unique de sa propre beauté."

Parce qu'elle est "girl-power"

JoJo a également témoigné son soutien à Kesha, dans une situation juridique similaire. Cette dernière s'est longtemps battue contre Sony, qui refusait de rompre son contrat malgré les accusations de viol de la jeune femme à l'encontre de son producteur, Dr. Luke (des poursuites finalement abandonnées en août dernier). "Parle à mes avocats. Ils m'en ont tirée", lui a conseillé Jojo via VH1. "Si tu peux, continue à sortir de la musique pour tes fans sur Internet. [...] La situation dans laquelle elle se trouve est absolument terrible. Je sympathise vraiment avec elle", a assuré la chanteuse. Les deux stars affichent leur soutien mutuel sur Twitter, preuve que dans cette industrie, les rivalités ne sont pas forcément fréquentes. 

Parce qu'elle est l'unique héritière d'une musique disparue

Au milieu des années 2000, Jojo a rendu hommage au R&B des années 90 : un âge d’or où les charts étaient gouvernés par de jeunes Afro-Américaines aux timbres de voix inimitables et aux sonorités sensuelles, lourdes et aériennes à la fois, plus faites pour bouger les épaules que les hanches.

Les deux premiers albums de Jojo étaient remplis d'instruments à cordes, de choristes aux voix voilées, de ponts musicaux aux bifurcations mélodiques surprenantes et de percussions assumées : on y retrouvait Brandy, les TLC, les premiers albums de Destiny’s Child, une certaine période de Mariah Carey et peut-être un peu d’Aaliyah (signée elle aussi chez Blackground). Mineure à l’époque, Jojo tient la promesse qu’Ariana Grande a récemment trahie : celle de faire revivre une époque révolue, où le R&B et la pop étaient deux genres bien distincts.
 
Dans Mad Love, la musique de Jojo s’est modernisée. Les guitares ont laissé place à des sonorités plus expérimentales, voire électroniques, qui rappellent plus Frank Ocean (avec qui elle rêve de travailler) ou les derniers albums de Beyoncé que Toni Braxton. Les sons que propose Mad Love sont aussi tournés vers l’avenir que ses premiers opus étaient nostalgiques, mais le cœur de la musique de Jojo est toujours présent, porté par une voix qui a autant d’âme à partager que de sagesse à affirmer.

JoJo a annoncé les dates de son Mad Love Tour, qui se partage entre l'Europe et les États-Unis. Elle se produira le 19 janvier 2017 à Paris, à la Maroquinerie. 

"Mad Love", le nouvel album de JoJo
"Mad Love", le nouvel album de JoJo Crédit : Atlantic Records
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