6 min de lecture Société

Dons d'ovocytes : les donneuses brisent "le secret" autour de cette pratique

TÉMOIGNAGES - Alors que des associations militent pour la levée de l'anonymat des dons de gamètes, la majorité des personnes interrogées dans un sondage de l'Ifop pour "La Croix" souhaitent maintenir cette condition. Des donneuses racontent à "Girls" leur expérience encore trop peu pratiquée en France.

En France, le don d'ovocytes est anonyme et non rémunéré
Crédit Image : Unsplash/Octavian Rosca

"Les délais d'attente pour bénéficier d'un don d'ovocytes en France étaient bien trop longs - 5 ans sur Grenoble et Lyon - alors nous sommes partis en République Tchèque". Audrey est maman d'un petit garçon, né en 2016, et le don d'ovocytes étaient sa dernière carte à jouer après avoir tenté l'insémination artificielle ou encore la fécondation in vitro à plusieurs reprises.

Le cas d'Audrey et de son compagnon n'a rien d'une exception : sur le territoire français, la demande des dons d'ovocytes dépasse largement celle de l'offre. Selon l'agence de la biomédecine, 540 femmes ont procédé à un don d'ovocytes en 2015 permettant donc aux couples demandeurs de bénéficier de 1268 fécondations in vitro... contre 255 hommes pour le don de sperme. 256 enfants sont nés à la suite de ces procédures médicalement assistées.

Pour satisfaire la demande, on estime qu'il faudrait, chaque année, que 300 hommes et 1400 femmes entreprennent de faire un don, rappelle Cheek Magazine dans le troisième épisode de son podcast dédié à la PMA.

Pourquoi ces chiffres sont-ils si bas ? Est-ce une mauvaise volonté de la part des Françaises ? La culture du don d'ovocytes est-elle trop taboue ? Les démarches trop compliquées ? Ou est-ce un peu de tout cela à la fois. Des anciennes donneuses ou en cours de procédure nous racontent leurs parcours. 

Aider des couples à devenir parents

"J’ai la chance d’être maman de 3 enfants et je ne peux imaginer ce qu’aurait été ma vie sans eux", raconte à Girls Julie, 34 ans. Encore en cours de procédure pour don d’ovocytes, cette assistante commerciale basée dans le Morbihan connaît "quelques couples qui ont eu du mal ou n'arrivent pas à avoir des enfants".

Touchée par ces "parcours du combattant", c'est "naturellement" qu'elle a eu envie d'aider des couples à avoir des enfants. Ce témoignage, on le retrouve chez d'autres femmes, mères aussi, avec lesquelles nous avons échangé. Pour certaines d'entre elles, le don d'ovocytes s'apparente au don du sang : une procédure peu agréable mais qui permet de venir en aide à une personne, voire de sauver des vies.  

Les femmes doivent passer par plusieurs étapes, et les valider, avant de procéder au don d'ovocytes
Crédit Image : Unsplash/Joel Mwakasege

Une procédure en plusieurs étapes

Techniquement cependant, une femme ne peut pas, du jour au lendemain, donner ses ovocytes même si depuis la révision des lois bioéthiques de juillet 2011, les donneuses n'ont plus dans l'obligation d'avoir eu au moins un enfant pour prétendre à ce don. Ce qui a par exemple permis à Clara, étudiante de 22 ans à Marseille d'apporter sa contribution aux couples français début 2018.

La procédure, plus longue que celle dédiée au don de sperme, est en effet autorisée aux femmes entre 18 et 37 ans. Elle se déroule dans un centre habilité (un Centre d’Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains). Il en existe plusieurs répartis dans les principales grandes villes françaises

Les donneuses doivent alors passer des examens médicaux (pour vérifier leur bonne santé ou détecter d'éventuelles maladies transmissibles), un entretien psychologique et une stimulation ovarienne à réaliser soi-même, depuis son domicile, à l'aide d'une petite aiguille et demander l'avis du compagnon ou de la compagne de vie s'il y a. Les donneuses sont suivies par l'hôpital à chaque instant. 

Si l'équipe médicale juge que la potentielle donneuse est apte, vient, enfin la dernière étape de la procédure : le prélèvement d'ovules au bloc opératoire par voie vaginale, comme l'explique le site du Service Public.

C'est une drôle de sensation c'est comme si on 'couvait' des œufs

Lucie, 32 ans, Aix-en-Provence
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"Globalement, tout est fait pour faciliter la vie des donneuses, l'hôpital s'adapte à nos contraintes", assure Céline, 35 ans, actuellement en cours de procédure à Nantes, où le CHU a ouvert un centre l'année dernière seulement rapporte Ouest France. "Dans l'ensemble, le traitement n'est pas lourd mais à la fin on se languit de s'en séparer", raconte Lucie, 32 ans (ce prénom a été changé), et habitante de Aix-en-Provence. 

"C'est une drôle de sensation", détaille-t-elle, "c'est comme si on 'couvait' des œufs, on a envie d'en prendre soin", précise la donneuse pour qui la ponction n'a pas été douloureuse. Ce sont les 48 heures suivantes qui lui ont posé problème. Malgré la douleur, la jeune femme n'exclue pas l'idée de retenter l'expérience : "Quand on sait qu'on peut aider 2 à 3 couples par don..."

Dans un sondage de l'Ifop, 85% des personnes interrogées se disent pour le maintien de l'anonymat du don d'ovocytes
Crédit Image : Unsplash/Amy Humphries

Pour la levée de l'anonymat ?

Ce don est anonyme, gratuit et non rémunéré mais les frais (comme les déplacements ou l’hébergement) sont indemnisés. Certaines femmes peinent cependant à se faire rembourser dans de bons délais, constate-t-on dans les groupes Facebook dédiés au sujet. 

Si les débats de la révision des lois bioéthiques ont ouvert la question autour de la levée de l'anonymat des donneurs de sperme ou donneuses d'ovocytes, un sondage réalisé par l'Ifop, en partenariat avec le journal La Croix, révélait qu'une grande majorité des personnes interrogées étaient pour le maintient de cette anonymat (85%) comme de sa gratuité (90%). 

Julie, par exemple, se dit pour l'anonymat parce qu'elle juge qu'il "fait moins hésiter les donneurs et les donneuses". Si cette garantie est annulée, cette mère de trois enfants pense cependant qu'elle donnera "quand même"... contrairement à Mathilde, créatrice d'entreprise de 31 ans basée Lille. 

Je ne serai pas la mère de cet ou ces enfants

Céline, 35 ans, Nantes
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Céline, la donneuse en cours de procédure à Nantes, juge quant à elle que l'anonymat est encore plus important pour celles qui bénéficieront du don. "Moi, je ne serai pas la mère de cet ou ces enfants. À aucun moment", explique-t-elle.

Lucie de son côté concède qu'elle ne peut pas "imaginer ce qu'il se passe dans la tête d'un enfant issu d'un don de gamète", faisant écho aux revendications portées par des associations comme le collectif Procréation médicalement anonyme. Mais pour elle, il ne s'agit pas de la même situation qu'un "enfant adopté à la recherche de ses origines". "Je n'ai pas le sentiment d'avoir abandonné mes ovocytes", précise-t-elle.

Clara enfin, l'étudiante de 22 ans à Marseille, n'a pas encore donné ses ovocytes mais n'est pas contre "la possibilité de choisir de rester [anonyme] ou non". 

256 enfants sont nés à la suite de ces procédures médicalement assistées, en 2015
Crédit Image : freestocks.org

Des mesures pour réduire le temps d'attente ?

Les associations spécialisées sur les questions d'infertilités militent pour le don d’ovocytes et notamment pour de nouvelles mesures permettant de remédier au manque d'offres et donc aux délais d'attente à rallonge, comme on peut le lire sur le site de l’association Maïa. À titre d'exemple, 300 couples sont actuellement sur liste d'attente au CHU de Rennes, rapporte Ouest France.

Une mesure existe pour réduire le temps d'attente des couples receveurs. Ces derniers doivent demander à une femme de leur entourage de bien vouloir procéder à un don. En parrainant la procédure, les couples voient leur temps d'attente se réduire par rapport aux autres. Ils ne reçoivent en aucun cas les ovocytes de leur amie ou de leur proche (anonymat oblige). 

J'ai voulu laisser une chance égale à chaque couple, laisser le destin décider

Lucie, 32 ans, Aix-en-Provence
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"Quelques mois après mon premier don, une amie m'a demandé si éventuellement je serais d'accord pour réitérer la procédure", raconte à Girls Justine, 34 ans. "Elle avait elle-même une amie qui venait d'apprendre qu'elle devait avoir recours au don pour pouvoir avoir une chance de devenir maman", poursuit cette mère de famille habitant à Vence (Alpes-Maritimes). "Naturellement, je lui ai dit oui de suite". Cette conseillère funéraire a alors permis aux couples de son amie de passer de 5 années d'attente pour un don d'ovocytes à une année seulement. 

Mélanie (ce prénom a été modifié), professeure des écoles de 24 ans dans le Gard, raconte à Girls qu'elle a elle-aussi choisi cette option pour son don. "J'avais rencontré un couple via une association de don d'ovocytes", précise cette mère d'un enfant tandis que Lucie explique quant à elle ne pas avoir opter pour cette procédure : "J'ai voulu laisser une chance égale à chaque couple, laisser le destin décider", précise-t-elle.

Vers une meilleure informations ?

Toutes les femmes avec lesquelles nous avons discuté, qu'elles aient des enfants ou non, des proches concernés ou pas par des problèmes d'infertilité, constatent du manque d'information sur le sujet.

"Le don d’ovocytes est assez secret je trouve. Je ne connaissais pas cette possibilité. On parle plus de don de sperme en général", explique Mathilde pour qui il faudrait une meilleure indemnisation des donneuses pour en attirer plus. "Le temps passé devrait être mieux valorisé", ajoute-t-elle.

D'autres femmes se sont emparées des réseaux sociaux pour informer sur le sujet, à l'image d'Elsa, étudiante en médecine qui a témoigné sur Twitter début janvier 2018. 

C'est grâce à ce témoignage et ces informations que Clara, qui n'a pas d'enfant, a décidé de passer à l'action avant de reprendre une vie normale. Reste à savoir si les enfants nés de ces dons s'en tiendront là. Le débat est lancé. 

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