3 min de lecture Féminisme

DIAPORAMA - Les femen, ces militantes "topless" courageuses... et critiquées

Seins nus, elles dénoncent l'oppression politique et religieuse, veulent dépoussiérer le combat féministe de Kiev à Tunis depuis dix ans.

Premier coup d'éclat des femen : le 7 février 2010, des activistes dénoncent un risque de "glissement vers la dictature" avec le candidat prorusse à la présidentielle Viktor Ianoukovitch. Crédits : SERGEI SUPINSKY / AFP | Date : 07/03/2018
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Premier coup d'éclat des femen : le 7 février 2010, des activistes dénoncent un risque de "glissement vers la dictature" avec le candidat prorusse à la présidentielle Viktor Ianoukovitch. Crédits : SERGEI SUPINSKY / AFP | Date : 07/03/2018
En octobre 2011, des femen habillées en femmes de chambres protestent contre Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol. Crédits : PATRICK KOVARIK / AFP | Date : 07/03/2018
Décembre 2011 marque un tournant dans l'histoire des femen : des militantes sont arrêtées devant le siège des services secrets en Bielorussie, puis torturées et menacées d'emprisonnement. Crédits : ALEXANDER NEMENOV / AFP | Date : 07/03/2018
En février 2013, des femen investissent le parvis de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris pour célébrer la démission du Pape Benoît XVI et le vote du mariage pour tous. Crédits : JOEL SAGET / AFP | Date : 07/03/2018
En Italie, une militante est montée sur les tables du bureau de vote où Berlusconi votait aux législatives, le 4 mars 2018. Sur son corps, on peut lire "Berlusconi, tu es périmé" Crédits : Miguel MEDINA / AFP | Date : 07/03/2018
Une femen à Kiev, le 7 novembre 2017 Crédits : GENYA SAVILOV / AFP | Date : 07/03/2018
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lucie valais
Lucie Valais
et AFP

Depuis dix ans, elles portent la voix, seins nus, du combat féministe. Un objectif commun pour les femen : dénoncer l'oppression politique et religieuse, souvent de manière frontale. Les images de ces militantes topless ont rapidement fait le tour du monde. Mais dix ans après leur naissance, l'étoile des Femen, affaiblies par des divisions et condamnations judiciaires, a pâli en dépit d'un élan féministe international né de l'affaire Weinstein. 

Leur premier coup d'éclat remonte à février 2010, dans un bureau électoral de Kiev pour dénoncer un risque de "glissement vers la dictature" avec le candidat prorusse à la présidentielle Viktor Ianoukovitch. Un procédé réitéré dimanche lors des législatives italiennes, contre Silvio Berlusconi. 

Couronnes de fleurs sur la tête, slogans tracés en grosses lettres noires sur leur poitrine dénudée, ces femmes, souvent jeunes et sveltes, trompent les services de sécurité, se faufilent dans les foules pendant manifestations, événements sportifs et hurlent leur message : non à l'oppression sous toutes ses formes.  

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Si certains admirent leur bravoure, d'autres dénoncent leurs pratiques. "Elles sont très courageuses, elles n'ont pas eu peur de prendre des coups" mais "elles n'ont pas beaucoup développé la réflexion", juge Françoise Picq, historienne française du féminisme. Une critique qu'entend Inna Chevtchenko, 27 ans, l'une des figures du mouvement Femen ("cuisse" en latin), admettant que ce sont "les activistes françaises qui (lui) ont appris à avoir des débats idéologiques".

Les femen, debout sur la scène internationale

Le quatuor historique - les Ukrainiennes Anna Goutsol, Iana Jdanova, Oksana Chatchko et Sacha Chevtchenko - se rêve d'abord en nouvelles icônes du féminisme. Peu importe si la société ukrainienne les considère comme "des prostituées" à la botte "d'un parti politique, de l'Occident, d'un homme, des États-Unis", ironise Inna, qui rejoint le groupe plus tard.
Les Femen, dont la première action était passée inaperçue le 15 avril 2008, s'étendent à l'étranger, ciblent les présidents russe Vladimir Poutine ou turc Recep Tayyip Erdogan qu'elles accusent d'autoritarisme, les partis politiques comme le Front national en France. Et font "le buzz", sans que l'on sache combien de femmes ce mouvement regroupe vraiment. 

En octobre 2011, "elles étaient venus d'Ukraine pour mener une action contre Dominique Strauss-Kahn (accusé de viol, ndlr) alors que les féministes françaises n'avaient pas encore réagi", se souvient une jeune Française, Éloïse. Elle est alors persuadée que les Femen allaient "remettre l'activisme au goût du jour". 

En décembre 2011, une virée en Biélorussie marque un tournant : "On a été arrêtées devant le siège des services secrets, emmenées dans une forêt et torturées", raconte Inna.  
Menacées d'emprisonnement quelques mois plus tard en Ukraine, où la police a découvert des armes dans leur local, les activistes mettent la clé sous la porte.  

L'opinion publique divisée

Coup de chance : dans l'intervalle, des Françaises les avaient contactées pour créer un groupe à Paris et c'est à leurs côtés qu'Inna trouve refuge à l'été 2012. Mais son exil, suivi un an plus tard de ceux d'Oksana Chatchko et Sacha Chevtchenko, ne permettent pas de relancer leur activité avec la même vigueur. "Quand on est arrivées, ce qu'on a vu, c'est qu'Inna n'avait pas créé un groupe d'activistes, mais de fans" à son égérie, lance cinglante Sacha, 29 ans, désormais femme au foyer et réfugiée à Paris. 

"Sacha et Oksana critiquaient la stratégie militante des Femen françaises", réplique Inna. Les défections se poursuivent à mesure que les Femen s'attaquent désormais aux symboles religieux et lieux de culte, comme dans la cathédrale Notre-Dame à Paris en 2013, au grand dam des politiques qui les condamnent et d'une opinion publique déroutée. "Tout ça manquait de nuance, de communication", pointe Éloïse, qui a depuis quitté ce "mouvement très pyramidal, hiérarchisé".  

Agressions, procès et condamnations

Des rumeurs sur "le financement israélien, le penchant islamophobe ou l'organisation d'un casting axé sur le physique des militantes" font aussi des ravages, déplore la jeune femme.  
À ces difficultés internes, se sont ajoutées des agressions physiques de militantes, des procès comme à Paris pour "exhibition sexuelle" et des condamnations, notamment à quatre mois de prison avec sursis à Tunis pour avoir manifesté "topless" contre les islamistes d'Ennahda en 2013. 

En 2018, "la mission est malheureusement la même que celle qu'on avait en 2008", constate amère, Anna Goutsol. Alors que les Femen reprennent discrètement leurs activités à Kiev et qu'en France le groupe vivote, des milliers de femmes dans le monde prennent la parole pour plus de respect et de justice dans le sillage de l'affaire Weinstein. Cette fois sous une bannière 2.0 : #meetoo. 

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Seins nus, elles dénoncent l'oppression politique et religieuse, veulent dépoussiérer le combat féministe de Kiev à Tunis depuis dix ans.
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