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Accouchement à domicile : elles racontent cette expérience unique et puissante

TÉMOIGNAGES - Ils représentent environ 1% des accouchements de 2016 : les accouchements assistés à domicile, des événements racontés comme des moments intenses où la puissance des femmes s'exprime en toute liberté.

Les accouchements hors maternité sont rares (1 %), selon une étude de l'Insee publié en août 2017
Crédit Image : Unsplash/Aditya Romansa

"Je n’ai jamais eu besoin d'un médecin lors de mes quatre accouchements, seule la présence d’une sage-femme était suffisante", raconte Alice, 36 ans. Après avoir accouché de son premier enfant dans l'eau, dans "une maternité très en avance sur l’accouchement naturel et physiologique" il y a 13 ans en Angleterre, Alice tombe à nouveau enceinte en France. Elle choisit avec son époux l'option accouchement assisté à domicile (AAD). En cause ? Des récits trop négatifs des hôpitaux et maternités alentour, explique-t-elle à Girls.

"Cela nous rassurait plus d’avoir notre enfant à la maison plutôt qu’à l’hôpital. Nous avons dû faire nos propres recherches pour trouver une sage-femme qui pratiquait les accouchements à domicile. Nous avons trouvé Julie, une sage-femme… anglaise !", ajoute Alice. 

Chloe, blogueuse britannique qui a également accouché à domicile en France, raconte dans une vidéo postée sur YouTube l'année dernière cet événement intime de sa vie, justement parce que, selon elle, il n'y a pas assez d'histoires positives à ce sujet.

My Home Birth Story ' Natural Birth

"Ce que j’ai adoré dans mon accouchement", explique Chloe tout en tenant contre elle son petit Louis, "c’est que j’ai été traitée comme une femme traversant un processus naturel au lieu d’une patiente au bord de la catastrophe", raconte la blogueuse qui a donné naissance à son fils dans sa maison de campagne, auprès de son compagnon et d'une sage-femme à l'écoute de ses besoins, lui faisant confiance sur ses capacités à mettre au monde son bébé.

Des accouchements rares et peu encouragés

En France, les accouchement hors maternité sont rares, de l'ordre de 1% (environ 5.000 en 2016), souligne une enquête de l'Insee, publiée en août 2017. Marie-Hélène Lahaye explique cependant dans son ouvrage Accouchement, les femmes méritent mieux (éditions Michalon) que "le processus de la naissance est autonome, basé sur une succession de réflexes, d’ajustement anatomiques et de procédés biologiques". L'accouchement aurait été, selon la juriste et auteure du blog "Marie accouche là", monopolisé par la médecine et les hôpitaux, retirant aux femmes cette expérience unique de pleine puissance.

Hormis les grossesses à risques, n'importe quelle femme aurait donc la force physique, comme mentale de faire naître un bébé, n'en déplaise au conseil de l'Ordre des médecins et aux pouvoirs publics, loin d'encourager la procédure. Plusieurs sage-femmes ont par exemple été obligées de s'expliquer sur leur pratique, peut-on lire dans un article de Slate, tandis qu'Alice raconte un rendez-vous avec un gynécologue peu compréhensif :

Les accouchements à domicile sont autorisés sous la supervision d'une sage-femme mais peu encouragés par les pouvoirs publics
Crédit Image : Unsplash/freestocks.org

"Lorsque je lui ai annoncé que nous avions pris la décision d’accoucher à la maison il m’a répondu que ce n’était qu’une sage femme sans plateau technique n’était rien et qu’accoucher à la maison revenait à accoucher seule dans un champs. Je suis sortie de son cabinet en larmes."

La mission de la sage-femme, dans un accouchement à domicile ou en maison de naissance, précise Marie-Hélène Lahaye dans son ouvrage, "est de préserver la physiologie et de mettre en place toutes les conditions tant matérielles qu’affectives assurant à la parturiente un confort maximal lui permettant de mettre son enfant au monde".

C’est mon corps qui a fait sortir mon bébé ou mon bébé qui est sorti tout seul

Nathalie, 40 ans
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Nathalie, 40 ans, a fait l'expérience pour son deuxième enfant d'un accouchement non assisté dit "inopiné", c'est-à-dire que ce dernier n'était pas prévu et que le bébé devait voir le jour à la maternité.

Au moment de la naissance de cet enfant, Nathalie était complètement seule chez elle, son compagnon en route pour venir la chercher et la conduire à la maternité. "J'ai eu l'impression d'être passée dans un mode très instinctif, un peu primaire et animal", décrit-elle à Girls, faisant écho au récit de Chloe dans sa vidéo YouTube.

"Je n'ai pas le souvenir d'avoir intellectualisé le moment", poursuit Nathalie. "C’est mon corps qui a fait sortir mon bébé ou mon bébé qui est sorti tout seul. Je me suis reconnectée avec la réalité une fois que j'ai eu ma fille dans les bras et que je me suis assurée qu'elle n'ait pas froid", poursuit cette mère de trois enfants, dont le dernier est né lors d'un accouchement à domicile, cette fois supervisé par la présence d'une sage-femme. Son mari et ses enfants étaient présents dans la pièce d'à-côté.

Accoucher sur le dos, accroupie ou allongée sur le côté : autant de possibilités pour une femme qui choisit d'accoucher à domicile
Crédit Image : Unsplash/Jonas Kakaroto

La liberté de choisir

Cette fois, Nathalie vit un "parcours beaucoup moins instinctif". Sa sage-femme la forme sur la physiologie de l'accouchement, lui fait prendre conscience de tous les risques liés à un accouchement de ce type. "Un parcours passionnant mais émotionnellement intense", résume Nathalie qui explique qu'elle n'aurait jamais choisi d'entreprendre un second accouchement non assisté.

"Je crois très fort en la capacité des femmes à accompagner leur enfant mais je crois aussi très fort au besoin d'une vigilance professionnelle", explique-t-elle.

Sur YouTube, de nombreuses familles partagent en vidéo leur récit d'accouchement ou "vlog" même ces intenses moments, comme la Néo-Zélandaise Sarah Lemuks ou la Canadienne Elle Lindquist, dont l'AAD a été visionné plus de 23 millions de fois.

L'occasion de montrer qu'il n'y a pas qu'une manière de donner naissance à son bébé : dans un baignoire, un lit, "allongée sur le côté gauche" comme Alice, "sur le dos les jambes écartées" comme Nathalie. La vraie liberté étant de pouvoir choisir en pleine conscience ce que l'on désire ou pas en fonction de son état de santé. Hôpital ou pas. 

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