6 min de lecture Cinéma

"La La Land" : une histoire d'amour qui parlera forcément à tout le monde

En salles le 25 janvier, "La La Land" met en scène un jeune couple fusionnel, rêvant de gloire, essayant de concilier ses idéaux avec la réalité de l'âge adulte. Une fable universelle. Attention spoilers.

Sebastian et Mia ont leur premier rendez-vous au cinéma
Sebastian et Mia ont leur premier rendez-vous au cinéma Crédit : SND
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Commençons par prendre quelques précautions. Si vous n'avez pas encore vu La La Land et que vous souhaitez le faire - ce que l'on vous conseille vivement - passez votre chemin. Regardez-le, une boîte de Kleenex à portée de main, digérez-le, et revenez ici une fois que vous aurez retrouvé vos esprits. La La Land est un film qui mérite d'être savouré, débattu. Attention, ce papier déborde de spoilers, du début jusqu'à la fin. 

Partout, la comédie musicale est présentée comme une histoire extrêmement romantique. Et on ne saurait dire le contraire. Le pitch : Mia, aspirante actrice enchaînant les castings humiliants, et Sebastian, pianiste de jazz rêvant d'avoir son propre club, tombent follement amoureux. Vivant à Los Angeles, ils se battent pour réaliser leur rêve, sans se compromettre. Ils se soutiennent, parcourent la ville en chantant et en dansant. Tout semble leur réussir. Mais cette histoire d'amour proposée par La La Land se révèle tout aussi compliquée que réaliste.

Une ode au premier amour

Ah, le premier amour. Pas celui de l'école primaire, gentillet, où on se tient la main et où on échange un smack au fond de la cour d'école. Non. Celui qui vous donne des ailes, vous empêche de dormir, vous obsède. Peut-être le plus exaltant, parce que, tout étant nouveau, tout semble possible. Pas de blessures sentimentales passées pour vous mettre sur vos gardes, vous empêcher de pleinement profiter. Alors, vous donnez tout, sans concession. Parce qu'à vos yeux, il n'y aura de toute façon jamais rien d'autre. Vous en êtes persuadé(e), jusque dans votre chair. 

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"La La Land" - Bande-annonce VOSTF

C'est ainsi que commence l'histoire d'amour exaltante entre Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling), le couple de La La Land, chef d'œuvre de Damien Chazelle, qui en signe aussi le scénario. La jeune actrice a un véritable coup de foudre pour le musicien, mais il n'est pas réciproque. Elle doit le croiser à nouveau, et le draguer un peu lourdement, pour qu'il daigne remarquer son existence et lui aussi, craquer.

Une amusante scène de claquettes les rapproche, alors qu'ils s'obstinent à prétendre ne pas être attirés l'un par l'autre, à coup de taquineries. "What a waste of a lovely night", "Une belle soirée de gâchée", se lamentent-ils sur le titre A Lovely Night. Qui n'a pas fait semblant de ne pas être intéressé par l'autre pour, justement, attirer son attention ? Une technique de drague ancestrale qui a maintes fois fait ses preuves. Mais c'est au cinéma qu'ils s'effleurent pour la première fois. 

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Une fois ensemble, Mia et Sebastian deviennent fusionnels, comme dans toute première grande histoire d'amour. Si on ne sait rien du passé amoureux de Sebastian, montré comme solitaire (il ne semble pas même avoir d'amis), Mia quitte pour lui un businessman certes gentil, mais qui ne la fait pas vibrer. Ensemble, Mia et Sebastian semblent ne connaître aucun obstacle. Ils se soutiennent, se font grandir, s'admirent. Non contents d'être sur une parfaite entente, ils sont beaux comme des dieux et ont écrit leur propre chanson. Côté #relationshipgoals, la barre est très (très) haute. Mais Damien Chazelle, qui croule déjà sous les prix pour cette comédie musicale en grande partie inspirée par les films de Jacques Demy, ne voulait pas tirer le rideau sur cette image de perfection. 

Avant d'être en couple, on est une personne

En rejoignant le groupe pop-rock de son ancien camarade, Sebastian renonce à fonder un club de jazz. Il atteint une certaine forme de célébrité, mais s'enferme dans le rôle de "celui qui doit assurer" financièrement au sein du couple. Un rôle qu'il a seul choisi d'endosser, sans en parler avec Mia au préalable. Celle-ci ne comprend d'ailleurs pas cette décision, et lui en fait part. Sebastian n'a alors que sa condescendance et son mépris à lui offrir en guise de réponse.

C'est le moment où le film bascule. La trahison est double : le pianiste trahit leurs idéaux bohèmes (rappelant ceux de Moulin Rouge, autre grande comédie musicale sentimentale, sortie en 2001), et la foi que Mia a en lui. Il ne tient pas leur promesse : tout faire pour réaliser leur rêve. En se "sacrifiant" bêtement, Sebastian s'en prend au fondement-même de leur couple. Il gagne peut-être enfin bien sa vie, mais n'est pas satisfait. S'il accuse Mia d'être jalouse de son succès, c'est plutôt lui qui est envieux de sa détermination à accomplir ses rêves, malgré les échecs. Lorsqu'il ne se présente pas à la première de son one-woman show, elle le quitte, blessée. 


Avec ce retournement de situation, La La Land nous rappelle que pour être bien en couple, il faut d'abord être bien avec soi-même. C'est une règle universelle, qui semble bête énoncée comme ça, mais que l'on finit toujours par constater, d'un côté comme de l'autre d'une relation. Avant d'être en couple, on est une personne, avec ses aspirations et ses peurs, qui peuvent se mettre en travers de la relation. "La chance joue un grand rôle dans une vie, et j'ai été plus chanceux que mon personnage. Il a tellement été rejeté qu'il en est devenu méchant et quand l'amour survient, il va révéler le plus mauvais aspect de lui-même", analyse Ryan Gosling au micro de RTL

L'amour ne triomphe pas toujours

Lorsque Sebastian s'en prend violemment à Mia, on est déboussolé. Parce que cela nous renvoie à notre propre vécu. Qui n'a jamais été injustement cruel envers son/sa partenaire ? Sebastian a beau être fou amoureux de Mia, elle lui renvoie l'image de ce qu'il n'arrive pas à être : quelqu'un de fort et enthousiaste, malgré les déconvenues. Il finit donc par la rejeter, parce que ses complexes prennent le dessus. Il teste la force de son amour en étant méchant. Un comportement auto-destructeur qui a raison de leur histoire. 

À la fin du film, Mia se retrouve par hasard dans le club de Sebastian. En sortie romantique avec son époux, l'actrice est troublée face à son ancien amant, qu'elle semble revoir pour la première fois depuis longtemps. 5 ans auparavant, ils s'étaient promis de toujours s'aimer, peu importe ce que la vie leur réserverait. Et cela est le cas. Dans leur échange de regard, silencieux, sans geste, il y a de l'amour. Une forme d'imploration de la part de Sebastian, qui espère sans doute le retour de son ancienne compagne. Beaucoup de douceur et de tristesse du côté de Mia. Le pianiste joue alors leur morceau. L'instant est émouvant, mais chacun reste à sa place. 

Et là, Damien Chazelle joue avec les sentiments du spectateur en imaginant une fin alternative. Dans cette vie parallèle, Sebastian n'est pas aigri, et ça change tout. Il a ouvert son club de jazz sans perdre sa patience dans un projet qui ne lui plaît pas. Épanoui, il est heureux au sein de son couple, et n'a pas de frustrations à faire payer à Mia, dont le destin de star du cinéma reste inchangé. 

"La La Land" n'est pas une bluette.

Dans un scénario à l'eau de rose, vu et revu à Hollywood, Mia aurait dû planter son mari sur place pour se jeter sur Sebastian. Ou ce dernier aurait dû se lancer dans un grand discours de reconquête. Mais La La Land n'est pas une bluette. Ces deux âmes, intimement liées, savent qu'elles ne font que se recroiser. Leur amour a beau avoir été fou, et être encore présent, Mia a fait son choix depuis longtemps : partir. 

C'était un amour fort, sans doute le plus fort qu'elle aura connu. Mais ce n'était pourtant pas le bon. Parce que Sebastian n'a pas su être là quand elle avait besoin de lui, parce qu'il lui a tourné le dos, préférant s'enfermer dans son égocentrisme. La scène finale est en cela terrible. Le regard final échangé entre Mia et Sebastian déborde de sentiments, mais ça ne suffit pas à effacer le mal qu'ils se sont fait. C'est bien ce que La La Land arrive à mettre en scène, entre deux numéros de claquettes : l'amour, aussi beau soit-il, ne suffit pas toujours. 

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