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Digisexualité : une nouvelle "orientation sexuelle" dont il faut se méfier ?

MASTERS OF SEX - Ce nouveau terme a été inventé en 2017 par deux chercheurs et pourrait s'imposer comme l'un des mots-clés de 2018. Mais attention aux dangers...

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La digisexualité dans la pop culture Crédit Image : Unsplash/Michael Prewett Follow | Crédit Média : RTLnet | Date :
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

Avec le développement des nouvelles technologiques, est-on en train d'assister à la naissance d'une nouvelle orientation sexuelle ? Fin novembre 2017, deux chercheurs du noms de Neil McArthur (philosophe à l'Université du Manitoba au Canada) et Markie L. C. Twist (sexo-thérapeute à l'Université du Wisconsin-Stout, aux  États-Unis) ont en effet donné naissance à un nouveau mot pour parler de l'influence des nouvelles technologies sur la sexualité des hommes et des femmes du XXIème siècle : la "digisexualité", peut-on lire dans leur article paru dans la revue Sexual and Relationship Therapy.

"Au fur et à mesure que ces technologies progressent, leur adoption grandit et de nombreuses personnes peuvent s'identifier comme 'digisexuelles'", c'est-à-dire que leur "identité sexuelle principale provient de l'utilisation de la technologie", écrivent les deux chercheurs. Une manière de dire qu'au même titre que l'hétérosexualité, l'homosexualité, la bisexualité ou encore la pansexualité, la digisexualité serait - dès demain - une orientation sexuelle comme une autre ? 

La digisexualité, une orientation sexuelle comme une autre ?
La digisexualité, une orientation sexuelle comme une autre ? Crédit : Unsplash/Markus Spiske

Pour Neil McArthur et Markie L. C. Twist, il n'y a aucun doute là-dessus. "Les gens vont être en totale connexion avec leurs compagnons robots, qui seront faits sur mesure pour répondre aux désirs des gens et faire des choses que les partenaires humains ne peuvent ou ne veulent pas faire", rapporte le site spécialiste de ces questions SexHighTech. "Pour cette raison, un nombre important de personnes viendront probablement utiliser les robots comme leur principal mode d’expérience sexuelle", assurent les chercheurs.

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Les deux cerveaux soulignent alors dans leur article qu'il est impératif de poser un cadre pour "comprendre la nature de la digisexualité" et savoir "comment l'aborder" en tant que personnes travaillant dans la recherche ou directement auprès de patientes et patients se réclamant de cette identité sexuelle.

Objets connectés, maison close 2.0 et limites à poser

Qu'entend-t-on réellement par "digisexualité" ? Les films, séries, bande-dessinées ou manga ont nourri l'imaginaire collectif de ces intelligences artificielles dont on peut tomber amoureux (les films Her, Ex Machina) ou de ces robots plus vrais que nature avec lesquels les relations sexuelles sont anatomiquement possibles (les séries Westworld, Real Humans).

Dans le monde bien réel et loin de la fiction, l'industrie du porno a déjà gâté ses adeptes avec des productions à visionner en 3D (grâce à un casque à réalité virtuelle) et la SexTech (comprendre : les entreprises du numérique ayant choisi d'innover dans le secteur du sexe) produit de nombreuses applications érotiques ou objets connectés dédiés au plaisir solitaire (comme à plusieurs). 

Si les robots tels que nous les voyons dans les productions cinématographiques ou télévisées sont encore loin de traverser les écrans, les poupées sexuelles existent bel et bien sur le marché. À l'image de Harmony, premier robot sexuel aux États-Unis et commercialisé depuis l'année dernière par la société RealDoll. Son prix : 15.000 dollars.

2017 a été une année particulièrement chargée en terme de "digisexualité" puisque à Barcelone, une maison close s'est mise à employer des robots sexuels, tous d'apparence féminine. Une première dans le monde qui pourrait faire des émules ailleurs, comme au Royaume-Uni, où l'on peut louer sa poupée sexuelle avant de l'acheter, rapporte SexHighTech, tandis que l'Allemagne s'est déjà dotée depuis de son "Bordoll" (combinaison de "bordel" et "doll" pour "poupée"), rapporte News Monkey. Dans le célèbre quartier rouge d'Amsterdam enfin, les poupées sexuelles vont également investir un nouvel établissement.

Comme l'avaient prévenu Neil McArthur et Markie L. C. Twist, le propriétaire de la maison close allemande baptisée Lumidolls a dû instaurer un cadre et des limites morales comme éthiques dans son établissement : exit les poupées aux allures juvéniles. Son bordel n'est pas un repère à pédophiles.

2018, l'année de l'obsolescence programmée pour les hommes ?

Si les hommes hétérosexuels semblent constituer la principale cible des fabricants de robots sexuels, les femmes ne seront pas non plus laissées de côté, à l'avenir. C'est en tout cas la projection de Cathy O'Neil, chercheuse à l'Université de Harvard.

Pour elle, ces machines du futur seront programmées pour "réellement comprendre" l'anatomie féminine et pourront alors "rendre les hommes obsolètes", explique-t-elle dans un article du Daily Star, soulignant également que dans l'ère du mouvement #MeToo, une "élévation des standards [lui] semble tout à fait raisonnable".

En 2018, il est même prévu que la société distribuant la poupée 2.0 Harmony sorte un nouveau modèle : il s'agirait cette fois d'une version masculine personnalisable selon les goûts des clientes, a annoncé en juin dernier RealDoll sur son compte Instagram. Son petit nom à l'heure actuelle : Nate

Vers toujours plus d'objectivation des femmes ?

Si vous avez regardé ne serait-ce qu'un épisode de la série Black Mirror, vous savez que les nouvelles technologies ne sont pas à prendre à la légère. Notamment lorsqu'un être humain entre dans cette équation : asservissement, piratage, manipulation sont les mots-clés à retenir qui font rimer "cybersexualité" avec "danger".

Pour que la réalité ne rattrape pas la fiction, Kathleen Richardson, chercheuse en éthique et culture robotique à l'Université De Montfort en Angleterre, a fondé en 2015 le collectif "Campaign Against Sex Robots"rapporte Mashable. Comme son nom l'indique, ce groupe milite contre l'arrivée en masse des robots sexuels dans notre société.

Des "Hubots" de la série suédoise "Real Humans"
Des "Hubots" de la série suédoise "Real Humans" Crédit : SVT1

"Tous ces types de poupées qui sont créées et achetées à travers le monde le sont par des hommes. Je ne dis pas que beaucoup d’hommes achètent des poupées aujourd’hui, mais que celles vendues représentent des femmes ou des jeunes filles. Cela nous dit quelque chose sur notre société",  a expliqué la spécialiste au site français en ajoutant que non, même si un robot masculin est prévu pour l'année 2018, ce dernier ne trouvera pas vraiment chaussure à son pied du côté de la gent féminine.

Comme dans Westworld, le danger des cyborgs sexuels n'est pas seulement à voir dans cette sur-objectivation éternelle des femmes mais aussi dans ce que pourront en faire les experts malveillants en informatique. 

Se protéger des robots sexuels

Nicholas Patterson, spécialiste en cyber-sécurité, s'est alarmé dans la presse britannique des failles de sécurité de ces robots sexuels. Selon lui, il serait même plus facile de hacker ces machines qu'un téléphone ou un ordinateur, peut-on lire dans un article du Daily Star. Une fois le méfait accompli, le hacker aurait alors toute la possibilité de contrôler la poupée 2.0. dans son intégralité "au risque de causer des dommages physiques".

L'important selon le spécialiste : prévoir un système de protection au même titre que toutes les autres machines connectées. Mais aussi, et peut-être surtout, se protéger soi-même de l'emprise que ces machines peuvent avoir sur vous, comme l'explique le docteur en psychologie Serge Tisseron et auteur de l'ouvrage Le Jour où mon robot m'aimera (éditions Albin Michel) dans une interview accordée à L'Obs :

"Jamais mon robot ne m’aimera, et le jour où j’aurai l’impression que mon robot a des sentiments pour moi, qu’il m’apprécie, me dit (...) que je suis le meilleur amant du monde... ce jour-là, j’aurai un sérieux problème. Je serai prisonnier d’une illusion. Je ne dissocierai plus le fait que mon robot 'a l’air' content du fait qu’il est impossible qu’il le soit vraiment."

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