4 min de lecture Intimité

L'aménorrhée, l'absence de règles qui ne prévient pas

TÉMOIGNAGES - L'aménorrhée est une absence de menstruations chez une femme en âge de procréer. Elle peut être liée au stress, à une prise de poids ou à des dérèglements hormonaux.

Quand les règles reviennent après une période d'aménorrhée elles peuvent être plus douloureuses que d'habitude.
Quand les règles reviennent après une période d'aménorrhée elles peuvent être plus douloureuses que d'habitude.
Laure-Hélène de Vriendt
Laure-Hélène de Vriendt
Journaliste

Laura s'est réveillée un matin en réalisant qu'elle n'avait pas eu ses règles depuis longtemps. C'était le quatrième mois. Elle n'était ni enceinte, ni en train d'allaiter ou à l'approche de la ménopause. Elle a vécu ce qu'on appelle une aménorrhée, soit l'absence de menstruation chez une femme en âge de procréer. On parle peu de ce symptôme, qui touche 2 à 5% des femmes selon les rares études sur le sujet. L'absence de règles est pourtant source d'inquiétude pour les jeunes femmes qui n'en comprennent pas toujours la cause.

Il convient de différencier deux types d'aménorrhées. Celle que l'on qualifie de "primaire" : elle concerne les adolescentes qui, à l'âge de 16 ans, n'ont jamais eu leurs règles malgré une puberté déclenchée. L'aménorrhée secondaire touche les femmes déjà menstruées mais qui n'ont pas eu leurs règles sur une période minimale de 3 mois. Mais chez les jeunes femmes, ce symptôme est la conséquence de nombreux facteurs, aussi bien physiologiques que psychologiques. 

Des causes diverses et parfois inconnues

Les causes de l'aménorrhée sont multiples. Parfois, elle est même tout à fait normal. La pilule en continue, les implants et le stérilet peuvent diminuer fortement l'abondance et la durée des menstruations et, à terme, les faire disparaître. Preuve que votre contraceptif fonctionne bien. 

Dans d'autres cas, chez les femmes qui ne prennent pas de contraceptifs hormonaux par exemple, l'aménorrhée peut être liée à des facteurs psychologiques. C'est le cas de Gabrielle, 23 ans. Le symptôme s'est déclenché vers ses 18 ans et "de manière très ponctuelle", confie-t-elle a Girls. En cause, un stress important.

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Dans le jargon médicale, on parle alors d'aménorrhée psychogène, le résultat d'un stress psychologique comme une perte d'emploi, une rupture amoureuse, un décès mais aussi un déménagement ou l'organisation d'un voyage. Cet état d'anxiété nuit au fonctionnement de l'hypothalamus. Cette partie du cerveau fait la liaison entre le système nerveux et le système endocrinien et peut arrêter les menstruations.

Il m'arrive de ne pas avoir mes règles pendant cinq mois

Julie
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Les origines d'une aménorrhée ne sont pas seulement liées à un événement traumatisant du quotidien. Une prise ou une perte de poids importante, la consommation de certains médicaments, un trouble du comportement alimentaire (comme l'anorexie) ou de la thyroïde peuvent également en être la cause.

Julie, 22 ans, est atteinte de ce syndrome depuis le début de ses règles, il y a 8 ans : "Il m'arrive de ne pas avoir mes règles pendant 5 mois. Généralement je les attends pendant 3 mois. Une année, je ne les ai eues qu'a deux reprises." Une absence que la jeune femme explique par une "forte prise de poids et une très forte envie de manger". 

Des traitements possibles

L'aménorrhée secondaire peut facilement se soigner. Dans la grande majorité des cas, un examen clinique, un test de grossesse et une échographie des organes sexuels permettent d'en trouver la cause. Si elle liée à la prise d'un contraceptif hormonal, le médecin peut vous orienter vers un autre dispositif.

Bien souvent, les règles reviennent naturellement. Julie témoigne : "Mes règles arrivent souvent au moment où j'y pense soudain très fort et que je stresse énormément de ne pas les avoir eues". Laura se souvient quant à elle du retour de ses règles -après 6 mois d'absence -  le lendemain de son rendez-vous chez le gynéco. "Il m'a fait passer une échographie, n'a rien vu d'alarmant et le lendemain tout était rentré dans l'ordre".

Je me suis toujours dit que c'était comme ça, que le corps ne peut pas être toujours précis

Gabrielle
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Mais toutes les femmes n'osent pas en parler à leur médecin. Le sujet des règles est encore un vrai tabou, même dans le cabinet gynécologique : "Je n'ai jamais osé en parler à un médecin" avoue Julie. Gabrielle, elle n'en a jamais eu besoin : "Le sujet ne valait pas la peine d'être abordé. Je me suis toujours dit que c'était comme ça, que le corps ne peut pas être toujours précis, qu'il peut y avoir des 'ratés'. Ma mère ayant également ce problème, je n'étais pas inquiète".

Un syndrome qui peut être handicapant

L'aménorrhée peut fonctionner comme un cercle vicieux. Si le bon déroulement du cycle est bloqué par le stress, le fait de ne pas avoir ses menstruations peut être encore plus stressant que la raison initiale. Une inquiétude qui se partage en couple quand on sait que l'aménorrhée peut signaler une grossesse, comme l'explique Gabrielle : "J'en avais parlé à certains de mes copains précédents, qui évidemment paniquaient et me demandaient de faire des tests de grossesse au cas où".

Les tests de grossesse ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. Devoir en faire régulièrement représente un vrai budget. "Je pense avoir finalement mis plus d'argent dans des tests de grossesse que dans des tampons", confirme Julie.

Je me sens anormale, différente des autres nanas

Julie
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Pour elle, le retour de ses règles est parfois plus handicapant que leur absence : "J'ai l'impression que c'est toujours de plus en plus douloureux", dit-elle avant d'ajouter que le sentiment de différence la gêne également beaucoup : "Je me sens anormale, différente des autres nanas. Avoir ses règles, tous les 28 jours, c'est ce qu'on nous apprend à l'école et ce qui apparemment définit la femme. Je me dis que j'ai un problème inné. J'ai aussi peur aussi pour mes futures envies de bébé, de ne pas pouvoir en avoir parce que mon cycle n'est pas normal."

Si Gabrielle, Laura et Julie connaissent l'aménorrhée, elles n'en parlent pas. Julie avoue n'avoir jamais entendu ce terme médical avant de le vivre parce qu'il n'est jamais abordé : "Avec mes amies, c'est plutôt sujet à des rigolades ou même souvent à des réactions genre 'T'as de la chance'". Signe d'équilibre hormonal et de bon fonctionnement, les règles sont importantes. Leur absence ne devraient plus être un tabou

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