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"Vilaines Parisiennes" : elles détruisent le mythe de la Parisienne

INTERVIEW - Avec l'exposition "Vilaines Parisiennes", qui se tiendra du 13 au 14 janvier à Paris, trois photographes questionnent le mythe de la parisienne. "Girls" s'est entretenue avec deux d'entre elles : Marie Bouhiron et Stéphanie Pfeiffer ("Gueules de Parisiens").

L'exposition "Vilaines Parisiennes" veut en finir avec les clichés sur la parisienne
L'exposition "Vilaines Parisiennes" veut en finir avec les clichés sur la parisienne Crédit : Vilaines Parisiennes
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

"Vilaine désigne communément quelque chose de désagréable à voir, qui déplaît, qui est moralement laid ou indécent". Dit comme ça, on imagine mal ce mot associé à la "Parisienne", cette figure mythique qui fait fantasmer les étrangers et vendre des livres.

C'est pourtant le nom qui a été donné à l'exposition Vilaines Parisiennes qui se tiendra du 13 au 14 janvier aux Folies Bergère, dans le 9ème arrondissement de la capitale française. Elle regroupera les travaux de trois photographes : Marie Bouhiron, Kevin Doolan ("Midlife In Paris") et Stéphanie Pfeiffer ("Gueules de Parisiens").

"C'est Ambre Blondeau, la commissaire d’exposition qui m’a contactée pour faire une exposition sur Paris et ses femmes", raconte à Girls Stéphanie Pfeiffer. Si le projet s'impose avec son ton décalé, "l’idée de Vilaines Parisiennes m'est venue d'Yves Saint Laurent, qui a écrit une bande dessinée La Vilaine Lulu", ajoute la photographe qui a l'habitude de prendre sur le vif les Parisiens et Parisiennes qu'elle croise sur sa route. 

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Lulu, c'est une petite fille "absolument diabolique qui faisait tout pour pourrir la vie de tout son entourage", raconte Stéphanie Pfeiffer. Mais son engouement autour de la connotation du mot "vilaine" ne tient "pas seulement dans le sens esthétique" mais aussi "pour son petit côté diabolique, un peu côté sombre. C'est cela qui me tient particulièrement à cœur, au delà de montrer la diversité des parisiennes, évidemment, il y a l'idée que même la Parisienne ultra lookée qui fume en terrasse a une face cachée, libre et rebelle. Qu’au-delà de la tendance, son apparence est une revendication de liberté, contrairement à ce que beaucoup de magazines laissent penser", explique Stéphanie Pfeiffer.

Marie Bouhiron, 19 ans seulement et toujours étudiante, a quant à elle été repérée par Ambre Blondeau grâce aux portraits qu'elle poste sur ses comptes Facebook et Instagram. Trouvant des résonances entre le projet et ses photos, la photographe accepte d'emblée cette collaboration à plusieurs mains. Trois questions à deux photographes pour qui le mythe se détruit en photographie. 

Affiche de l'exposition "Vilaines Parisiennes"
Affiche de l'exposition "Vilaines Parisiennes" Crédit : Vilaines Parisiennes

Girls : Votre définition de la Parisienne ?
Stéphanie Pfeiffer : La définition de la parisienne, c’est justement qu'elle ne rentre dans aucune définition ! Avec Marie et Kevin nous avons essayé de faire une sélection de cinq mots pour nous aiguiller dans notre choix de photos... et nous avons décidé de ne pas en tenir compte, car la liberté c'est bien le principe de cette expo ! Tant que le cœur de Paris bat en vous, vous êtes Parisienne. Pour le reste... venez comme vous êtes (rires). 

Marie Bouhiron : Je prends souvent en photo des personnes jeunes (entre 16 et 23 ans), j'essaie de montrer leur quotidien, dans des cafés, la rue mais sans en faire trop. J'aime les poses sur le vif. Pour moi, il n'y a pas de différence entre une Parisienne et une personne qui vit dans une autre ville. C'est l'image de la femme qui m'intéresse. Mais ce que j'aime dans Paris, ce sont les décors typiques dans lesquels je peux mettre en valeur les personnes. J'essaie toujours de jouer avec le décor pour les sublimer.  

Votre point de vue sur le mythe de la parisienne ?
SF : Par opposition, le mythe de la Parisienne nuit par des critères bien définis et marqués dans la pierre ! La Parisienne doit être élégante (entendez mince) et sobre, un poil arrogante... Personnellement, je suis à l’opposée exact de cette description, à tel point que beaucoup de gens ont déjà remis en question mon "parisianisme" pour cause de vêtements trop roses, ou pire, "trop sympa" !

MB : Dans les magazines ou l'imaginaire collectif, ce mythe est trop forcé et ancré. Il n'a pas évolué. On ne met en valeurs que des femmes adultes et pas de jeunes parisiennes. On ne met pas en valeur la transition de l'adolescence à l'âge adulte. La Parisienne n'a également aucun défaut, elle est chic alors que dans mes photo, mes modèles adoptent des tenues plus vintage oui qui ne correspondent pas au style parisien comme on l'entend. 

Comment le détruire, et pourquoi c’est important de le dénoncer ?
SP : Comment détruire ce mythe ! C’est une bonne question et je suis fière de faire partie de cette génération qui manifeste, écrit chante... Je vois beaucoup de jeunes femmes manifester, écrire, chanter... bref, s’exprimer pour s’approprier leur identité. Je vois beaucoup d’initiatives dans la même veine que Vilaines Parisiennes, avec tous nos ruisseaux que l'on fera une nouvelle Seine !

MB : On va y mettre fin petit à petit. Les réseaux sociaux vont beaucoup aider. Il faut montrer que la Parisienne est à la portée de toutes, tant que l'on vit à Paris, on devient une Parisienne même avec le classique "métro-boulot-dodo".

Vernissage de l'exposition Vilaines Parisiennes samedi 13 janvier de 12h30 à 15h30 aux Folies Bergères, dans le 9ème arrondissement de Paris.

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