3 min de lecture Féminisme

Tribune "anti #MeToo" : qu'avez-vous fait à ma sororité ?

BILLET - La tribune pour la "liberté d'importuner" publiée dans les colonnes du "Monde" le 9 janvier, et notamment signée par Catherine Deneuve, ravive de vieux clichés et idées désuètes associées au féminisme.

Quand "Le Monde" publie une tribune contre le mouvement #MeToo, j'ai mal à ma sororité
Crédit Image : iStock / Getty Images Plus

J'ai mal à ma sororité. Au lendemain d'une cérémonie placée sous le signe de la solidarité entre femmes aux Golden Globes, la France n'avait pas vu venir ce coup de tonnerre dans les pages du journal Le Monde, mardi 9 janvier : alors que les actrices s'unissent pour mettre fin au harcèlement sexuel dans les coulisses des plateaux de cinéma, cent intellectuelles françaises ont préféré prendre la plume et publier un texte écrit au vitriol.

Dans leur ligne de mire : celles qui ont osé prendre la parole sur les réseaux sociaux ou dans les médias pour dénoncer les comportements sexistes ou abusifs de certains hommes via les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc ; celles qui œuvrent au quotidien pour enterrer les stéréotypes de genres, bannir la culture du viol des conversations de comptoir, rendre aux femmes leur liberté de disposer librement de leur corps et ne plus subir la banalisation des violences sexistes et sexuelles pourtant bien présente au cœur de la société française.

Raviver de vieux clichés

Lire ce texte à l'aune de 2018, trois mois après le soulèvement médiatique entraîné par l'affaire Weintein et la déferlante #MeToo, fait mal à ma sororité. Parce qu'au-delà de son contenu on ne peut plus contestable sur de nombreux points, il ravive tous ces vieux clichés et ces idées reçues désuètes accolées à la cause que nous semblons pourtant toutes défendre - l'égalité entre les femmes et les hommes ni plus, ni moins.

À savoir : le féminisme "prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité" et les crêpages de chignons entre femmes s'érigent au rang de spectacle hilarant pour les uns, rageant pour les autres.

Ces "autres" n'ont d'ailleurs pas tardé à répondre (à juste titre) dans les colonnes de France Info ou de Cheek Magazine. De quoi assurer une belle presse au féminisme made in France en 2018. D'autant plus que la presse internationale s'est également emparée du sujet, ne manquant pas de souligner la présence de Catherine Deneuve parmi les signataires. 

Catherine Deneuve
Crédit Image : LOIC VENANCE / AFP

La médiatisation d'une rivalité stérile

"L'actrice française chérie dit que les hommes devraient être libres d'importuner les femmes et mène une rébellion contre #MeToo", titre par exemple Women in the World, plateforme couvrant des sujets féministes en collaboration avec le New York Times. Dans le Guardian, Van Badham, dramaturge, écrivaine et éditorialiste pour le journal britannique, a répondu à Catherine Deneuve au sujet de cette "chasse aux sorcières" fantasmée par ces intellectuelles françaises d'une génération pour qui il serait peut-être temps de se tourner vers un féminisme plus inclusif... voire de réviser ses classiques ?

Simone de Beauvoir - dans Le Deuxième Sexe - ne disait pas justement que la solidarité entre femmes était le début de l'égalité ? Comment donc espérer assurer notre liberté sexuelle - si chère aux signataires de la tribune - si nous médiatisons de telle sorte cette rivalité stérile qui laisse alors toute la place au patriarcat de continuer à mener tranquillement de beaux jours devant lui.

Nous n’avons pas honte. Nous sommes debout. Fortes. Enthousiastes. Déterminées

Caroline de Haas
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Alors oui, j'ai mal à ma sororité mais en guise de conclusion optimiste, je me permets d'emprunter les mots de Caroline de Haas dans sa réponse à la tribune publiée dans Le Monde : "Nous n’avons pas honte. Nous sommes debout. Fortes. Enthousiastes. Déterminées. Nous allons en finir avec les violences sexistes et sexuelles".

J'en suis persuadée, ce combat ne pourra pas se faire sans être solidaires les unes les autres. Avec #Metoo, il n'a jamais été question de parler pour toutes les femmes. Mais plutôt d'écouter ce qu'elles avaient à dire, de leur laisser la place de s'exprimer - sur les réseaux sociaux comme dans la vraie vie - dans une société où on les a trop longtemps maintenues dans le silence. Parler, prenez la plume dans des tribunes, mais s'il vous plaît, n'oubliez plus votre sororité ! 

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