3 min de lecture Société

Sexisme en milieu hospitalier : un syndicat veut briser le tabou

Blagues graveleuses, gestes déplacés, harcèlement sexuel... Le sexisme n'épargne pas les étudiants et étudiantes en médecine, en particulier à l'hôpital et au bloc opératoire, révèle une enquête dévoilée par le premier syndicat d'internes.

Briser le tabou du sexisme ordinaire à l'hôpital
Briser le tabou du sexisme ordinaire à l'hôpital Crédit : iStock / Getty Images Plus
Arièle Bonte
Arièle Bonte
et AFP

"Pour lutter contre le sexisme, il faut d'abord l'évaluer". C'est ce qu'a entrepris l'Intersyndicale nationale des Internes (Isni, le premier syndicat d'internes) en lançant, début septembre, un questionnaire en ligne à l'adresse des quelque "30.000 internes" de l'Hexagone. Près de 3.000 y ont répondu jusqu'au 16 octobre, dont 75% de femmes.

Premier enseignement de cette enquête révélée ce vendredi 17 novembre, le harcèlement sexuel (propos ou comportements à connotation sexuelle, dégradants ou humiliants, imposés de façon répétée) concerne environ 9% des personnes sondées. Près de 7% des internes interrogés se déclarent ainsi victimes de ce délit, les 2% restant répondent avoir subi fréquemment ou très fréquemment des gestes déplacés, sans les qualifier de harcèlement. 
 
Parmi les "types de harcèlement" définis par l'Isni, la moitié correspond à des "gestes non désirés" (toucher le cou, les cheveux, les mollets, massage des épaules), 15% à des "contacts physiques non désirés" (toucher les seins ou les fesses, baisers dans le cou ou sur la bouche, que l'on qualifierait plutôt d'agression sexuelle, ndlr), 14% à "des demandes insistantes de relation sexuelle", 12% à un "chantage à connotation sexuelle" et 9% "à des simulations d'actes sexuels".

Dans près de la moitié des cas (48%), ces agissement sont imputés aux médecins et supérieurs hiérarchiques, devant les confrères ou consœurs sans supériorité hiérarchique (28%), le personnel soignant (15%), les patients, patientes ou leur famille (9%).

Les remarques sur ma tenue, ma coiffure, mon maquillage ou non sont fréquentes

Émeline, médecin légiste de 28 ans
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Émeline*, médecin légiste de 28 ans, confiait récemment à Girls être effectivement la cible de sexisme dans son quotidien de médecin : "Les remarques sur ma tenue, ma coiffure, mon maquillage ou non sont fréquentes. Ce qui me gêne le plus c'est lorsque cela arrive devant les patients : 'Vous avez de la chance vous allez être pris en charge par une jolie médecin... Elle va bien s'occuper de vous', peut-on dire quand je commence la consultation. Je dois alors redoubler d'effort  pour rétablir la bonne distance."

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Dans près de 30% des cas, le harcèlement n'est pas verbalisé, une procédure juridique ayant été initiée pour seulement 0,15% d'entre eux.

La faute au plafond de verre ?

Le "sexisme quotidien" (notamment les blagues ou remarques stigmatisantes sur la façon de s'habiller, d'opérer, etc) touche la grande majorité des sondés tout au long de leurs études.

Près de la moitié (74%) s'en déclarent victime avec une grande majorité de femmes (67%) tandis que les "auteurs de ces agissements" se retrouvent encore une fois chez les médecins et supérieurs hiérarchiques. Les théâtres de ce sexisme ordinaire ? Majoritairement l'hôpital public et le bloc opératoire dans un cas sur quatre, selon l'enquête de l'Isni.  . 

Au quotidien c'est épuisant, d'avoir ce combat à mener !

Émeline, médecin légiste de 28 ans
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Émeline confiait à Girls d'une "ambiance carabine", en cours de son cursus. "En stage à l'hôpital c'est le pire. Tu es une femme, alors tu es faible et on t'ignore. Ou alors, tu es une femme et tu es intéressante mais pas pour tes compétences intellectuelles !".

La médecin légiste ajoutait alors à Girls qu'elle se questionnait sérieusement sur comment exercer différemment : "Au quotidien c'est épuisant, d'avoir ce combat à mener en plus de toutes les autres tâches de la journée ! Comment répondre aux remarques sexistes insistantes des patients/collègues .Comment faire oublier que je suis une femme pour être d'abord et uniquement médecin ?", expliquait-elle dans nous donner de réponses.

Et de conclure : "En medecine, l'égalité est désormais acquise à l'inscription mais certaines spécialités et postes à responsabilités sont encore monopolisés par des hommes". Briser le plafond de verre, une manière pour les femmes de reprendre le pouvoir et d'inverser la tendance du sexisme ordinaire ?

*Ce prénom a été modifié

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