3 min de lecture Égalité hommes-femmes

Rennes : des cours de récré "non genrées" pour lutter contre les stéréotypes

Pour lutter contre le phénomène d'occupation inégalitaire de l'espace, la ville de Rennes va doter ses nouvelles écoles de cours de récréation "non genrées".

Rennes souhaite que ses cours d'école soient plus propices à l'égalité
Crédit Image : iStock / Getty Images Plus

Dans les cours d'école, les garçons jouent au centre, les filles sont reléguées sur les côtés. Pour lutter contre cette occupation de l'espace peu égalitaire, souligné par une enquête de l'Unicef parue en novembre dernier, la ville de Rennes a décidé de doter ses nouvelles écoles de cours de récréation "non genrées". 

La capitale bretonne, qui a fait de l'égalité filles-garçons l'un des objectifs de son projet éducatif local, s'inspire d'une expérience menée par la ville de Trappes (Yvelines). Concrètement, les cours de deux nouveaux groupes scolaires (maternelle et primaire) attendus en 2023 devront disposer "d'espaces de jeux diversifiés, appropriables par tous (non 'genrés') et participant au bon climat scolaire", selon une délibération du conseil municipal.

"Les enfants sont imprégnés de l'idée d'une inégale valeur entre ce qui est féminin et masculin et la mixité ne garantit pas l'égalité filles-garçons", a expliqué à l'AFP Geneviève Letourneux, conseillère municipale déléguée aux droits des femmes.

Les garçons sont "presque contraints socialement à aimer le foot

Chris Blache, cofondatrice de "Genre et Ville"
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"Les filles intègrent très tôt l'idée que l'espace central de la cour n'est pas leur place. Elles vont se restreindre physiquement dans leurs mouvements, mais aussi mentalement", souligne de son côté Chris Blache, cofondatrice de la plateforme Genre et Ville, selon qui les garçons sont "presque contraints socialement à aimer le foot et à y exceller".

"Le fait d'être relégué à la périphérie pour jouer à ce que les garçons appellent 'les petits jeux de filles' n'est pas anodin", renchérit Edith Maruéjouls, géographe du genre, rappelant que les métiers du "soin", souvent précaires et peu valorisés, sont majoritairement féminins alors qu'on compte toujours "un déficit important de femmes ingénieures".

Fini le terrain de foot matérialisé sur le sol

À Rennes, la réflexion porte autant sur l'aménagement que sur les activités. "Les espaces devront être pensés pour éviter d'avoir les garçons au centre et les filles en périphérie", indique la Direction de l'Education et de l'enfance (DEE). "Nous en sommes aux prémices, l'idée est aussi de choisir les activités les moins genrées", souligne Geneviève Letourneux, qui souhaite "éviter que certains espaces soient dédiés à un usage unique". Fini donc le terrain de foot matérialisé par des bandes blanches au sol.

Selon la DEE, les premières consultations d'écoles réalisées amènent à "privilégier des cours où les enfants peuvent se raconter des histoires" avec des jeux "dont le design participe à la création d'histoires". Les enfants veulent jouer au foot et au basket mais aussi "au loup, lire, faire du vélo ou observer des insectes dans l'herbe", précise la DEE. La mairie veut aussi former le personnel périscolaire aux inégalités filles-garçons.

À l'école, la mixité est souvent vécue comme une punition

Edith Maruéjouls, géographe du genre
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"On sent qu'il y a une prise de conscience", assure Edith Maruéjouls, rappelant que ni le corps enseignant, ni les architectes ne sont encore formés aux questions de genre. À Paris, l'association "Jouer pour vivre" met à disposition des "boîtes à jouets" avec divers objets issus du recyclage (cartons, cordes, pneus, etc) pour favoriser la créativité.

"À l'école, la mixité est souvent vécue comme une punition, on va mettre un garçon avec les filles pour le punir", poursuit Edith Maruéjouls. "Or, résoudre la question des violences ou du harcèlement implique de mettre davantage en relation les filles et les garçons".

Reconnue pour son approche globale, depuis 20 ans, de la lutte contre les inégalités hommes-femmes, Rennes a travaillé sur l'égalité salariale de ses agents, le développement de la mixité des métiers ou l'éclairage public.

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