3 min de lecture Féminisme

Qu'est-ce que "Baf(f)e", la base de données féministe ?

INTERVIEW - En deux ans, Ondine a enregistré plus de 800 liens d'articles féministes, tous répertoriés dans sa base de données créée en juillet dernier.

La base de données Bafe.fr répertorie plus de 800 articles sur les questions féministes.
Crédit Image : Frederic J. Brown - AFP

"Baf(f)e", pour "Base de données féministe". C'est le nom choisi par Ondine, pour le site internet qu'elle a créé en juillet dernier. Y sont répertoriés toutes les vidéos, podcasts et articles féministes qu'elle a lus et rangés soigneusement dans ses favoris pendant environ deux ans et demi. "Au début quand j'ai ouvert Bafe.fr, j’ai commencé avec 730 articles", raconte-t-elle à Girls. Aujourd'hui, la base de données s'est enrichie de 150 articles supplémentaires et attire près de 3.200 visiteurs par mois.

Un succès qui surprend encore Ondine. "Les 1.800 likes que la page de Bafe.fr a aujourd'hui sur Facebook sont tous arrivés en près de deux semaines !" s'exclame-t-elle. L'initiative de cette directrice artistique de 25 ans a, au départ, surtout été saluée par les réseaux féministes militants. Mais Bafe.fr est destiné "à servir tout le monde" : aussi bien les gens qui découvrent le féminisme que les initiés.

En tant que féministe, on se trouve souvent à devoir expliquer les mêmes choses

Ondine, créatrice de la base de données Bafe.fr
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Ondine est "tombée" dans le féminisme lors de ses études en école d'art "dans le Sud de la France". Elle y fréquente alors les mêmes bancs qu'Anaïs Bourdet, créatrice du blog "Paye ta shnek", où sont répertoriées des centaines d'anecdotes sexistes, et qui est à l'origine d'une vague de hashtags féministes. "Quand j'ai lu tout ça, je me suis dit 'mais c'est ce que je vis tous les jours', et j'ai réalisé que ce n'était pas normal", confie Ondine.

Elle décide alors de s'inscrire sur un groupe Facebook féministe. "Avec ce groupe, les portes d’un monde entier que je ne connaissais pas qui se sont ouvertes", rit-elle aujourd'hui. Ondine se met à systématiquement enregistrer les articles postés qui l'intéressent. "Je ne suis pas douée pour écrire, alors sur chaque post je commentais avec des liens d'articles", explique-t-elle. Très vite, elle se retrouve "taguée par ses potes" sur de plus en plus de postes Facebook et devient "Madame-liens".

Au fur et à mesure, Ondine se rend compte que les mêmes thèmes reviennent. "On se retrouve vite à expliquer les mêmes choses : par exemple que le sexisme anti-hommes et le racisme anti-blanc n’existent pas", note-t-elle.

Elle décide donc de créer Bafe.fr, avec un système de tags qui permet d'envoyer un lien avec une quinzaine d’articles qui explique ces questions. "J'ai beaucoup aimé le fait que le nom ressemble à 'baffe', comme les claques qu'on se prend quand on découvre un sujet, ou lorsqu'on se fait remettre à sa place".

Pour moi le féminisme, c'est se battre contre toutes les oppressions

Ondine, créatrice de la base de données Bafe.fr
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Sur Bafe.fr, les articles dénoncent le sexisme mais également l'homophobie, la grossophobie ou le validisme - discrimination qui vise les personnes handicapées. "Pour moi, le féminisme, c’est se battre contre toutes les oppressions, justifie Ondine. "Sinon, on se bat seulement pour une petite partie des femmes, et on oublie aussi les personnes non-binaires et les hommes trans qui subissent aussi le sexisme."

"Afroféminisme""féminicide", ou encore "médias" et "humour oppressif" : les articles sont classés selon les différentes thématiques à l'issue d'un "processus d'entrée". Après avoir lu les articles qui lui sont soumis via le formulaire disponible sur le site - une vingtaine par mois - Ondine les enregistre. 

"Il faut mettre le titre, le lien, copier-coller l’article pour que le contenu soit également répertorié dans la base, et mettre les tags", explique Ondine qui s'est formée elle-même au code informatique. Il est ensuite possible de retrouver les articles de la base via une recherche par mot-clés, par tag ou par source

Aujourd'hui à la tête de sa propre agence artistique, Ondine est une véritable globe-trotteuse. Après avoir vécu à Berlin et Lisbonne, elle est aujourd'hui à New-York pour quelques mois. Elle tient à son anonymat, qu'elle garde depuis le début de Bafe.fr. "J'avoue que le cyber-harcèlement que subissent beaucoup de féministes sur Internet m'inquiétait", explique-t-elle. 

De l'autre bout du monde, elle se voit comme un simple relais de la parole féministe. "Je ne trouve pas ça judicieux de me mettre en avant. Je suis directrice artistique, je n'ai pas fait d'études académiques", conclut-elle avec modestie.

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