4 min de lecture Législatives 2017

Résultats législatives 2017 : avec "Parti Pris", elles donnent une voix à l'abstention

INTERVIEW - Andréane Meslard et Camille Romano vont vous faire voir la politique sous un nouveau jour avec leur podcast "Parti Pris", en cours depuis le 7 mai dernier.

Andréane Meslard et Camille Romano, les deux auteurs de "Parti Pris"
Andréane Meslard et Camille Romano, les deux auteurs de "Parti Pris"
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

2017, une année historique en terme d'abstention. Après une présidentielle peu sollicitée par les électeurs français, les élections législatives n'ont pas non plus remuées les foules.

Selon les estimations des différents instituts de sondages, le taux d’abstention s’élèverait à plus de 50%. Soit le taux le plus élevé depuis 1958 et les premières élections législatives sous la Ve République. 


Derrières les abstentionnistes on retrouve, contrairement aux apparences et aux idées reçues, des Français loin d'être désintéressés de la politique et de la vie citoyenne. C'est ce qu'on essayé de montrer les deux journalistes Andréane Meslard et Camille Romano dans leur podcast intitulé "Parti Pris".

Le 7 mai dernier, jour du premier tour de l'élection présidentielle, elles ont dévoilé le premier épisode de leur documentaire produit par Nouvelles Écoutes. En six épisodes, les deux journalistes font revivre la campagne présidentielle à travers le regard de 3 abstentionnistes dont une femme (Tatiana Jarzabek, 29 ans, que vous avez peut-être déjà croisée sur la page Facebook "Le Fil d'Actu") et deux hommes (Samir, 33 ans, et Christian, 72 ans) qui ne votent pas à l'élection présidentielle.

Après l'écoute du premier (et prometteur) épisode de Parti Pris, nous avons voulu en savoir plus sur la démarche d'Andréane Meslard et de Camille Romano. Rencontre.

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Andréane et Camille :  D’un constat empirique que l'on a pu observer autour de nous, en novembre dernier au moment des primaires. On voyait de moins en moins de gens s’engager dans cette l’élection. Ils ne voulaient pas voter. On s'est alors interrogées sur l'abstention dans les médias : elle subit un traitement parcellaire, qui intervient toujours au moment des résultats. Pourtant, l'abstention représente 20% de la population, en moyenne. C'est un phénomène qu’il faudrait peut-être arrêter d’ignorer. Nous avions envie de nous interroger sur ce sujet, de traiter le campagne de ce point de vue, demander aux abstentionnistes pourquoi ils sont perdus, ce qu'il faudrait faire... tout en recueillant leurs réactions sur les différents événements survenus lors de cette campagne.

On en a marre d'entendre tout le temps les mêmes gens parler.

Andréane Meslard et Camille Romano
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En quoi le format du podcast est-il selon vous le plus adapté à votre propos ? 
La voix c'est quelque chose d’intime et propice à la confession. Nous voulions avoir la possibilité de nous poser tranquillement pour pouvoir aller au fond des choses avec nos personnages. C'est aussi plus fort d'entendre quelqu'un raconter ce qu'il traverse, partager son point de vue avec sa voix. On a vécu de vrais moments de vie qui vont, nous pensons, d'autant plus toucher les auditeurs. Mêler l’intime et le politique, c’est le contrat que nous voulons remplir avec Parti Pris. Et au-delà de ça, le podcast est également un nouveau média. C'était un challenge d’expérimenter ce format émergeant en France.

Pourquoi avoir choisi de diffuser votre premier épisode le 7 mai, jour des résultats du second tour de la présidentielle ?
On ne s’attendait pas à cet entre-deux-tours. On avait prédit une abstention forte au premier tour, mais finalement, la moyenne d'abstentionnistes n'a augmenté que de 2%. Quand on a choisi cette date, c'est parce que notre idée de départ était de suivre nos personnages du début de la campagne jusqu'au second tour. Et de susciter des questionnements : vont-ils craquer, vont-ils finalement aller voter ? 

Vous avez choisi de suivre trois abstentionnistes, 1 femme, 2 hommes de générations et parcours différents. Comment les avez-vous sélectionnés ?
On est tombés sur eux assez rapidement, grâce à la mobilisation de nos réseaux personnels. On a eu la chance de ne pas avoir à les chercher pendant des jours. C'était important pour nous de respecter une grande diversité, avec une femme, des personnes d'origines sociales et de degrés d'engagements différents. On en a marre d'entendre tout le temps les mêmes gens parler.

Il n'y a pas un bon citoyen parce qu'il vote et un mauvais citoyen parce qu'il ne vote pas.

Andréane Meslard et Camille Romano
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En écoutant le premier épisode de Parti Pris, les abstentionnistes se révèlent intéressés par la politique et engagés à faire bouger les lignes. Quelles sont leurs revendications qui, en étant à leurs côtés, vous ont le plus marquées ?
Ce sont des gens qui ne rentrent pas dans le moule du citoyen qu’on connaît (celui qui doit élire tous les 5 ans un président, par exemple). Ils réfléchissent beaucoup sur ce que c’est d’être citoyen, ce que la politique devrait faire pour nous. Ils ont une réflexion sur eux-mêmes, sur leurs habitudes, sur ce que la société attend d’eux et sur ce qu’ils peuvent entreprendre pour faire avancer la société, c’est impressionnant.

Quel regard portez-vous sur le traitement médiatique qui a été fait de l’abstention durant cette campagne présidentielle ?
On a été agréablement surprises dans la pré-campagne, à partir du mois de mars. On pensait que la presse allait tomber dans les discours habituels mais on a observé une volonté d'aller un peu plus au fond des choses, de capter cette nouvelle force politique qui sont les abstentionnistes. On est un peu choqué par l’entre-deux-tours et toutes ces couvertures et tribunes qui appellent à voter.

Les médias sont retombés dans le travers du jugement, ce que l'on essaie de ne pas faire. Notre discours c'est d'appeler les gens à faire ce qu’ils veulent, en conscience. La citoyenneté ne se résume pas au vote. La société a évolué et, comme le genre, elle n'est pas binaire. Il n'y a pas un bon citoyen parce qu'il vote et un mauvais citoyen parce qu'il ne vote pas. Peut-être que la façon dont on a construit la politique a des cases un peu trop fixes pour ce que les gens peuvent et veulent faire aujourd’hui. Peut-être qu'elle n'a pas évolué en même temps que la société. 

Pour écouter Parti Pris, rendez-vous sur le site du studio de production, Nouvelles Écoutes.

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