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Pourquoi les filles de la série "Girls" nous ressemblent

La série créée par Lena Dunham est un "anti-conte de fées" proche de la réalité affective de ses spectatrices.

Pourquoi les filles de la série "Girls" nous ressemblent
Pourquoi les filles de la série "Girls" nous ressemblent
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Créée, écrite, réalisée et incarnée principalement par Lena Dunham, 28 ans, Girls détonne dans le paysage des séries télévisées depuis sa première saison, en 2012. Cette série dépeint sans fards le quotidien de quatre amies vivant à New-York, qui cherchent à concilier leurs contradictions avec leurs passions et leur vie amoureuse tumultueuse.

Dans le premier épisode de la série, Hannah, le personnage principal incarné par Lena Dunham, annonce solennellement à ses parents qu’elle veut "être la voix de sa génération, ou au moins, une voix". En quoi les filles de Girls nous ressemblent ?

Chaque personnage a son côté sombre

"Personne n’est parfait", dit l’adage bien connu. Pourtant, il est encore rare de trouver des séries grand public où le scénario reflète cela. Les personnages sont souvent soit "méchants", soit "gentils", ou ont un caractère simple à cerner.

Ce n’est pas le cas de Girls : "Girls met à jour des éléments ‘sombres’ de la personnalité des personnages de manière beaucoup plus crue et honnête que d’autres séries”, estime Delphine Quidousse, psychologue à Bruxelles, [Attention, spoilers] "Je pense par exemple aux fantasmes sexuels du personnage d’Adam, la période de fuite en avant désespérée de Marnie, la descente dans un terrible isolement du personnage d’Hannah, et tous les moments où les personnages se débattent avec leurs failles, leurs capacités, leur regard personnel et différent pour chacune sur ce à quoi ressemblerait le bonheur."

La nudité est célébrée dans toutes ses formes

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L’une des raisons pour lesquelles Girls a le plus fait parler d’elle est la nudité régulière qu’elle propose. Hannah, Marnie (Allison Williams), Jessa et Shoshanna (Zosia Mamet) ont chacune une morphologie singulière et éloignée des standards de beauté. "Ce qui est nouveau, c’est la banalité avec laquelle la nudité est présente, en particulier par le biais de Lena Dunham", explique Martine Delvaux, professeure en études littéraires et théories féministes au Canada.

Hannah se balade en mini-short en dépit de ses capitons et de ses cuisses généreuses, et n’a aucun mal à trouver des partenaires sexuels. Mieux : elle ne paraît jamais complexée, ou gênée par son corps. "C’est important", estime Martine Delvaux, "Parce que c’est un corps que la télé ne montre jamais nu. Et qu’elle le fait ici de façon ‘ordinaire’, hors de la ‘grande histoire d’amour’ ou la grande scène de sexe torride. On voit ce corps faire toutes sortes de choses, banales et moins banales."

La sexualité n’est pas édulcorée

Au-delà de la nudité, la sexualité est également fortement présente dans Girls. Là, les draps ne viennent pas pudiquement cacher les ébats, et les orgasmes ne sont pas automatiques. "Les représentations de la sexualité renvoient explicitement aux scénarios pornographiques. La pornographie étant consommée allègrement par cette génération, on comprend la référence", remarque Martine Delvaux.

Selon l’auteure de l’essai Filles en série, Girls se distingue également dans sa manière de montrer ses personnages s’approprier leur sexualité. [Attention, spoilers] La pimpante et bavarde Shoshanna commence ainsi la série encore vierge, et on suit son cheminement sur le terrain du plaisir sexuel. "Ce qui est intéressant, c’est l’usage qui est fait du théâtre, du fantasme, de l’invention pendant l’acte sexuel. Et l’activité des filles dans tout ça ! Elles commandent, demandent, mènent beaucoup de choses", relève Martine Delvaux. Ce qui n’est pas sans nous rappeler le fait que 26% des femmes de 18 ans et plus aiment dominer au lit.

L’amitié est mise au même plan que l’amour

Dans Girls, les quatre filles sont certes des amies proches, mais elles connaissent des crises. Surtout quand l’une fait des choix que ne comprennent pas les autres, ou s’éloigne sans s’en rendre compte. L’amitié est l'un des thèmes principal de Girls, et n’est jamais sacrifié face aux relations amoureuses. Lena Dunham considère même la série comme "une lettre d’amour à une thérapie de groupe sur l’amitié féminine”. Elle s’est inspirée de sa meilleure amie pour le personnage de Marnie, et a recruté Jemima Kirke, une amie de lycée, pour incarner l’indépendante Jessa.

"On voit les amitiés se déchirer ou se tarir, se reconstruire, les couples s’éloigner, se retrouver, et s’éloigner à nouveau, et aussi des moments de solitude profonde", explique Delphine Quidousse, "La série montre que le sens de la certitude relationnelle et de l’engagement est devenu plus mouvant."

Les personnages restent fidèles à leurs convictions

Dans Girls, les filles suivent leurs instincts au fil des saisons, notamment concernant leurs passions. [Attention, spoilers] Marnie, par exemple, finit par se lancer dans la chanson, après avoir enchaîné les petits boulots dans des galeries d’art. Hannah, quant à elle, décide de capitaliser sur la sortie de son premier livre pour suivre des études de littérature, loin de New-York.

On a rarement vu des femmes aussi déterminées dans une série TV. Dans Sex And The City, présentée comme la grande soeur de Girls, les femmes sont plus âgées et avant tout intéressées par le shopping et les hommes : "Sex and the City se normalise au fil des saisons, les femmes correspondant de plus en plus au moule attendu", analyse Martine Delvaux, "De plus, l’accent est mis tout au long sur l’amour, le grand amour, et surtout l’amour hétérosexuel. Sans compter un rapport à la beauté et à la consommation de produits de beauté ou vestimentaire (en particulier les chaussures !) qui n’est pas présent dans Girls.”

Pour Martine Delvaux, les personnages de Girls sont dans une logique toute autre : "Les filles de Girls ne ‘réussissent’ pas. Leurs amours sont en général des échecs, assumés. Elles refusent le rêve de la belle grande maison en huppée [les grandes maisons américaines, ndlr] — beau mec professionnel, beau décor, ordre et propreté. Elles sont dans une logique du ratage, plutôt, ou de l’approximation."

"Sex And The City est un conte de fées qui ne s’avoue pas comme tel, tandis que Girls, c’est l’anti-conte de fée — c’est la réalité !”, conclue Martine Delvaux. De quoi rapprocher Girls d’un docu-fiction.

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