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Pourquoi il faut en finir avec le mythe de la Parisienne

ÉDITO - Le fantasme de la Parisienne est partout et promet une vie d'élégance sans même avoir à y penser. On vous explique pourquoi cette idée fait du mal à tout le monde.

Jeanne Damas incarne la relève du mythe de la Parisienne
Jeanne Damas incarne la relève du mythe de la Parisienne Crédit : MARTINI VIRGILIO/SIPA
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

Comme tous les mythes, celui de la Parisienne a la vie dure. Mais alors que certains voient en lui un joyau national, une manière de briller à travers le monde, j'y vois personnellement une image dangereuse

La semaine dernière, la styliste féministe Marie Beauchesne m'a expliqué les différences entre la France et les États-Unis, ou du moins New York, où elle a effectué une année d'échange pour ses études à Sciences Po.

Pour elle, la Grosse Pomme, "c'est l'ouverture d'esprit, la liberté, la diversité. Il y a moins de jugement", m'a-t-elle confié avant d'enchaîner sur ce fameux mythe : "Tuons la Parisienne. C'est le pire pour les femmes, ce fantasme de la femme qui est belle mais sans le faire exprès. Naturellement. Depuis toujours." Une déclaration que je ne peux qu'approuver tant les articles et livres sur le sujet me fatiguent - et qui m'a donné envie d'écrire cet édito.

Un cliché paradoxal

Ai-je besoin de rappeler ce que l'on entend derrière ce mythe ? La Parisienne, c'est Brigitte Bardot, “celle qui brûle les feux rouges, celle qui déclenche une bagarre, celle qui pilote un réacteur, celle qui provoque les scandales", peut-on lire dans la bande-annonce de Une Parisienne, film de Michel Boisrond, sorti en 1957. La Parisienne, c'est aussi Jeanne Moreau dans Jules et Jim, Jane Birkin sur le boulevard Saint-Germain ou Loulou de la Falaise en soirée au Palace. 

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Aujourd'hui, la relève est assurée avec Vanessa ParadisCharlotte Gainsbourg et Lou Douillon, la blogueuse Jeanne DamasInès de la Fressange et Caroline de Maigret, toutes les deux auteures de best sellers sur le sujet (1). Leur promesse ? Révéler les secrets du chic à la française. 

Mais je ne sais pas quel est le pire. Ces ouvrages écrits par des Françaises qui enferment les Parisiennes dans un cliché étrangement paradoxal (comme le dit si bien Marie Beauchesne, la Parisienne c'est "celle qui est apprêtée mais pas trop, qui mange des croissants tout le temps, mais qui n'a pas besoin de faire de sport. Elle est classe en toute circonstance, même quand elle a la gueule de bois") ou ces articles publiés dans la presse étrangère parce qu'ils reproduisent cette tyrannie à l'échelle internationale.

L'art d'être parisienne selon les médias étrangers

Quelques jours après mon entretien avec elle, Marie m'envoie justement un article dans lequel une Américaine tente de décrypter le style de la Parisienne. On y apprend par exemple que si une Française ne se lave pas les cheveux, ce n’est pas parce qu’elle s’en fiche. C’est parce qu’elle s'efforce de suivre un rythme de lavage strict tous les 3 ou 4 jours pour une coiffure post-baise parfaite - sans avoir à baiser.” Intéressant.

Dans cet article, l'auteure affirme également que les Parisiennes ont rejeté leur sexualité féminine, et tout ce qui fait qu’elles sont des femmes, d’ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’elles s’habillent avec “plus de conservatisme que leur réputation de grandes romantiques le suggère”. Ah bon ? 

On se souvient également de ce papier du Telegraph dans lequel sont livrées les "7 leçons dans l'art d'être une Française" (mais entendez "Parisienne"). On y apprend notamment que si on est mince c'est parce que l'on boit (trop) de café et que l'on fume (beaucoup), que l'on prend des médicaments pour tout et n'importe quoi (le trou de la Sécu ne nous remercie pas) et, enfin, que l'on n'y connaît pas grand chose en terme de sororité (en même temps, voyez notre devise nationale). 

Vous l'aurez compris, aux yeux de la presse étrangère, la Parisienne est un être supérieur, extraordinaire mais qui cultive l'ordinaire. Un personnage de fiction loin de la réalité et qui nous fait du mal à toutes, sans exception. 

Nous faire culpabiliser

Je suis Parisienne (d'adoption) et cette manière de nous mettre sur un piédestal est gênante. Les Parisiennes ne sont pas meilleures que les autres. Je ne suis pas sûre qu'elles soient plus minces, que leurs enfants soient plus intelligents ou leur cuisine meilleure que celle d'une grand-mère italienne. 

Cette image ne concerne qu'une poignée de personnalités. Elle est entretenue par des marques de parfums ou de fringues de luxe dont c'est le job de vendre du rêve et qui semblent même s'interdire de passer les portes du périph'. À croire qu'elles disposent toutes du même moodboardUn truc inaccessible fait pour nous culpabiliser (Françaises comme Japonaises ou Canadiennes) pendant le copieux brunch de dimanche prochain.

(1) Inès de la Fressange, La parisienne, aux éditions Flammarion ; Caroline de Maigret, How to be parisien, wherever you are, Random House.

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