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Marine Le Pen : le FN applique-t-il ses discours sur l'égalité hommes-femmes ?

FACT CHECKING - Le parti de Marine Le Pen brandit souvent l'égalité femmes-hommes en garant de la lutte contre "l'islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales". Mais le FN n'a pas toujours été un fervent défenseur des droits des femmes et de l'avancée de leurs libertés.

Marine Le Pen le 9 décembre 2016 à Paris
Marine Le Pen le 9 décembre 2016 à Paris Crédit : AFP / Martin Bureau
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Elle est devenue un leitmotiv du Front national. L'égalité femmes-hommes dans la société est un élément clé, et surtout récurrent, des discours de Marine Le Pen.

Invitée de L'Entretien décisif de France 2 lundi 1er mai, la candidate FN à l'élection présidentielle a voulu montrer qu'elle était la candidate des femmes en déclarant : "Je suis le plus grand défenseur des droits des femmes". Une formule remarquée sur internet et notamment par la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, qui a retweeté un commentaire sur cette phrase.

"Essaie encore, ça commence mal", a posté à l'origine Medhi Ouraoui, membre du conseil national du Parti Socialiste, soulignant la formule masculine employée par la présidente "en congé" du Front national. Il aurait sans doute mieux fallu qu'elle préfère l'accord "la plus grande défenseuse" pour que la forme soit en accord avec le fond de la phrase. 

Invitée de l'Émission politique de France 2, jeudi 9 février, la présidente du parti et candidate à la présidentielle a encore défendu ce principe, qu'elle érige en rempart contre "l'islamisme" en France, reprenant l'exemple controversé de Sevran (Seine-Saint-Denis), où des femmes auraient été empêchées d'entrer dans un bar.

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Des déclarations que l'on avait déjà entendues quelques mois plus tôt, après les accusations de viols lors du nouvel an 2016 à Cologne. En réaction, la fille et héritière de Jean-Marie Le Pen a "pris la plume" dans L'Opinion en tant que "responsable politique" mais aussi en tant que "femme". Elle y dénonce les méfaits de l'immigration massive en Europe - bien que les agressions sexuelles en Allemagne n'aient finalement pas été commises par des réfugiés - parmi lesquels, "la situation de la Femme".

Un argumentaire que Marine Le Pen illustre avec l'aide de Simone de Beauvoir : "N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question". Une citation qui illustre le tournant pris par le positionnement du Front national sur ce sujet. Reste à savoir dans quelle mesure les discours de Marine Le Pen se traduisent dans les actions menées par le Front national.

Les femmes dans son programme électoral

Marine Le Pen est-elle la nouvelle Simone Veil ? Dans son programme électoral, disponible en ligne, le sujet prend peu de place. Trois lignes sont consacrées à la manière dont le Front national entend "défendre les droits des femmes".

La première façon proposée par le parti est de "lutter contre l'islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales". Ainsi, pour Marine Le Pen, les Françaises d'aujourd'hui sont en proie à des inégalités, en particulier à cause de la montée du fondamentalisme. En 2015, elle brandissait déjà la menace d'un grand remplacement si le FN n'était pas porté au pouvoir.

Un tweet de Marine Le Pen
Un tweet de Marine Le Pen

Le programme de Marine Le Pen ne précise pas quelles sont ces "libertés fondamentales" ni ce qu'elles impliquent. L'IVG est-elle une liberté fondamentale pour le Front national ? Marion Maréchal-Le Pen menaçait de "supprimer les subventions aux associations politisées, dont les plannings familiaux" en cas d'élection à la tête de la région PACA. Marine Le Pen avait alors recadré sa nièce, expliquant que ce point ne figurait pas dans le programme du parti. 

Le FN veut également "mettre en place un plan national pour l'égalité femmes/hommes et lutter contre la précarité professionnelle et sociale". Un point qui n'est pas davantage développé. Le programme ne détaille pas les façons dont le parti entend justement lutter pour l'égalité entre les femmes et les hommes ni de quelle(s) égalité(s) il est fait mention. Les détails de la lutte contre la précarité ne sont pas non plus précisés.

On trouve également dans le programme de la candidate la volonté de "maintenir l'interdiction de la gestation pour autrui (GPA) face aux pressions d'autorités supranationales et réserver la procréation médicalement assistée (PMA) comme réponse médicale aux problèmes de stérilité". Ainsi, le FN exclut l'ouverture la GPA  à toutes les femmes et donc aux couples homosexuels, pour "empêcher l'instrumentalisation du corps" de la femme. La PMA sera, elle, praticable uniquement en cas de stérilité. Les couples gay ne pourront plus y avoir recours. En la nommant "loi Taubira", le parti veut aussi revenir sur le mariage gay en créant, à la place mais sans effet rétroactif, une "union civile" ou "PACS amélioré", sans en détailler les améliorations.

Les femmes dans son discours politique

Peu présentes dans le programme du Front national pour l'élection en 2017, les femmes semblent prendre plus de place dans le discours et les interventions de Marine Le Pen. "Est-ce que je suis pour que les femmes travaillent ? Oui. Est-ce que je suis pour qu'elles soient traitées de manière égale avec les hommes en tout domaine ? Oui, en tout domaine, en toutes circonstances, quel que soit le sujet", a déclaré la présidente du Front national sur BFM TV le 16 octobre dernier. Marine Le Pen a toutefois précisé que, selon elle, ce n'est pas toujours à l'État d'intervenir : "Personne n'a la baguette magique sur l'inégalité salariale."

Sur la question de la parité, le Front national ne partage pas la vision égalitaire entre les femmes et les hommes. Le parti d'extrême droite estime qu'il s'agit d'"une idéologie différentialiste et multiculturelle, qui n'est qu'une forme de racisme inversé [dont] les premières victimes (...) sont les hommes blancs hétérosexuels", peut-on lire dans le programme de Marine Le Pen pour 2012. Dans les rangs du parti, même son de cloche. Ainsi, en septembre dernier, une membre du comité central du FN tweetait-il : "La libération de la femme par le travail salarié est une marotte de la bourgeoisie : elle vaut pour la journaliste parisienne, pas pour l'ouvrière".

Tweet d'Agnès Marion, membre du comité central du FN
Tweet d'Agnès Marion, membre du comité central du FN

Sur la question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), la position de Marine Le Pen n'est pas si claire. Le Front national est traditionnellement opposé à ce droit acquis grâce à Simone Veil (1975) mais sa présidente adoucit le discours. Si sa nièce sème régulièrement la zizanie en remettant en cause le remboursement intégral de l'IVG ou les subventions aux plannings familiaux, les cadres du parti montent souvent au créneau pour rappeler la ligne du FN : pas de remise en cause de l'IVG, remboursement total maintenu.

Pourtant, c'est bien Marine Le Pen, en 2012, qui avançait l'idée d'un "avortement de confort". Un terme qui laisse entendre que certaines femmes verraient le fait de mettre un terme à leur grossesse comme "un véritable moyen contraceptif", relaye L'Express.

Que votent les députés FN à l'Assemblée et au Parlement européen ?

Le Front national n'apparaît pas aussi ouvert que le discours adopté dans ses hautes sphères. En 2012, le Rassemblement Bleu Marine (FN et affiliés) a fait son entrée à l'Assemblée nationale, des années après l'obtention de ses dernières députations (1986-1988). Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard ont remporté les élections et siègent dans l'hémicycle. En cinq ans, ils n'ont pas une seule fois, d'après les scrutins publics, voté en faveur d'une mesure élargissant ou protégeant les droits des femmes

La loi visant à renforcer la lutte contre la prostitution - elle-même critiquée par des associations de prostituées - ou l'ensemble du projet pour l'égalité entre les femmes et les hommes en font notamment partie. Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard ont voté également contre l'ouverture du mariage aux personnes du même sexe, pour la lutte contre les recours à une mère porteuse... Ils n'ont pas voté en première lecture la proposition de loi en faveur d'une action concrète pour l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, pas voté non plus la loi sur le délai de prescription des agressions sexuelles, tout comme la proposition de résolution visant à réaffirmer l'IVG comme un droit fondamental.

Le constat est le même au Parlement européen, qui compte 24 députés frontistes depuis les élections européennes de 2014. D'après le site de L'Humanité, qui a recensé les résultats de trois votes, le FN a voté contre l'amendement portant à vingt semaines le congé maternité. Il s'est également prononcé contre le rapport sur la santé et les droits sexuels et génésiques et le rapport sur l'égalité entre les femmes et les hommes dans l'UE.

Plus récemment, le site Les Nouvelles News a rapporté que les eurodéputés du Front National ont voté "contre la dernière résolution annuelle sur l'égalité entre les femmes et les hommes". Adoptée par l'ensemble des élus ce mardi 14 mars, la résolution du Parlement européen n'a pas convaincu les députés frontistes. Notamment parce qu'elle contient des "références au droit à l'avortement, aux droits des personnes LGBTQ ou à l'éducation contre les stéréotypes de genre", note le site des Nouvelles News. 

Si Marine Le Pen a trouvé dans cette défense des droits des femmes un argument choc contre le fondamentalisme islamiste, elle ne s'est jamais posée en tant que féministe à d'autres occasions. Interrogée sur ce dernier point, elle avait d'ailleurs répondu : "Je ne sais pas ce que ça recouvre, le féminisme. Ce que je vois c'est qu'un certain nombre de droits des femmes sont en train de reculer, notamment sous la poussée du fondamentalisme islamiste, dans l'indifférence générale de ceux qui se disent précisément féministes." 

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