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Japon : à quelques rares exceptions, le pays reste sourd au mouvement #MeToo

Au pays du Soleil-Levant, le mouvement #MeToo reste timide et peine à briser l'omerta autour de la parole des femmes victimes de violences sexuelles.

Le quartier d'Asakusa à Tokyo au Japon (photo d'illustration)
Le quartier d'Asakusa à Tokyo au Japon (photo d'illustration) Crédit : Jezael Melgoza / Unsplash
Paul Véronique
Paul Véronique
et AFP

Si vague de libération de la parole des femmes victimes de violences a gagné de nombreux pays, elle est restée limitée au Japon où seuls quelques témoignages ont émergé. Au pays du Soleil-Levant, les victimes de tels actes sont plutôt encouragées à se taire.

L'affaire du producteur hollywoodien Harvey Weinstein a été couverte par les médias japonais, mais peu se sont penchés sur des situations potentiellement similaires dans l'archipel asiatique. Quasiment aucune femme du monde du spectacle n'a pris la parole. 

Ha-Chu, auteure et blogueuse, est l'une des exceptions. Elle a relaté en décembre avoir été harcelée par un responsable de la création du groupe de publicité Dentsu, Yuki Kishi, lorsqu'elle y travaillait. Son témoignage a été relayé par plusieurs médias et Yuki Kishi s'est publiquement excusé.

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Après avoir travaillé pour Dentsu, il avait fondé sa propre société et a annoncé, à la suite de ces révélations, qu'il allait démissionner, expliquant "éprouver une grande responsabilité (...) pour avoir suscité de l'émoi dans l'entreprise". Au Japon, où la société reste teintée d'un certain patriarcat, dénoncer ce genre de violences n'est pas sans conséquences.

Flot d'attaques et pluie d'insultes

Shiori Ito a payé le prix fort lorsqu'elle a raconté son histoire l'an dernier. Cette journaliste de 28 ans a accusé un homme de télévision de l'avoir droguée et violée en 2015 après l'avoir invitée à un dîner professionnel.

Pour avoir rendu son histoire publique, notamment dans un livre titré Black box (Boîte noire), elle a subi un flot d'attaques sur internet. "J'ai reçu des messages me traitant de salope, de prostituée", se souvient la journaliste, qui s'est récemment exprimée au siège des Nations unies.

"J'ai aussi reçu des menaces et j'ai craint pour la vie de ma famille", confie-t-elle.  La journaliste a également déploré un examen médical qui a tourné à "l'interrogatoire", et dénoncé l'attitude des policiers, qui lui ont demandé de mimer son viol, une poupée grandeur nature représentant son agresseur présumé.

Un tiers des procédures pour viol renvoyées au tribunal

"Le mouvement #MeToo a sans aucun doute déclenché des prises de parole", souligne Sachi Nakajima, elle-même victime de violences conjugales et fondatrice de l'ONG Resilience, qui vient en aide aux victimes. Toutefois l'histoire de Shiori Ito "n'a pas créé de basculement. Rien ne se passe, personne n'est arrêté, même dans son cas", regrette-t-elle. Sachi Nakajima met en cause la loi japonaise centenaire sur les crimes sexuels, que le Parlement n'a réformée que l'an dernier pour élargir la notion de viol et renforcer les sanctions. 

En 2017, seul un tiers des procédures pour viol ont été renvoyées devant un tribunal et sur les 1.678 personnes jugées, seules 285 ont été condamnées à plus de trois ans de prison, selon des chiffres du ministère de la Justice. Et selon un sondage réalisé par le gouvernement en 2017, seulement 2,8% des victimes de viols ont dit en avoir parlé à la police, tandis que 58,9% n'en avaient parlé à personne, pas même à des amis ou à des membres de leur famille.

Au Japon, "beaucoup d'hommes pensent que le corps des femmes leur appartient", constate Sachi Nakajima, estimant que dans ce pays "la définition du consentement est complètement faussée". "Si vous allez dans un commissariat pour dénoncer un cambriolage, on ne vous dit pas 'pourquoi n'étiez-vous pas chez vous à ce moment-là ?'. C'est tout aussi absurde de dire : 'vous devez l'avoir provoquée'", s'indigne-t-elle.

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