5 min de lecture Disney

De "Blanche-Neige" à "Vaiana", le lent affranchissement de la princesse Disney

DÉCRYPTAGE - Amélie Canet, responsable de la marque princesses chez Disney, revient pour "Girls" sur la progressive émancipation de ces illustres héroïnes.

Mulan, Vaiana, Blanche-Neige, trois héroïnes bien différentes
Mulan, Vaiana, Blanche-Neige, trois héroïnes bien différentes Crédit : Capture d'écran Youtube / Disney FR - Walt Disney Germany - Capture d'écran Youtube / Maude YouShallNotPass
Benjamin Pierret
Benjamin Pierret

C'est en 1937 que le monde entier découvre Blanche-Neige en technicolore. Depuis les années 30, aucune génération de petites filles n'est passée à côté de cette adaptation Disney du conte des frères Grimm. Une histoire intemporelle qui voit une princesse un peu trop docile se faire chasser par sa belle-mère, manquer de se faire assassiner par un chasseur, croquer dans la mauvaise pomme et tomber sagement dans un profond sommeil en attendant le baiser qui viendra la réveiller. 

Près de 80 ans plus tard, en novembre 2016, les enfants du XXIe siècle découvrent Vaiana, dernier long-métrage des studios de la souris aux grandes oreilles. En salles depuis le 30 novembre, il suit le destin d'une adolescente indomptable qui défie les ordres de son père et part seule sur les mers agitées du Pacifique pour sauver son peuple d'une mort certaine. Entre ces deux héroïnes, aux destins aussi opposés que leurs caractères, on compte près d'un siècle de distance. Des années marquées par la naissance d'une dizaine de princesses Disney, toutes ancrées de manière indélébile dans l'imaginaire collectif. 

Comme Dieu qui n'a pas fait le monde en un jour, Mickey n'a pas affranchi ses femmes en un film : si Vaiana semble marquer l'émancipation définitive de l'héroïne Disney, ce long chemin vers l'indépendance est le résultat d'une lente évolution, à laquelle chacune des princesses a contribuée

Un héritage désuet mais incontournable

Blanche-Neige, Cendrillon, La Belle au bois dormant... Pour Amélie Canet, responsable de la marque Princesses chez Disney, ces héroïnes forment le trio des princesses "classiques". Celles qui ont donné le ton de "l'ADN Disney". Elle explique : "Des générations de femmes ont grandi avec et les transmettent en l'état à leurs petites filles." Bien sûr, toutes correspondent à leur temps : lorsque Blanche-Neige apparaît sur les écrans, les femmes n'ont pas encore le droit de vote. "C'était important pour Walt Disney que ses héroïnes soient ancrées dans leur époque", explique Amélie Canet. "Et malgré cela, on ne les changerait pas aujourd'hui." Parce que ce sont elles, dans leur entièreté, qui ont défini l'héritage des studios.

À lire aussi
Joshua Rush incarne Cyrus Goddman dans la série "Andi" séries
VIDÉO - Disney : un coming out historique dans la série "Andi"

Le premier sursaut a lieu dans les années 90, avec un tournant crucial dans la représentation féminine chez Disney : "En 1989, La Petite Sirène présente une héroïne indépendante et courageuse. Elle crée elle-même l'action." Bien sûr, l'objectif global d'Ariel est d'épouser un homme qu'elle a entraperçu sur un bateau. Évidemment, elle accepte d'y laisser son identité en abandonnant sa voix. Mais il y a une chose qu'on ne peut pas lui retirer : contrairement aux précédentes héroïnes, elle déploie des trésors de volonté pour parvenir à ses fins. 

Alors que Blanche-Neige subit chacune de ses péripéties et Cendrillon part au bal grâce à l'aide de sa marraine, Ariel se débrouille. Elle désobéit à son père, brave tous les interdits, signe un pacte avec une sorcière et part seule à la découverte d'un monde inconnu, armée uniquement de sa bravoure. Les princesses qui suivent continuent sur cette lancée : si Belle est prisonnière de la Bête, c'est parce qu'elle est partie délivrer son père. Si Jasmine rencontre Aladdin, c'est parce qu'elle s'est enfuie pour échapper aux hommes que le sien lui imposait. La rencontre amoureuse est toujours présente, mais elle n'est plus prédestinée. Les princesses rencontrent un amoureux par hasard, en s'aventurant de leur propre chef en dehors du territoire qui leur est circonscrit. D'une certaine manière, ce sont elles qui ont forcé leur destin. 

Princesses, guerrières et même prolétaires

Pocahontas (1995) et Mulan (1998), marquent un deuxième tournant : celui qui ancre la princesse Disney dans un contexte historique. La découverte de l'Amérique pour l'une, la Chine du Ve siècle pour l'autre. Mulan se travestit pour partir au combat à la place de son père. Dans cette histoire, le prince tient une place bien différente (pour ne pas dire moindre) de celle qu'il occupait dans les précédents films. "C'est en se mettant au même niveau que lui qu'elle croise sa route", rappelle Amélie Canet. La rencontre amoureuse n'est plus un objectif : elle arrive en périphérie d'un accomplissement plus personnel. 

"Les petites filles d'aujourd'hui sont plus familières avec les princesses plus récentes : Mérida (Rebelle) Elsa et Anna (La Reine des neiges), Tiana (La Princesse et la grenouille). Si cette dernière a marqué l'histoire en intronisant en 2009 la première princesse Afro-américaine des studios, elle a également révolutionné le genre en présentant une protagoniste qui cherche à sortir de sa condition sociale. Le rêve de Tiana n'est pas de se marier mais d'ouvrir son restaurant à la Nouvelle-Orléans. Elle ne compte sur l'aide de personne pour y parvenir. 

>
La Princesse et la Grenouille - Au bout du rêve

Des histoires complémentaires

Vaiana semble signer la rupture définitive avec l'héroïne Disney classique : "Son grand amour, c'est l'océan", affirme Amélie Canet. C'est lui qui l'appelle, c'est pour lui qu'elle laisse son confort derrière elle. La différence de narration vient aussi d'une autre variante : Vaiana puise ses origines dans les légendes polynésiennes, loin des racines européennes de ses princières aînées. Mais bien qu'il ne soit question d'aucun prince, Vaiana partage malgré tout les valeurs communes de ses prédécesseuses, et perpétue le mythe de l'héroïne Disney (en reprenant tous les codes propres aux longs-métrages des studios). 

"L'objectif, c'est d'inspirer les petites filles avec des messages encourageants. Pour chaque petite fille qui croit en ses rêves, il y a une princesse pour lui montrer que c'est possible" : c'est ainsi qu'Amélie Canet expose la devise de Disney. Elle insiste : ces princesses ne partagent pas toutes la même soif d'indépendance mais font preuve de qualités "modernes et pertinentes" : "Blanche-Neige est courageuse, tolérante, elle place l'amitié et l'entraide au-dessus de tout. Cendrillon est humble, honnête, bienveillante." Leurs histoires sont constamment re-racontées (exemple avec la sortie prochaine de La Belle et la bête en prise de vues réelles, avec Emma Watson dans le rôle-titre) avec comme héroïnes des icônes intemporelles et complémentaires. Leur mission : encourager autant qu'elles font rêver. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Disney Cendrillon La Petite sirène
Pour ne rien manquer
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7786074950
De "Blanche-Neige" à "Vaiana", le lent affranchissement de la princesse Disney
De "Blanche-Neige" à "Vaiana", le lent affranchissement de la princesse Disney
DÉCRYPTAGE - Amélie Canet, responsable de la marque princesses chez Disney, revient pour "Girls" sur la progressive émancipation de ces illustres héroïnes.
https://www.rtl.fr/girls/identites/de-blanche-neige-a-vaiana-le-lent-affranchissement-de-la-princesse-disney-7786074950
2016-12-04 14:00:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/KlNXEChmCTBTPIKCY80bvA/330v220-2/online/image/2016/1202/7786095836_les-princesses.jpg