3 min de lecture Droits des femmes

Au Planning Familial, Véronique Séhier se bat pour la liberté des femmes

RENCONTRE - La coprésidente du Planning Familial revient sur l'un des événements marquants qui a déclenché son engagement pour garantir aux femmes leur droit à disposer de leurs corps librement. Une mission qu'elle entreprend depuis plus de quarante ans.

Véronique Séhier est la co-présidente du Planning Familial
Crédit Image : Planning Familial

On connaît tous et toutes le Planning Familial. Lieu d'accueil, d'écoute, de conseil où les femmes peuvent venir pour une contraception, un avortement ou une aide. Le planning est un réseau associatif présent sur le territoire français, en métropole et dans les départements d'outre-mer. S'intéresser à son histoire, c'est retracer la lutte pour les droits des femmes et notamment celle consistant à disposer librement de son corps.

Véronique Séhier, coprésidente du Planning Familial, fait partie de celles qui ont connu les grands bouleversements politiques comme le vote de loi Veil en 1975 et tous les combats qu'il a ensuite fallu entreprendre pour maintenir les droits des femmes comme acquis dans la société. Preuve que ces derniers sont toujours "fragiles" et loin d'être garantis. C'est le cas aujourd'hui aux États-Unis ou des femmes doivent parcourir des centaines de kilomètres pour se voir prescrire une contraception ou avoir recours à un avortement.

Chez nos voisins européens, les femmes doivent toujours plus se battre pour disposer de leurs corps comme elles l'entendent "comme en Pologne, en Hongrie ou encore en Roumanie", souligne Véronique Séhier avant de rappeler qu'en France, si les lois "ont beaucoup avancé", ces dernières "ne sont pas appliquées partout et de façon inégales parce qu'elles dépendent de politiques publiques et locales". 

Une manifestation pour protéger les droits des femmes, le 17 janvier 2015 à Paris
Crédit Image : LIONEL BONAVENTURE / AFP

L'engagement

"Avant la loi Veil, une de mes amies s'est trouvée enceinte et a avorté de façon illégale sur une table de cuisine dans un café populaire de Lille. C'était en 1971, j'avais 18 ans", raconte Véronique Séhier. Comme pour beaucoup de femmes à l'époque, l'avortement se déroule mal et elle doit se rendre à l'hôpital. "Elle a été reçue dans des conditions lamentables", ajoute la militante.

Pour elle, c'est le déclic : "Je me suis dit que c'était impossible qu'on traite les femmes de cette façon". Véronique Séhier débute alors son militantisme dans une association de quartier puis au Planning Familial, en 1978, "au moment du renouvellement de la loi Veil".

L'occasion de rappeler que cette loi est l'une des rares à ne pas avoir été votée pour une durée illimitée mais bien... pour cinq ans seulement. 

Le quotidien du Planning Familial

Au Planning Familial, il y a "des histoires douloureuses et d'autres moins". Les femmes peuvent prendre un premier contact via un numéro d'urgence (anonyme et gratuit) : le 0800 08 11 11. C'était par exemple le cas d'une jeune femme qui a appelé ce numéro pour un avortement.

Une structure du réseau du Planning Familial
Crédit Image : MEHDI FEDOUACH / AFP

"Elle était allée voir un médecin anti-avortement. Il l'a fait revenir en consultation une, deux, trois fois pour retarder l'échéance et l'empêcher d'avorter", raconte Véronique Séhier dont l'un des combats est la suppression de cette clause de conscience. C'est elle qui permet aux médecins de contourner le droit des femmes à pouvoir avorter librement en France.

L'éducation, un pari pour l'égalité

Pour Véronique Séhier, l'un des défis principaux du Planning Familial est la reconnaissance et l'application des droits des femmes au même titre que la reconnaissance de la vie associative. Cette dernière "est plus compliquée sur certains territoires alors qu'elle tient un rôle très important", affirme la coprésidente. 

Certaines structures du planning doivent en effet "bricoler avec des bouts de chandelles, travaillent dans la précarité", tandis que d'autres se résignent à "fermer certaines permanences", explique Véronique Séhier. Pourtant, le travail du planning est indispensable comme celui de l'éducation à la sexualité, assure la co-présidente.

"C'est en travaillant dès le départ sur la sexualité qu'on luttera pour l'égalité et contre les stéréotypes. Aujourd'hui, ce n'est pas une priorité, comme si ce n'était pas important alors que pour moi c'est essentiel."  

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