1 min de lecture Musique

La Saga de Steely Dan


Steely Dan, c'est un son unique, une musique originale, riche et inventive, un rock teinté de jazz qui s'est imposé en dehors de toutes les modes depuis quatre décennies. Parallèlement, les deux musiciens qui incarnent le groupe, Walter Becker et Donald Fagen, ont su mettre Steely Dan entre parenthèses pour se consacrer à des projets plus personnels. A l'occasion de la sortie du quatrième album solo de Donald Fagen, "Sunken Condos", les deux complices sont au micro de Saga pour rappeler leur parcours depuis le début des années 70.

walter becker & donald fagen
walter becker & donald fagen


LA SAGA DE STEELY DAN DANS SON INTÉGRALITÉ

"Bodhisattva" (CD “Countdown to ecstasy”)

Tout au long des années 70, sous l'impulsion de Donald Fagen et Walter Becker, Steely Dan a créé une œuvre exceptionnelle, avant de se mettre en sommeil pendant deux décennies. Le retour inattendu de Steely Dan en 2000 avec "Two against nature", puis avec "Everything must go" trois ans plus tard, a été couronné du même succès. La vitalité retrouvée des deux musiciens se manifeste également dans leurs carrières personnelles.
Aujourd'hui, c'est au tour de Donald Fagen de publier un nouvel album solo intitulé "SUNKEN CONDOS". Après la trilogie "The Nightfly", il ouvre un nouveau chapitre dans une carrière toujours très inspirée.

"I'm not the same without you" (CD Donald Fagen : "Sunken condos")

Steely Dan est né de l'association de Walter Becker et de Donald Fagen. Walter Carl Becker, le guitariste, est né à New York, le 20 février 1950. Donald Jay Fagen, qui chante et joue des claviers, est son aîné de deux ans : originaire de Passaic, dans le New Jersey, il est né le 10 janvier 1948. Lorsqu'ils font connaissance en 1967, ils sont encore étudiants. Ils partagent le même intérêt pour le blues, la pop music et surtout le jazz. Donald Fagen se souvient de cette première rencontre.

"J'étais au Bard College dans l'Etat de New York où j'avais monté un groupe. J'étais à la recherche d'un guitariste, lorsque j'ai entendu Walter jouer dans sa chambre. Il avait deux ans de moins que moi, mais il jouait le blues avec une telle authenticité, que je lui ai demandé de se joindre à nous. C'était un groupe d'occasion, qui n'existait qu'au travers du collège et des manifestations qui s'y rattachaient. Mais l'essentiel, c'est qu'on a commencé à composer ensemble."

Leurs études terminées, Donald Fagen et Walter Becker décident de tenter une carrière musicale. Alors qu'ils essaient de placer leurs compositions, ils sont contactés par le producteur Kenny Vance pour écrire la musique du film "YOU GOTTA WALK IT LIKE YOU TALK IT". Après ce premier essai, Becker et Fagen rejoignent le groupe Jay & The Americans, qu'ils accompagnent sur scène et sur disques. Parallèlement, ils enregistrent pour eux-mêmes un certain nombre de titres que l'on retrouvera sur plusieurs albums parus dans les années 80 : "THE EARLY YEARS", "BERRYTOWN", "OLD REGIME" et "STONE PIANO".

"Midnite cruiser" (CD "Can't buy a thrill")

En 1971, Walter Becker et Donald Fagen rencontrent le producteur Gary Katz qui leur permet de signer comme auteurs-compositeurs chez ABC-Dunhill. Mais les résultats ne sont guère probants et leur contrat est résilié au bout de six mois. Gary Katz leur propose alors de monter un groupe et d'enregistrer eux-mêmes leurs compositions.
Ils appellent le batteur Jim Hodder, le chanteur David Palmer et deux guitaristes : Denny Dias et Jeff Baxter. Il ne reste plus qu'à trouver un nom. Comme l'explique Donald Fagen, ce sera "Steely Dan", d'après le nom d'un vibro-masseur géant que William Burroughs décrit dans son livre "Le festin nu".

"Walter et moi, on avait écrit bien auparavant une chanson, 'Soul Ram', dans laquelle nous avions utilisé ce nom, 'Steely Dan', emprunté à un roman de William Burroughs. On le trouvait drôle et c'est pour ça qu'on l'avait choisi. Nous pensions que fort peu de gens en découvriraient l'origine, à part bien sûr les lecteurs de William Burroughs, et ils n'étaient pas légion à l'époque. Pour tout dire, si nous avions pu deviner que le groupe aurait du succès, nous aurions cherché autre chose, nous aurions inventé un nom. A l'époque, nous jouions sous de multiples identités. Nous changions de nom constamment. Steely Dan, on ne pensait pas que ça durerait et c'était marrant pour un temps."

Le premier album de Steely Dan, "CAN'T BUY A THRILL", paraît en septembre 1972. L'ingénieur du son Roger Nichols, un ancien ingénieur nucléaire, entame avec le duo une collaboration qui ne sera interrompue que par sa mort, en avril 2011.

"Reelin' in the years" (CD "Can't buy a thrill")

Le premier album de Steely Dan, "Can't buy a thrill", est un assemblage étonnant de pop limpide, de rythmes latins et d'harmonies vocales soignées. Becker et Fagen en ont signé tous les titres qui sont interprétés, soit par Dave Palmer, soit par Donald Fagen lui-même. Ce dernier, qui trouve sa voix insupportable, s'est réservé "Reelin' in the years" et "Do it again", qui seront les deux tubes de l'album !
Bien malgré lui, il se retrouve donc en première ligne. Il essaie vainement de se défiler une dernière fois en proposant d'embaucher Gerry Rafferty, le chanteur de Stealers Wheel, mais il cède finalement sous la pression de Gary Katz. Donald Fagen sera donc la voix de Steely Dan. Avec le recul, il reconnaît que c'était le bon choix.

"Je crois que nos chansons devaient être interprétées d'une certaine façon, avec une certaine attitude que notre chanteur ne possédait pas. Moi, je n'avais pas une voix géniale, mais je pensais avoir la bonne attitude. Nous avons préféré privilégier l'attitude plutôt que la voix. Et puis, je me suis amélioré avec les années."

"Do it again" (CD "Can't buy a thrill")

Donald Fagen s'étant imposé comme chanteur de Steely Dan, David Palmer n'est plus que choriste sur le deuxième album, "COUNTDOWN TO ECSTASY", en juillet 1973. C'est un autre grand classique du groupe, plus orienté vers le jazz que le précédent. Son seul défaut - si l'on peut dire - est de ne pas contenir de tube.
Mais ce n'est que partie remise. En mars 1974, "PRETZEL LOGIC" donne à Steely Dan son plus gros succès dans les hit-parades américains : "Rikki don't lose that number". C'est une nouvelle petite merveille qui a été enregistrée avec l'aide de musiciens de studio réputés comme Jim Gordon, Jeff Porcaro, David Paich et Timothy B. Schmit.

"Rikki don't lose that number" (CD "Pretzel logic")

Très vite, dès 1974, Walter Becker et Donald Fagen annoncent qu'ils ne veulent plus tourner. Certains en déduisent qu'ils n'aiment pas se produire en public. Ce que conteste Donald Fagen.

"Ce n'est pas vrai, nous aimions la scène. Mais à l'époque, il s'est produit toute une série de circonstances qui nous ont fait arrêter. La principale était que, bien que composé d'excellents musiciens, le groupe avait été formé à la hâte, et des désaccords, notamment sur le style, commençaient à se faire lourdement sentir dans le groupe. De plus, les tournées se déroulaient dans des conditions exécrables pour les jeunes groupes. Walter et moi, nous n'aimions pas trop voyager et dormir dans des hôtels minables. Enfin, la qualité de notre écriture s'était mise à baisser, car nous n'arrivions pas à composer sur la route. C'est là que nous nous sommes engagés dans le travail de studio et que nous avons dissous le groupe."   

Becker et Fagen déclarent alors que "Steely Dan est désormais plus un concept qu'un groupe". Jeff Baxter part en tournée avec les Doobie Brothers, avant de les rejoindre définitivement au cours de l'été 74. Quant à Jim Hodder, il travaillera comme batteur de sessions, avant de se noyer dans sa piscine le 5 juin 1990.
Steely Dan nouvelle formule apparaît dès "KATY LIED", en février 1975. L'album est éreinté par la critique sans que l'on sache trop pourquoi, car il n'est pas fondamentalement différent des précédents. Michael McDonald, qui venait de rejoindre le groupe pour la tournée précédente, s'éloigne déjà de Steely Dan et rejoint Jeff Baxter au sein des Doobie Brothers.
Piqués au vif par les réactions de la critique à propos de "Katy Lied", Donald Fagen et Walter Becker reviennent, plus créatifs que jamais, avec "THE ROYAL SCAM" en mai 1976. C'est un album aux rythmes plus lourds, plus marqués, où dominent l'humour et la décontraction, un disque où les parties de guitare sont remarquables, notamment grâce à Larry Carlton.

"Kid Charlemagne" (CD "The royal scam")

Toujours en panne de tubes, Walter Becker et Donald Fagen retournent très vite en studio, poussés par leur maison de disques qui veut les voir remédier à cette carence au plus vite. Ils en ressortent avec "AJA", qui paraît en septembre 77 et propose des compositions plus longues et plus jazzy. Joe Sample, Wayne Shorter et Tom Scott font partie des grands noms du jazz qui ont été invités à jouer sur ce disque ultra sophistiqué qui repousse très loin les limites entre le jazz et le rock.
Le succès est au rendez-vous avec "Peg", "Josie" et "Deacon blues". Au Top Albums américain, "Aja" se classe N°3, juste derrière "Rumours" de Fleetwood Mac et "The Stranger" de Billy Joel. C'est à l'époque la plus grosse vente de Steely Dan et leur premier disque de platine, au grand étonnement de Donald Fagen.

"J'ai été surpris qu'il se vende aussi bien. J'ai tout de suite su que c'était un bon disque, certainement le meilleur que nous ayons réalisé jusque-là. Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi les gens l'aiment mieux que nos autres albums. C'est d'ailleurs amusant, car nos fans semblent maintenant préférer nos disques plus anciens."

"Josie" (CD "Aja")

En avril 1978, Walter Becker et Donald Fagen participent à la bande originale du film "F.M." dont ils signent le thème principal. Le film ne marque pas les esprits, mais sa bande-son, qui regroupe dix-sept artistes de tout premier plan, est un gros succès. Paru en 45-tours, "F.M. (no static at all)" permet à Steely Dan d'effectuer une percée dans une Europe qui les a trop longtemps ignorés.
En octobre 78, leur double album "GREATEST HITS" est une compilation très bien réalisée qui présente dix-huit titres dans un ordre chronologique scrupuleux. On y trouve un inédit, "Here in the western world", qui provient des sessions de l'album "The Royal Scam". Et quand fait le compte, on s'aperçoit que pour réaliser ces dix-huit morceaux, Steely Dan a fait appel à soixante et onze musiciens différents.

"F.M. (no static at all)" (CD "F.M.")

Un peu lassés de Los Angeles, Walter Becker et Donald Fagen décident d'aller enregistrer leur nouvel album à New York. "GAUCHO" paraît en novembre 1980. A cette date, c'est l'album le plus cher de toute l'histoire de la rock music.
"Hey nineteen" et "Babylon sisters" sont les deux succès sur ce disque qui rassemble une fois de plus la crème des musiciens.
Parmi eux, Mark Knopfler, le guitariste de Dire Straits, qui compare Becker et Fagen à deux tyrans, parce qu'ils l'ont obligé à recommencer soixante-trois fois un solo de quinze secondes ! Ecoutons Donald Fagen à ce sujet.

"Oui, je suis au courant de la réflexion de Mark. Je crois qu'il s'agissait de sa première session en dehors de Dire Straits, et il n'avait pas l'habitude d'être dirigé. Il s'est vexé parce qu'on lui disait ce qu'il devait faire, mais c'est pour ça qu'on avait loué ses services, parce qu'on aimait sa manière de jouer. Il était normal qu'on lui donne des directives, c'était quand même notre disque ! Ça ne lui était jamais arrivé parce qu'il est compositeur lui-même. Bon, je comprends que ça l'aie dégoûté, mais je l'ai rencontré plusieurs fois depuis, et il ne semble pas nous en avoir gardé rancœur."

"Babylon sisters" (CD "Gaucho")

DEUXIÈME PARTIE

"Black Friday" (CD "Katy lied")

En juin 1981, malgré le succès de leurs deux derniers albums, "Aja" et "Gaucho", Walter Becker et Donald Fagen annoncent la fin de Steely Dan. Avec ces deux derniers disques, ils pensent avoir atteint leur point culminant. Cette séparation est un acte raisonné et raisonnable, sans histoire, que Donald Fagen résume ainsi : "On ne pouvait simplement plus se supporter". Quant à Walter Becker, il préfère relativiser les choses.

"Il nous avait fallu beaucoup de temps et de sueur pour venir à bout de 'Gaucho'. Nous avions eu des problèmes de toute sorte, notamment pour faire sonner les chansons comme nous le désirions, et nous avions dû travailler intensément durant plusieurs années. De plus, nous étions plombés par des problèmes personnels, et ça ne faisait qu'aggraver les choses. Bref, ça ne nous amusait plus du tout. Quelque chose s'était brisé, et plutôt que de continuer notre aventure commune, nous avons préféré y mettre un terme, du moins pour un temps."

Walter Becker, qui a eu quelques démêlés avec la justice après la mort par overdose d'une de ses anciennes amies, choisit de se retirer à Hawaï. Donald Fagen, de son côté, s'apprête à reprendre le flambeau de Steely Dan.

"Hey nineteen" (CD "Gaucho")

Donald Fagen continue de travailler avec l'ingénieur du son Roger Nichols et avec le producteur Gary Katz à qui il confie la réalisation de son premier album solo. Gary Katz affirme : "Personne ne sera capable de faire la différence entre cet album et un disque de Steely Dan. C'est un prolongement, une avancée logique."
Effectivement, lorsque paraît "THE NIGHTFLY", en octobre 1982, il ne surprend pas les admirateurs de Steely Dan. "The nightfly" est un succès international. Il obtient sept nominations aux Grammy Awards américains et il reçoit le Grand Prix du Disque de Montreux, avant d'être distingué par l'Académie Charles-Cros en France. Satisfait par cette réussite, Donald Fagen choisit de s'éclipser pour quelques années. Mais il continuera à écrire pour d'autres ou pour le cinéma.

"I.G.Y. (International geophysical year)" (CD Donald Fagen : "The nightfly")

En avril 1985, Walter Becker sort de sa retraite pour produire "Flaunt the imperfection", l'album du groupe anglais China Crisis.

"Après plusieurs années d'inactivité professionnelle, j'ai eu envie de retourner en studio et de refaire de la musique. Mais je voulais que ce soit en douceur, de manière moins astreignante que par le passé, car je désirais conserver suffisamment de temps pour m'occuper de ma famille. Je ne voulais plus finir vidé, au bout du rouleau, comme cela avait été le cas à l'issue de l'enregistrement de 'Gaucho'. J'ai donc recherché un compromis et j'ai pensé à la production, un métier que je connaissais bien, que je sentais bien. Ça m'a semblé parfait puisque, lorsque le producteur intervient, les musiques sont déjà écrites, le groupe et les musiciens qui ont été recrutés sont là. Bref, tout est prêt, et tu n'as plus qu'à diriger l'enregistrement. Ton travail se limite à ça. Et j'ai pensé que c'était vraiment l'idéal pour moi."

Walter Becker produira aussi Michael Franks et Ricky Lee Jones, ainsi que des albums de jazz sur les catalogues Triloka et Windham Hill.
En décembre 85, le "New Musical Express" annonce la reformation de Steely Dan. Vérification faite, Becker et Fagen sont bien en studio sous la direction de Gary Katz, mais pas pour leur propre compte. Ils travaillent à la réalisation de "ZAZU", le premier album d'une chanteuse inconnue, l'ancien mannequin Rosie Vela. "Zazu" paraît en 1986. C'est une réussite, très marquée par le style Becker-Fagen-Katz. Pourtant, ils n'ont pas participé à l'écriture des morceaux, comme le précise Donald Fagen.

"Gary Katz était en train de produire Rosie Vela à New York, et Walter et moi, nous y étions aussi. Nous nous étions retrouvés pour composer ensemble. Gary a sauté sur l'occasion et nous a demandé de jouer sur le disque. On y a travaillé quelques jours, sans plus, mais je pense que sa musique était vraiment très bonne. Rosie a d'ailleurs enregistré un autre album quelques années plus tard, auquel j'ai aussi collaboré, mais il n'est jamais sorti. Et je ne sais pas pourquoi. Elle avait beaucoup de talent. L'album sonne très Steely Dan, mais c'est sa musique. Nous l'avions beaucoup influencée, je crois, mais c'était son bébé. Vraiment."

"Magic smile" (CD Rosie Vela : "Zazu")

Les rumeurs de reformation de Steely Dan vont alimenter les années 80, tout comme les compilations destinées à entretenir le souvenir du groupe. Fin 1990, Donald Fagen crée la "New York Rock & Soul Revue", un show consacré aux grands classiques de la soul music qui s'installe à New York, au Beacon Theatre, en mars 1991. C'est là qu'est enregistré l'album "THE NEW YORK ROCK & SOUL REVUE – LIVE AT THE BEACON" qui paraît en novembre 91.
La Revue tourne aux Etats-Unis au cours de l'été suivant, avec Donald Fagen bien sûr, Phoebe Snow, Michael McDonald et Boz Scaggs, mais aussi Chuck Jackson et Walter Becker. On pourrait croire qu'il s'agit de la première collaboration Becker-Fagen depuis l'album de Rosie Vela en 86, mais en fait les deux hommes ne se sont jamais beaucoup éloignés l'un de l'autre. Ecoutons Donald Fagen.

"Il y a eu une époque où on ne s'est pas beaucoup vus. C'était après 'Gaucho', en 1979. On se téléphonait et on a recommencé à écrire ensemble en 84-85. On n'a pas fait de disque, mais on a gardé pas mal de matériel enregistré durant les années 80. Tout est sur bande. Walter s'est installé à Hawaï vers 1980, et donc sa famille est là-bas, et la mienne à New York. Lorsque nous écrivons, Walter vient à New York un mois ou deux, et puis moi je vais à Hawaï à mon tour. J'y retourne d'ailleurs au mois de décembre. On se parle au téléphone deux ou trois fois par semaine."

Walter Becker et Donald Fagen se retrouvent en avril 91 pour l'enregistrement de "KAMAKIRIAD", le nouvel album solo de Fagen. Ce disque paraît en mai 93, plus de dix ans après "The nightfly".

"L'idée de ce nouvel album a commencé à germer aux alentours de 86-87. Je me suis mis à écrire autour d'un concept, d'une histoire de science-fiction amusante qui serait aussi une sorte de métaphore sur mon état d'esprit du moment. Et j'ai appelé Walter pour qu'il m'aide à le produire."

"Snowbound" (CD Donald Fagen : "Kamakiriad")

1993 marque aussi le retour de Walter Becker et Donald Fagen sur la route après dix-neuf ans d'absence. Et comme le précise Donald Fagen, ce retour ne doit rien au hasard.

"Ce qui a tout déclenché, c'est la présence de Walter durant la tournée 'New York Rock & Soul Revue' de l'été 92. A chaque concert, nous faisions quelques chansons de Steely Dan et le public semblait vraiment apprécier. La réponse des spectateurs était telle que nous avons décidé de remonter un groupe ensemble et de reprendre la route en 93. C'est le point de départ de notre réunion."

En fait, les deux musiciens sont toujours restés en contact et ils ont toujours gardé beaucoup d'affinités, surtout dans le domaine artistique, comme le rappelle Walter Becker.

"Musicalement parlant, nous étions restés très proches l'un de l'autre. Et nous savions qu'en associant nos forces, nous ferions bien mieux que séparément. C'était aussi très amusant. Nous nous sommes replongés dans l'aventure avec le même plaisir qu'à nos débuts, en 1972."

Au cours de l'été 1993, Fagen et Becker sont en tournée aux Etats-Unis avec le "All New Steely Dan Orchestra '93". Dans le spectacle qu'ils proposent alors, on retrouve leur ancien répertoire, mais aussi des extraits des deux albums solo de Donald Fagen et de celui que vient d'enregistrer Walter Becker : "11 TRACKS OF WHACK". Cet album paraît en octobre 94, sans toutefois rencontrer le succès qu'il aurait mérité.

"Book of liars" (CD Walter Becker : "11 tracks of whack")

La réapparition de Steely Dan amène MCA à publier "CITIZEN STEELY DAN" en décembre 1994. C'est un coffret de quatre CD's où l'on retrouve tout ce que le groupe a publié jusque-là. Le succès des deux tournées américaines encourage Donald Fagen et Walter Becker à réaliser un album bilan, un “live” dont Donald Fagen nous explique la genèse.

"On a décidé qu’on profiterait de la tournée pour enregistrer les concerts, car notre ingénieur, Roger Nichols, avait mis au point un moyen peu onéreux pour le faire, simplement en branchant un magnéto 48 pistes digital sur la console de mixage. Donc pas de studio mobile à traîner. On a mis en boite 70 à 80 % des concerts et puis on est rentré à la maison, c’était en septembre 94. J’ai laissé les bandes de côté un bon moment. La seule idée de les écouter me rendait complètement malade. Je m’y suis mis finalement en mars et j’ai terminé le mixage cet été."

L'album qui est le reflet de ces concerts, "ALIVE IN AMERICA", sort en octobre 95. Logiquement, on n'y trouve aucun nouveau titre. Steely Dan n'en a pas interprété au cours de ces tournées et, de toute façon, ce n'était pas le but recherché, comme le rappelle Donald Fagen.

"C'est du matériel ancien pour l'essentiel. Parce que nous n'avions jamais sorti d'album en public et que nos fans n'avaient jamais eu l'occasion d'entendre ces chansons 'live'. Il y a un titre extrait de l'album de Walter, 'Eleven tracks of whack'. Mais à part ça, il s'agit d'un cocktail de nos chansons favorites et de celles qui marchent le mieux sur scène. Quant aux titres les plus anciens, nous les avons réarrangés afin de leur donner une nouvelle fraîcheur."

"Peg" (CD "Alive in America")

Début 1996, Donald Fagen et Walter Becker entament avec leur maison de disques les premières discussions sérieuses à propos d'un nouvel album studio. Toujours associés à Roger Nichols, ils produisent eux-mêmes ce disque que l'on espérait sans trop y croire. Il s'appelle "TWO AGAINST NATURE" et il paraît le 28 février 2000. C'est leur premier album studio depuis vingt ans, le huitième de leur carrière. Il est présenté sous une pochette sobre où les deux compères n'apparaissent qu'en silhouette. Donald Fagen nous explique pourquoi l'album porte ce titre.

"La pochette nous représente, Walter et moi, ou du moins nos ombres projetées sur un chemin de campagne. Quant au titre, 'Two against nature', c'est le combat qui nous oppose à la nature. Cela peut se comprendre de différentes façons. Pour moi, il s'agit entre autres du combat contre l'âge, le processus naturel du vieillissement qui, au fil des années, t'oblige à te battre de plus en plus dur pour obtenir ce que tu veux. Il te faut lutter contre une fatigue plus grande, contre l'autosatisfaction. En somme, trouver la force et les ressources pour t'opposer à la nature. Mais il est aussi vrai que d'une certaine façon, c'est toute sa vie qu'on essaye de contrôler la nature. Voilà ce que représentent la pochette et le titre du disque."

"Two against nature" est récompensé par trois Grammy Awards, dont celui de l'"Album de l'année". Le 19 mars 2001, Steely Dan fait son entrée officielle au Rock 'n' Roll Hall of Fame

"Cousin Dupree" (CD "Two against nature")
 
La réussite de "Two against nature" donne à Walter Becker et Donald Fagen une nouvelle énergie. Dès l'automne 2001, les deux compères retournent en studio à New York où ils réalisent l'album "EVERYTHING MUST GO". Il paraît en juin 2003 et il est accompagné d'une nouvelle tournée.
En mars 2006, Donald Fagen revient avec "MORPH THE CAT". C'est son troisième album solo, mais ce n'est qu'une parenthèse. En effet, il retrouve très vite Walter Becker et Steely Dan pour une série de concerts l'été suivant. Le groupe partage l'affiche avec Michael McDonald qui vient rejoindre ses anciens complices pour chanter "Do it again" en rappel. Le 5 mai 2007, Steely Dan entame la plus grande tournée de son histoire. C'est le "Heavy Rollers Tour" qui parcourt l'Amérique du Nord, l'Europe, le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

"H gang" (CD Donald Fagen : "Morph the cat")

C'est en juin 2008 que Walter Becker propose son deuxième album solo, "CIRCUS MONEY". Il paraît quatorze ans après le premier, "Eleven tracks of whack", et il a été produit par Larry Klein. Walter Becker reprend aussitôt la route avec Steely Dan pour une nouvelle tournée d'été qui se déroule essentiellement aux Etats-Unis, avec quelques dates au Canada.

"Door number two" (CD Walter Becker : "Circus money")

Parallèlement à Steely Dan, Donald Fagen fonde en 2010 la "Dukes of September Rhythm Revue", en compagnie de Boz Scaggs et Michael McDonald. Sur le même principe que la "New York Rock & Soul Revue", ce nouveau spectacle tourne aux Etats-Unis et au Japon en 2010 et en 2012.
Entre temps, Donald Fagen est entré en studio pour enregistrer son quatrième album solo, "SUNKEN CONDOS". Il en a signé tous les titres sauf un, "Out of the ghetto", qui est une reprise d'Isaac Hayes. Il s'est entouré de nombreux musiciens qui travaillent actuellement avec Steely Dan, notamment le trompettiste Michael Leonhardt qui a coproduit cet album avec lui. Après "The Nightfly", "Kamakiriad" et "Morph the cat" qui constituent "The Nightfly Trilogy", "Sunken condos" marque une nouvelle étape plus légère et plus funky dans la carrière de Donald Fagen.

"Weather in my head" (CD Donald Fagen : "Sunken condos")

DISCOGRAPHIE

-    "CAN'T BUY A THRILL" (album – 1972)
-    "COUNTDOWN TO ECSTASY" (album – 1973)
-    "PRETZEL LOGIC" (album – 1974)
-    "KATY LIED" (album – 1975)
-    "THE ROYAL SCAM" (album – 1976)
-    "AJA" (album – 1977)
-    "YOU GOTTA WALK IT LIKE YOU TALK IT (OST – 1978)
-    "GREATEST HITS" (compilation – 1978)
-    "GAUCHO" (album – 1980)
-    "GOLD" (compilation – 1982)
-    "THE EARLY YEARS : WALTER BECKER & DONALD FAGEN" (compilation – 1984)
-    "A DECADE OF STEELY DAN" (compilation – 1985)
-    "REELIN' IN THE YEARS" (compilation – 1985)
-    "BERRYTOWN" (compilation – 1986)
-    "OLD REGIME" (compilation – 1987)
-    "DO IT AGAIN – THE VERY BEST OF STEELY DAN" (compilation – 1987)
-    "STONE PIANO" (compilation – 1988)
-    "BECKER & FAGEN : THE COLLECTION" (compilation – 1988)
-    "CITIZEN STEELY DAN" (coffret 1993)
-    "REMASTERED : THE BEST OF STEELY DAN, THEN AND NOW" (compilation – 1993)
-    "ALIVE IN AMERICA" (live album – 1995)
-    "TWO AGAINST NATURE" (album – 2000)
-    "PLUSH TV JAZZ-ROCK PARTY" (live album – 2000)
-    "SHOWBIZ KIDS : THE STEELY DAN STORY 1972-1980" (compilation – 2000)
-    “EVERYTHING MUST GO” (album – 2003)
-    "FOUND STUDIO TRACKS" (compilation – 2007)
-    "THE VERY BEST OF STEELY DAN" (compilation – 2009)
-    "COLLECTED" (compilation – 2009)

PARTICIPATIONS :

-     "F.M." (BO  – 1978)
-    "THE NEW YORK ROCK & SOUL REVUE : LIVE AT THE BEACON" (live album – 1991)
-    MARIAN McPARTLAND "PIANO JAZZ – STEELY DAN" (album – 2005)

WALTER BECKER :

-    "ELEVEN TRACKS OF WHACK" (album – 1994)
-    "CIRCUS MONEY" (album – 2008)

DONALD FAGEN :

-    "THE NIGHTFLY" (album – 1982)
-    "KAMAKIRIAD" (album – 1993)
-    "MORPH THE CAT" (album – 2006)
-    "THE NIGHTFLY TRILOGY" (coffret – 2007)
-    "SUNKEN CONDOS" (album – 2012)

PARTICIPATIONS DONALD FAGEN

-    "HEAVY METAL" (BO – 1981)
-    "ARTHUR 2 : ON THE ROCKS" (BO – 1988)
-    "BRIGHT LIGHTS, BIG CITY" (BO – 1988)
-    "GLENGARRY GLEN ROSS" (BO – 1992)





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Steely Dan, c'est un son unique, une musique originale, riche et inventive, un rock teinté de jazz qui s'est imposé en dehors de toutes les modes depuis quatre décennies. Parallèlement, les deux musiciens qui incarnent le groupe, Walter Becker et Donald Fagen, ont su mettre Steely Dan entre parenthèses pour se consacrer à des projets plus personnels. A l'occasion de la sortie du quatrième album solo de Donald Fagen, "Sunken Condos", les deux complices sont au micro de Saga pour rappeler leur parcours depuis le début des années 70.
https://www.rtl.fr/culture/musique/saga-la-saga-de-steely-dan-7771237925
2012-10-12 08:01:00
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