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La Saga de Patti Smith


Icône du rock, Patti Smith est une artiste qui échappe à toute classification. Elle a suivi un chemin très personnel, voyageant à sa guise entre le monde de la littérature et celui de la musique rock. A l'occasion de la sortie de la compilation, "Outside Society" et à la veille de sa tournée française, la lauréate du prestigieux "Polar Music Prize" s'est confiée au micro de Saga. Patti Smith évoque sa vie mouvementée, ses amis célèbres, sa famille, les malheurs qui l'ont frappée et sa vision du monde. Elle parle aussi de son amour de la France et de sa passion pour l'œuvre de Rimbaud.

Patti Smith
Patti Smith


LA SAGA DE PATTI SMITH DANS SON INTÉGRALITÉ

"Up there down there" (CD "Dream of life")

Depuis plusieurs mois, on parle beaucoup de Patti Smith, et dans des domaines très variés. En novembre 2010, elle a obtenu un des prix littéraires américains les plus convoités, le "National Book Award", pour un livre de souvenirs qui évoque sa relation avec le photographe Robert Mapplethorpe, un ouvrage intitulé "Just kids". En juin 2011, elle a fait ses débuts d'actrice dans la série télévisée "New York, section criminelle". Le 30 août dernier, Patti Smith a été récompensée par le prestigieux "Polar Music Prize", qui lui a été remis par le Roi de Suède en personne. Elle nous propose aujourd'hui "OUTSIDE SOCIETY", une compilation de dix-huit titres qui sont proposés dans des versions remixées et qu'elle a choisis elle-même. Dans le brouhaha d'une rue de New York, Patti nous explique ce qui a guidé ses choix.

"J'ai tout simplement essayé de sélectionner des chansons qui, d'une certaine manière, parlent au nom de tout le groupe, depuis sa configuration de 1975 jusqu'à celle d'aujourd'hui. Des chansons qui illustrent les contributions de plusieurs musiciens et qui ont quelque chose à dire sur le plan politique ou sur le rock 'n' roll, sur la vie. Certaines sont des chansons d'amour comme 'Because the night', et 'Frederick'. 'Dancing barefoot' est une chanson qui évoque trois aspects différents : l'amour des gens, l'amour de Dieu et l'amour de Fred. Et j'espère vraiment que les gens l'aimeront. C'est tout."

"Dancing barefoot" (CD "Wave")

Patricia Lee Smith est née à Chicago, le 30 décembre 1946, mais elle a grandi à Pitman, une petite ville située dans le sud du New Jersey. Son père, ancien danseur de claquettes, est employé de bureau dans une usine. Sa mère, qui a abandonné une carrière de chanteuse de jazz pour élever ses quatre enfants, est serveuse de restaurant.
Dès son plus jeune âge, Patti lit beaucoup : la Bible, des poèmes et des magazines de science-fiction. Pour surmonter sa timidité, elle écrit et dessine dans un cahier qui ne la quitte jamais. Adolescente, elle se passionne pour le Tibet et pour les poètes français du dix-neuvième siècle, notamment Baudelaire et Rimbaud.

"J'ai toujours aimé la façon dont s'habillait Baudelaire. Je crois que le premier poète important dans ma vie a été Rimbaud. Je l'ai découvert à l'âge de quinze ou seize ans. Et son langage, que je ne comprenais pas toujours, même dans les traductions anglaises, m'a touchée. J'avais ressenti la même impression en entendant Little Richard pour la première fois. Ça m'a tout de suite parlé. Même chose la première fois où j'ai vu une toile de Jackson Pollock. Il y avait quelque chose de familier dans sa peinture et ça me faisait quelque chose. Je crois qu'il m'a influencée dans mon écriture plus que quiconque."

"Redondo beach" (CD "Horses")

Patti Smith entame des études à l'université de Glassboro, mais elle les interrompt très vite, après avoir mis au monde une petite fille qu'elle donne à adopter. En 1967, elle part pour New York. Elle y rencontre le photographe d'avant-garde Robert Mapplethorpe avec qui elle s'installe. Depuis longtemps, elle a dans l'idée d'aller à Paris, la ville où ont vécu les écrivains et les artistes qu'elle aime. Patti nous parle de sa relation avec la France.

"Mes liens avec la France sont très forts, et cela pour plusieurs raisons. Je suis née dans une famille pauvre et je n'avais jamais voyagé. Mon rêve de petite fille, c'était d'aller en France, le pays de Jeanne d'Arc, d'Arthur Rimbaud, de Robert Bresson, de Cocteau, des grands peintres, un pays synonyme d'histoire, d'art, le pays de Jeanne Moreau. Ma famille se moquait de moi en disant que j'étais à moitié française, parce que tout ce que j'avais était français. J'aimais la mode, le style, la bonne humeur et l'architecture. Mon grand rêve était d'aller à Paris. J'ai beaucoup économisé et j'avais vingt ans quand je suis venue en Europe pour la première fois. Je suis venue à Paris en 1969 et pour moi, c'était quelque chose de marcher dans les mêmes rues qu'Edith Piaf, d'aller voir la tombe de Nerval et les œuvres de Brancusi. J'ai le même frisson chaque fois que j'y reviens. Je m'y sens bien, comme si c'était ma seconde demeure."

Patti a fait le voyage avec sa sœur Linda. A Paris, elles font partie d'une troupe de théâtre de rue, et on peut également les voir faire la manche aux terrasses des cafés ou dans les couloirs du métro. Elles iront même jusqu'à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, pour un pèlerinage sur la tombe d'Arthur Rimbaud.

"Privilege (set me free)" (CD "Easter")

Bouleversée par un rêve où elle affirme avoir eu la prémonition de la mort de Brian Jones, Patti Smith rentre à New York. Avec Robert Mapplethorpe, elle s'installe au Chelsea Hotel, un des endroits cultes de l'underground new-yorkais à la fin des Sixties. Pour vivre, Patti est journaliste free-lance : elle signe des articles et des critiques pour les magazines "Rolling Stone", "Creem", et "Crawdaddy". Mais surtout, elle écrit de la poésie. En 1971, elle publie un premier recueil de poèmes, "Seventh Heaven".
Ces poèmes, elle les présente dans le cadre des lectures hebdomadaires à la Saint Mark's Church, où elle rencontre un certain succès. Pour donner une dimension supplémentaire à ces lectures, elle se fait accompagner à la guitare par Lenny Kaye, un critique de rock qui est aussi compositeur et vendeur dans un magasin de disques. En 72 et 73, elle publie deux autres ouvrages : "Kodak", puis "Witt", qu'elle dédie à Arthur Rimbaud, à William Burroughs et à son ami Allen Lanier, le clavier du Blue Oyster Cult.

"Free money" (CD "Horses")

Patti Smith hésite encore à se lancer dans le rock. C'est grâce à Allen Lanier, le clavier du Blue Oyster Cult, qu'elle se décide à sauter le pas. Le Blue Oyster Cult met en musique deux de ses textes, "Baby ice dog" et "Career of evil", que l'on retrouvera respectivement sur les albums "Tyranny and mutation" et "Secret treaties". Patti vient de faire ses débuts d'auteur, il lui reste à devenir chanteuse.
Toujours en compagnie de Lenny Kaye, elle continue de donner des lectures poétiques qui se transforment petit à petit en concerts. En novembre 73, ils participent au festival "Rock 'n' Rimbaud". Le pianiste Richard Sohl les rejoint au printemps 74. Le trio propose alors un étrange cocktail musical à mi-chemin entre le free-rock et le jazz, où les chansons originales se mêlent à de curieuses reprises qui servent de contrepoints et de transitions.

"Elegie" (CD "Horses")

Le 5 juin 1974, Patti Smith et son groupe enregistrent un premier 45-tours, une reprise de "Hey Joe" dédiée à Patty Hearst, l'héritière du milliardaire américain William Hearst, qui avait été enlevée par un groupe gauchiste. Soutenus financièrement par Robert Mapplethorpe, ils font distribuer leur disque par un label créé pour la circonstance, Mer Records, l'un des tout premiers labels indépendants dans l'histoire du rock. Ils embauchent alors un guitariste, Ivan Kral, un réfugié tchécoslovaque. Au printemps 75, ils se produisent pendant huit semaines au CBGB's. C'est là qu'ils se font remarquer par Clive Davis, qui leur propose un contrat avec le label qu'il vient de créer, Arista Records.

"Hey Joe" (single "Hey Joe")

    En juin 1975, le batteur Jay Dee Daugherty, qui est aussi le disc-jockey du CBGB's, rejoint le groupe de Patti Smith. L'album "HORSES" parait en décembre 75. Il a été produit par John Cale, un des piliers du Velvet Underground. Cet album révèle la nouvelle scène new-yorkaise et il fait l'effet d'une bombe, même en France, où il est couronné "meilleur disque pop-rock" par l'Académie du Disque Charles-Cros. "Horses" est un coup d'essai magistral qui annonce ce que l'on appellera successivement la "blank generation", le "punk" et la "new-wave". On y remarque une reprise de "Gloria", que Van Morrison avait créé fin 64 avec le groupe Them. Patti Smith explique pourquoi elle avait choisi de reprendre ce titre.

"Quand j'ai commencé, je disais des poèmes. C'était très basique, j'étais accompagnée par Lenny Kaye à la guitare et Richard Sohl au piano. Le plus souvent, ils jouaient trois accords sur lesquels je disais mes poèmes. Et quand notre spectacle s'est développé, nous avons commencé à y inclure des chansons très simples, qui n'avaient pas plus de trois accords. Et 'Gloria', qui est un grand classique du rock, est construit sur trois accords, c'est quelque chose de très simple. C'est tellement un classique que tout le monde l'a enregistré. A cette époque, tout le monde reprenait 'Gloria', mais c'était essentiellement des chanteurs. J'ai pensé qu'il était temps alors qu'une chanteuse reprenne ce titre à son tour. Mais je voulais que ce soit différent de tout ce qui avait été fait jusque-là, pas que ce soit simplement une version de plus."

"Gloria" (CD "Horses")

Influencée par Bob Dylan, Jimi Hendrix, Jim Morrison et les Rolling Stones, mais aussi par les écrits de William Burroughs et les poèmes d'Arthur Rimbaud, Patti Smith continue dans la même voie. Son deuxième album, "RADIO ETHIOPIA", paraît en novembre 76. Le titre générique est dédié à Rimbaud et au sculpteur roumain Constantin Brancusi.
Le 23 janvier 77, la carrière de Patti s'arrête aussi brusquement qu'elle avait commencé. A Tampa, en Floride, où elle passe en première partie de Bob Seger, elle tombe de scène et se fracture deux vertèbres cervicales. Pendant six mois, elle doit porter une minerve et rester alitée. Elle met à profit ce repos forcé pour écrire un nouveau recueil de poèmes, "Babel", tout en pensant déjà à un prochain album.

"Ask the angels" (CD "Radio Ethiopia")

Patti Smith est de retour en mars 78 avec "EASTER", qui reste son plus gros succès commercial. Elle n'a pas oublié Rimbaud : le livret à l'intérieur du CD reproduit une photo du jeune Arthur et de son frère Frédéric en habits de communiants.
Deux mois plus tard, le Patti Smith Group est bien installé dans les hit-parades des deux côtés de l'Atlantique. Ils sont N° 13 aux Etats-Unis et N°5 en Angleterre avec "Because the night", un titre co-signé par Bruce Springsteen. Patti nous raconte comment est née cette chanson qui reste son seul tube, et même sa seule incursion sérieuse dans les hit-parades.

"A cette époque, Bruce n'enregistrait pas, pour des raisons de droit. J'étais en train d'enregistrer 'Easter' avec Jimmy Iovine, qui est un ami de Bruce. Il avait été son ingénieur du son. Bruce lui a donné une bande avec la musique et le titre 'Because the night'. Mais il n'y avait pas de texte, pas de paroles. Bruce l'avait donné à Jimmy en pensant que ça pourrait me plaire. Je ne l'ai pas écouté tout de suite, parce que je voulais écrire les chansons avec mon groupe. Mais j'avais eu un grave accident qui m'avait immobilisée assez longtemps et on était en retard dans l'écriture. Une nuit, j'étais à la maison, j'étais restée éveillée parce que j'attendais un coup de téléphone de mon futur mari, Fred 'Sonic' Smith qui était à Detroit. Il devait m'appeler de Detroit. J'attendais donc son coup de fil et il n'appelait pas. J'attendais, j'attendais. La nuit avançait et je cherchais quelque chose à faire lorsque j'ai remarqué la bande qui était là. Je me suis dit : 'Tiens, je vais écouter cette musique.' Je l'ai passée sur un petit magnétophone et il y avait cette musique, juste dans ma tonalité, une musique qui m'allait parfaitement, et je me suis dit que c'était une grande chanson. Et pendant que j'attendais toujours mon coup de fil, j'ai écrit les paroles en pensant à Fred. Et quand Fred a appelé, j'avais terminé le texte. Ça m'a pris la nuit entière. Mais j'ai su dès le départ que cette chanson aurait du succès."

"Because the night" (CD "Easter")

Surfant sur la vague du succès de "Because the night", le Patti Smith Group entame une imposante tournée américaine suivie d'une série de concerts triomphaux en Europe, notamment au Pavillon de Paris le 26 mars 1978. Puis, c'est l'enregistrement de  "WAVE" en avril 79, sous la direction de Todd Rundgren. Le clavier Richard Sohl a retrouvé sa place au sein du groupe. Le succès sur cet album, c'est "Frederick", un des titres que Patti a dédiés à l'homme de sa vie, son futur mari et homonyme, Fred "Sonic" Smith, l'ancien guitariste des légendaires MC 5, qui gardera une place irremplaçable dans sa vie et dans son œuvre.

"'Dancing barefoot', 'Frederick' et 'Because the night' sont une sorte de trilogie pour Fred."

"Frederick" (CD "Wave")

Juste après la sortie de "Wave", son quatrième album, Patti Smith hésite sur la suite à donner à sa carrière. Elle est amoureuse, et pour se ménager un peu de temps, elle décide purement et simplement de tout arrêter. Elle donne un dernier concert le 10 septembre 79 à Florence, en Italie, et décide de couper totalement les ponts avec le business pour une durée indéterminée. Patti nous dit pourquoi elle a pris cette décision.

"Je l'ai fait pour deux raisons. D'abord, j'avais rencontré la personne avec qui j'avais envie de vivre et nous avions décidé tous les deux de faire une pause pour apprendre à véritablement nous connaître et puis aussi, nous voulions fonder une famille. Et puis, en tant qu'artiste, je sentais que j'avais besoin de temps pour évoluer, j'avais besoin de temps pour étudier, pour mieux connaître le monde. Parce qu'il me semblait que dans le rock and roll, j'avais atteint le but que je m'étais fixée au départ."

"So you want to be (a rock 'n' roll star)" (CD "Wave")

DEUXIÈME PARTIE

"Summer cannibals" (CD "Gone again")

Patti Smith et Fred "Sonic" Smith se marient en mars 1980. Patti, qui vient de passer douze ans de sa vie à New York, en a assez. Elle déménage à Detroit et abandonne toute vie publique pour se consacrer exclusivement à sa famille. En 1982, elle donne naissance à un petit garçon, Jackson Frederick. Fred et Patti Smith se font oublier pendant six ans. Au cours de l'hiver 86, ils louent un appartement à New York et commencent à enregistrer de nouvelles chansons à la Hit Factory. Patti accouche alors d'une petite fille, Jesse Paris, et les sessions sont interrompues jusqu'à l'automne suivant.
Finalement, l'album "DREAM OF LIFE" sort en juin 88, c'est-à-dire neuf ans après "Wave". "People have the power", le titre phare de l'album, est devenu depuis une sorte d'hymne. En 2004, à l'occasion de l'élection présidentielle aux Etats-Unis, c'est avec cette chanson que Bruce Springsteen terminait les concerts du "Vote for Change Tour". Patti en était alors très émue.

"J'avais écrit cette chanson dans les années 80 avec mon défunt mari, Fred 'Sonic' Smith. Quand on l'a écrite, on espérait qu'un jour elle pourrait servir à quelqu'un pour rassembler des gens autour de quelque chose de positif. Ralph Nader l'a utilisée. Jesse Jackson lui aussi s'en est servi dans des manifestations contre l'invasion de l'Irak. Voir qu'on utilisait cette chanson pour appeler les gens à voter pour le changement, ça m'a touchée, parce que c'est exactement ce que Fred espérait. Nous n'avons pas écrit cette chanson pour nous, mais pour tous ceux qui voudraient l'utiliser pour une bonne cause. Et ça, c'est une bonne cause."

"People have the power" (CD "Dream of life")

Après l'album "Dream of life", Patti Smith ne remonte pas sur scène, mais elle continue à écrire. Elle publie "Woolgathering" en 1992, puis, deux ans plus tard, "Early work 1970-1979", un condensé de ses premiers poèmes.
Au début des années 90, Patti est environnée par la mort. Après la disparition de Robert Mapplethorpe, c'est Richard Sohl, son pianiste, qui décède d'une crise cardiaque en juin 90. Le même mal emportera successivement son mari, Fred "Sonic" Smith, en novembre 94, et son jeune frère Todd, un mois plus tard.

"J'ai beaucoup souffert de la perte de gens que j'aimais. J'ai perdu mon frère, ma mère, mon père, mon mari, mon meilleur ami et mon pianiste. Mais tous ces gens, je les ai toujours dans mon cœur. J'ai une vie très riche, j'ai deux enfants formidables, j'ai des camarades, j'ai mon groupe et j'ai du travail. Et je suis en vie. Je suis quelqu'un qui apprécie foncièrement la vie et il faut passer une partie de cette vie sans ceux qu'on a perdus. Il faut se montrer fort et avoir la foi. Quand j'étais plus jeune, je croyais qu'Arthur Rimbaud était avec moi, alors que je ne l'ai jamais rencontré. Je crois sincèrement que ceux que j'aime sont avec moi."

"Paths that cross" (CD "Dream of life")

Au cours de l'été 1995, Patti Smith, qui a retrouvé Lenny Kaye et Jay Dee Daugherty, reprend le chemin des studios pour enregistrer son sixième album.
En juin 96, elle publie un nouveau recueil de poésie, "The coral sea". Patti nous explique comment elle fait la distinction entre les poèmes et les textes qui deviendront des chansons.

"Lorsque j'écris de la poésie, je ne m'adresse à personne en particulier. J'écris parce que c'est en moi. La plupart de mes poèmes ne sont pas publiés : ça reste entre moi et Dieu ou entre moi et le cahier où j'écris. Mais quand il y a un sujet que je veux partager avec les gens, j'écris une chanson. Quand je pense qu'un sujet ou un sentiment est important et que j'ai envie de le partager directement avec le public, j'écris une chanson. Parce que les chansons sont un moyen de communication avec le plus grand nombre. La poésie, c'est parfois plus difficile, et le but, c'est quand même de communiquer."

Le 15 juin 96, Arista ressort simultanément les cinq premiers albums de Patti Smith, entièrement remastérisés, avec des titres en bonus, mais sous leurs pochettes originales. Deux ans plus tôt, on avait pu retrouver une version de "Rock 'n' roll nigger" sur la bande originale du film d'Oliver Stone "Natural Born Killers". C'est dans ce titre que l'on retrouve la référence au titre de la compilation qui vient de sortir : "Outside society".

"Rock 'n' roll nigger" (CD "Easter")

Produit par Malcolm Burn et Lenny Kaye, "GONE AGAIN" paraît en juillet 96, toujours caractérisé par l'inimitable magie de la voix et des textes de Patti Smith. "Gone again" est une méditation sur la vie et la mort, où sont évoquées les joies de l'existence et la place de l'Homme dans l'univers céleste. L'album s'adresse aussi aux jeunes en leur disant qu'il y a un moyen de survivre aux épreuves : chercher coûte que coûte le souffle et l'illumination. Sur ce nouvel album, Patti Smith retrouve d'anciens amis comme Tom Verlaine et John Cale. Elle nous en présente aussi de nouveaux, notamment Jeff Buckley, qui chante sur "Beneath the southern cross".

"Beneath the southern cross" (CD "Gone again")

En avril, puis en août 1997, Patti Smith perd successivement deux amis très proches, Allen Ginsberg et William Burroughs.

"J'ai eu la chance de les connaître de leur vivant et la chance qu'ils soient mes amis. William Burroughs était un très bon ami et je l'aimais beaucoup. Allen Ginsberg aussi était un grand ami, tout comme Gregory Corso. J'ai eu la chance, non seulement de bénéficier de leur influence, mais aussi de partager leur vie. Pour moi, je pense, certains des artistes que j'aime ont servi deux buts : d'abord l'amitié, parce qu'une personne comme moi a toujours été un peu asociale. J'ai toujours été, comme je le dis dans 'Rock and roll nigger', en dehors de la société. Je n'ai jamais réussi à faire partie d'un courant et dans mon propre pays, on me regarde un peu toujours comme la brebis égarée. Ces gens m'ont fait me sentir moins seule."

En novembre 1997, Patti Smith propose "PEACE AND NOISE", un nouvel album dense et austère, difficile à écouter d'une seule traite. Le titre "1959" évoque son soutien aux Bouddhistes tibétains. Dans le livret qui accompagne le disque, on peut d'ailleurs voir Patti et ses musiciens photographiés aux côtés du Dalaï Lama.

"J'ai eu la chance de rencontrer Sa Sainteté le Dalaï Lama. A l'école en 1959, j'avais douze ans, j'ai fait un devoir sur le Tibet. J'étais passionnée par ce pays et quand il a été envahi par la Chine, j'ai été choquée. Mon père avait combattu pendant la Seconde Guerre mondiale et avec mon âme d'enfant, je pensais que la guerre était finie. Je pensais : 'Papa a combattu dans cette grande guerre et maintenant, on va connaître un monde pacifique.' Et voir que le pays que j'aimais tant avait été annexé m'a bouleversée. Je me suis toujours intéressée à la situation du Tibet. Mon groupe et moi, nous avons collecté des fonds pour préserver la culture tibétaine, pour aider les moines dans leur vie de tous les jours. J'ai donc rencontré Sa Sainteté et c'est quelqu'un de très aimable, quelqu'un qui est drôle aussi. Il est de bon conseil pour nous tous. Et lui aussi, il insiste sur la protection de l'environnement. Lui aussi pense que c'est le grand sujet qui doit préoccuper les hommes."

"1959" (CD "Peace and noise")

En 1998, Patti publie son autobiographie, intitulée "Patti Smith Complete : lyrics, reflections and notes for the future". Le 16 février 2000, elle est sur scène pour présenter son nouvel album, "GUNG HO". La réalisation en a été confiée à Gil Norton,  le producteur des Pixies, des Counting Crows et des Foo Fighters. "Gung Ho" a été enregistré avec les musiciens habituels de Patti : Lenny Kaye, Oliver Ray, Jay Dee Daugherty et Tony Shanahan. Il faut y ajouter deux invités de marque, le guitariste Tom Verlaine et Michael Stipe, le chanteur de R.E.M., qui figurent tous deux sur le premier single, "Glitter in their eyes". Patti connaît bien Michael Stipe. En 1996, elle chantait avec lui sur le titre de R.E.M. "E-bow the letter", mais leur relation est antérieure.

"Michael est un grand ami. Après la mort de mon mari, fin 94, j'ai vécu une période difficile à tous points de vue : émotionnellement et financièrement. C'était très, très dur. J'avais mes deux enfants. Et Michael est venu me voir. Je ne le connaissais pas encore, je connaissais seulement sa musique. Je ne l'avais jamais rencontré et il est venu m'offrir son amitié et me proposer de l'aide. Depuis, nous sommes devenus des amis très proches. Nous avons chanté ensemble. C'est un très bon ami."

"Glitter in their eyes" (CD "Gung Ho")

Figure emblématique de la scène alternative américaine, Patti Smith occupe une place importante dans l'histoire de la rock music, mais aussi dans la vie politico-sociale de son pays, même si elle relativise son rôle dans ce domaine.

"Je ne me considère pas comme une militante politique parce que je ne m'y connais pas assez et l'essentiel de mon énergie passe dans mon travail de création. Mais j'essaie constamment d'exprimer mon opinion, de protester contre ce qui va mal. Quotidiennement, je fais ce que je peux en tant que citoyenne. On peut militer à travers son comportement de tous les jours, par exemple en triant les déchets, en respectant l'environnement, en apprenant aux enfants ce respect de la nature et de son prochain. C'est comme ça que j'essaie d'être active politiquement."

En mars 2002, Patti Smith propose la double compilation "LAND (1975-2002). On y trouve notamment seize titres choisis par ses fans dans l'ensemble de sa discographie. Il y a aussi une reprise de "When doves cry" de Prince. "Land" est-il un point final dans la carrière musicale de la chanteuse ? On peut se poser la question. Car on peut lire dans le livret qui accompagne le disque cette phrase sibylline : "Je vous quitte sur ces quelques pensées fugitives. Adieu, les amis". Patti s'explique sur cette déclaration.

"Cet adieu, c'est parce que je venais de passer vingt-sept ans sur mon ancien label. C'est Clive Davis qui m'avait signée en 1975 et c'était mon dernier disque pour Arista. Mon contrat était terminé et il n'a pas été renouvelé. D'où cet adieu. Je ne savais pas alors que quelqu'un d'autre me proposerait un contrat. J'ai donc pensé : 'Bon, si je n'enregistre plus jamais, au moins j'aurai déjà pu faire tout ça. Vraiment, à l'époque, je ne savais pas du tout quel serait mon avenir."

"When doves cry" (CD "Land (1975-2002)")

En avril 2004, "TRAMPIN'" est le premier album de Patti Smith qui paraît chez Sony-BMG. C'est un gros succès qui lui permet de retrouver pour la première fois depuis longtemps les classements du Billboard. Il rappelle aussi qu'elle est une artiste américaine de tout premier plan, au même titre que Bob Dylan, Bruce Springsteen et Lou Reed. Sur le titre générique, "Trampin'", c'est sa fille Jesse qui joue du piano. Mais son fils Jackson est également musicien.

"Mon fils joue de la guitare et ma fille du piano. Ils sont tous deux autodidactes. Leur père était un grand musicien. Je crois qu'ils ont hérité de ce don. Ma fille s'intéresse également beaucoup à l'environnement. Je pense qu'elle va prendre des cours de piano, elle aime beaucoup le jazz, mais un de ses objectifs, c'est de travailler dans l'environnement et pour la protection de la nature."

"Trampin'" (CD "Trampin'")

Le 24 juillet 2004, Patti Smith participe au Festival des Vieilles Charrues à Carhaix. Son concert est enregistré pour un album "live" qui paraît dès le mois de novembre. Un an plus tard, le ministre de la Culture de l'époque, Renaud Donnedieu de Vabres, lui remet les insignes de Commandeur des Arts et Lettres, rappelant au passage que la chanteuse est aussi une grande admiratrice de Rimbaud. Patti ne parle pas français. Quand on connaît l'amour qu'elle porte à la France, on peut s'en étonner. Elle le regrette et s'en explique.

"Je ne suis pas bonne en langues. J'avais pris l'option français à l'école, mais j'ai échoué. Je suis très mauvaise en grammaire et je n'ai pas l'oreille pour les langues. Je ne sais parler aucune langue étrangère et je ne sais pas pourquoi. C'est comme les mathématiques. Je suis mauvaise en maths, mais j'aime ça. J'aime feuilleter des livres de géométrie, mais je ne sais pas résoudre une équation. Quand je regarde des films français, je ne lis pas les sous-titres, j'écoute simplement et je regarde. Pardon de ne pas parler le français. En tout cas, ce n'est pas parce que je ne aime pas cette langue."

Le 12 mars 2007, Patti Smith est intronisée au Rock and Roll Hall of Fame. Pour l'occasion, elle chante "Gimme shelter", le classique des Rolling Stones que l'on retrouve sur son album "TWELVE", qui parait le mois suivant. C'est l'aboutissement d'un projet auquel elle pensait depuis longtemps. Il ne comporte que des reprises, douze au total, empruntées au répertoire des plus grands : Jimi Hendrix, Bob Dylan, Paul Simon, Nirvana, les Doors, les Beatles, les Rolling Stones et Neil Young, à qui elle a emprunté le titre  "Helpless".

"'Helpless' est une superbe chanson. Je n'avais pas prévu de l'enregistrer au départ. J'y ai repensé après avoir donné un concert de charité et chanté avec Neil Young. Ce fut une belle expérience et j'avais gardé ce titre en tête. Et puis j'ai entendu la version que K.D. Lang en a faite. C'est une grande chanteuse et je me suis dit que je ne pourrais jamais la chanter aussi bien qu'elle. Mais j'ai pensé que je pourrais la présenter plus simplement, différemment, d'une façon peut-être plus intime, et c'est ce que nous avons fait."

"Helpless" (CD  "Twelve")

La compilation qui vient de sortir, "OUTSIDE SOCIETY", n'est qu'un élément dans la riche actualité de Patti Smith. Lauréate du "National Book Award" pour son livre de souvenirs "Just Kids", puis du célèbre "Polar Music Prize" pour sa contribution à la musique, elle est aussi au générique de l'album "Rave On Buddy Holly" où elle reprend "Words of love".
Jeudi dernier, le 8 septembre, Patti a donné un concert exceptionnel au Webster Hall à New York, dans le cadre du dixième anniversaire des attentats du 11 septembre. En novembre, elle sera en France pour une série de quatorze concerts qui se terminera à Paris par deux soirées à l'Olympia, le lundi 21 et le mardi 22. Si son emploi du temps le lui permet, elle pourra faire un détour par Charleville et retourner au Musée Rimbaud qui conserve le souvenir d'une de ses précédentes visites.

"En 1973, je suis allée au musée de Charleville, je suis allée sur la tombe de Rimbaud et il s'est passé quelque chose de très beau. Quand je suis allée au musée, il n'y avait personne. J'étais seule. J'avais du papier et des crayons et je me suis assise dans un coin. J'ai dessiné un portrait de Rimbaud et je l'ai daté. Je l'ai gardé pendant des années. Et puis en 1991, pour le centenaire de sa mort, on avait organisé une grande cérémonie à Paris et à Charleville et j'ai envoyé au Ministère de la Culture le dessin que j'avais fait en 1973. Récemment, j'ai donné un concert à Charleville, c'était un peu comme un rêve qui se réalisait, et je suis retournée au Musée Rimbaud pour revoir son écharpe, sa malle de voyage et certains manuscrits, et là, dans une vitrine, il y avait mon dessin. Ça m'a fait pleurer. J'avais fait ce dessin dans le musée alors que j'étais une jeune fille inconnue, et maintenant, après toutes ces années, ce petit dessin est dans une vitrine du musée."

"Lo and beholden" (CD "Gung Ho")

DISCOGRAPHIE :

-    "Hey Joe" / "Piss factory" (single – 1974)
-    "HORSES" (album – 1975)
-    "RADIO ETHIOPIA" (album – 1976)
-    "EASTER" (album – 1978)
-    "WAVE" (album – 1979)
-    "DREAM OF LIFE" (album – 1988)
-    "BOXSET" (HORSES / RADIO ETHIOPIA / WAVE) (coffret – 1991)
-    "GONE AGAIN" (album – 1996)
-    "THE PATTI SMITH MASTERS : THE COLLECTIVE WORKS" (coffret – 1996)
-    "PEACE AND NOISE" (album – 1997)
-    "GUNG HO" (album - 2000)
-    "LAND (1975-2002)" (compilation – 2002)
-    "TRAMPIN'" (album – 2004)
-    "LIVE AUX VIEILLES CHARRUES 2004" (live album – 2004)
-    "TWELVE" (album – 2007)
-    "THE CORAL SEA" (live album w/ Kevin Shields – 2008)
-    "OUTSIDE SOCIETY" (compilation – 2011)

QUELQUES PARTICIPATIONS :

-    "UNTIL THE END OF THE WORLD" (BO – 1991)
-    "NO ALTERNATIVE" (compilation – 1993)
-    "NATURAL BORN KILLERS" (BO – 1994)
-    "DEAD MAN WALKING" (BO – 1996)




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La Saga de Patti Smith
La Saga de Patti Smith
Icône du rock, Patti Smith est une artiste qui échappe à toute classification. Elle a suivi un chemin très personnel, voyageant à sa guise entre le monde de la littérature et celui de la musique rock. A l'occasion de la sortie de la compilation, "Outside Society" et à la veille de sa tournée française, la lauréate du prestigieux "Polar Music Prize" s'est confiée au micro de Saga. Patti Smith évoque sa vie mouvementée, ses amis célèbres, sa famille, les malheurs qui l'ont frappée et sa vision du monde. Elle parle aussi de son amour de la France et de sa passion pour l'œuvre de Rimbaud.
https://www.rtl.fr/culture/musique/saga-la-saga-de-patti-smith-7771238247
2011-09-09 08:01:00
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