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La Saga de Murray Head


Auteur-compositeur, chanteur et comédien, Murray Head est sans doute le plus français des artistes britanniques. En effet, c'est surtout chez nous et dans les pays francophones qu'il a le plus souvent obtenu la reconnaissance de ses multiples talents. Au milieu de ses différentes activités, Murray Head a toujours gardé une place pour la musique. A l'occasion de la sortie de son album de reprises "My back pages", Murray Head est au micro de Saga pour évoquer les étapes marquantes de sa carrière riche et très variée.

murray head
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LA SAGA DE MURRAY HEAD DANS SON INTEGRALITE

"My back pages" (CD "My back pages")

Cette chanson que l'on vient d'entendre, "MY BACK PAGES",  donne son titre au nouvel album de Murray Head. Elle a été écrite par Bob Dylan, mais Murray l'a enregistrée en s'inspirant de la version des Byrds. "My back pages" est un album de reprises. Murray Head a eu l'idée de ce disque en écrivant son autobiographie, qui est parue en mai 2011 et qui s'appelle "En passant". En effet, c'est à cette occasion qu'il s'est aperçu que chaque grand moment de sa vie était lié à une chanson. "My back pages" est donc un hommage à tous ces artistes qui l'ont accompagné dans son existence, de Len Barry à Carole King, en passant par Bob Dylan, les Who, Roxy Music ou encore Kansas, dont il reprend le classique "Dust in the wind".

"Dust in the wind" (CD "My back pages")

Murray Seafield Saint George Head est né à Londres le 5 mars 1946 dans une famille d’origine écossaise. Son père est producteur et réalisateur de documentaires ; sa mère, Helen Shingler,  est une actrice connue. Il a un frère cadet, Anthony, qui deviendra un des héros de la série télévisée américaine "Buffy contre les vampires". Les parents de Murray sont des francophiles convaincus : ils roulent en Citroën, ils passent leurs vacances dans les campings de l’Hexagone et l’un des rôles préférés de sa mère est celui de la femme du commissaire Maigret qu’elle interprète dans une série télévisée.
C’est donc très jeune que Murray s’initie à notre langue. De quatre à dix ans, il est élève au Lycée Français de Londres avant de poursuivre une scolarité anglaise plus classique. En 1953, grâce à ses parents, le petit Murray participe à son premier film, un documentaire où il passe son temps à manger des pommes ! Jeune adolescent, il emprunte la guitare de son père sur laquelle il plaque ses premiers accords. Mais à l'époque, ses ambitions n’ont rien d’artistique.

"J’ai remarqué un de mes copains. Il savait au moins trois accords, quatre accords, et il n’arrêtait pas de draguer. A l’époque, je cherchais des méthodes pour draguer et je pensais que si j’apprenais peut-être cinq accords, un de plus que mon copain Ben, je risquais de draguer mieux que lui."

"When I'm yours" (CD "Say it ain't so")

Au début des années 60, Murray Head découvre le blues. Il joue et chante dans un groupe qui reprend Bo Diddley, Sonny Boy Williamson et Chuck Berry. En 1963, il décide de tenter l’aventure en solitaire et il signe un contrat avec Norrie Paramor, le producteur de Cliff Richard et des Shadows. Ses deux premiers 45-tours, “Alberta” et “The bells of Rhymney”, sont des échecs.
En 1965, Murray obtient un premier rôle sérieux au cinéma dans “The family way”. Il fait alors la connaissance de Tim Rice, une rencontre déterminante pour la suite de sa carrière. Tim est un ancien étudiant en droit passionné de musique qui travaille comme assistant chez EMI. Les deux hommes se lient d’amitié et c’est Tim Rice qui produit son troisième 45-tours, “Sunday soon”.
En 1967, Murray Head signe chez Immediate Records et il produit lui-même un nouveau titre, “She was perfection”, très marqué par le psychédélisme et le flower power. On peut alors le voir aux côtés de Brigitte Bardot dans le film "A cœur joie", puis dans "Roméo et Juliette" de Franco Zeffirelli.

"Bed & breakfast" (CD "Nigel lived")

En 1969, alors que Murray Head participe à Londres à la version scénique de “Hair”, Tim Rice lui propose un rôle dans la comédie musicale qu’il est en train d’écrire avec Andrew Lloyd Webber, “JESUS CHRIST SUPERSTAR".

"Pour lui, j’étais un peu plus près de la rue que lui-même. En effet, ils étaient tous les deux, Andrew et lui, ont été élevés dans des écoles privés. Ils adoraient le rock and roll. Tim était obsédé par Elvis Presley à l’époque, il n'a pas fait vraiment le voyage entre Elvis et les Beatles encore à cette époque-là. Alors, ils aimaient cette musique mais ils ne la comprenaient pas très bien, alors c’est pour ça que j’étais un peu comme, comment dire, un catalyste si vous voulez. Alors, il y a cette cassette que j’ai quelque part à la maison où Andrew joue pour la première fois 'Jesus Christ Superstar' et il y a Tim qui chante avec une voix très seizième, quoi, bon chic bon genre : 'Jesus Christ Superstar' ! Et il y a un silence après cet enregistrement sur la cassette qui dure pour au moins une minute où je suis en train de penser : 'Mais ils sont complètement dingues. Qu’est-ce qu’ils veulent que je fasse.' Et j’ai dit : 'Alors ?' Ils disent : 'Ben, on veut que vous le chantiez.' J’ai dit : 'Vous êtes tous fous. Le Christ comme ça en rock and roll ? Moi, je vois mal, mais je le fais si vous voulez, pour vous amuser, mais je vois mal passer.' Et c’est vrai que on a sorti en Angleterre, même avec une lettre de, je sais pas, l’archevêque de Saint-Paul ou quelque chose comme ça pour lui donner un peu de crédibilité."

Le double album “Jesus Christ Superstar” parait en octobre 1970. C'est le chanteur de Deep Purple, Ian Gillan, qui incarne Jésus-Christ. Yvonne Elliman interprète Marie Madeleine ; Mike D’Abo (l’ancien chanteur de Manfred Mann) joue le rôle du roi Hérode, et Murray Head est Judas Iscariote. L’album est N°6 en Angleterre et il sera N°1 aux Etats-Unis en février 1971. Chanté par Murray Head, le titre "Superstar" est N°14 dans les hit-parades américains.

"Superstar" (CD "Jesus Christ Superstar")

Juste avant "Superstar", en 1970, Murray Head a enregistré un premier album, “NIGEL LIVED”. Selon sa maison de disques, il s'est vendu à neuf exemplaires ! Parallèlement, Murray vient de décrocher un premier grand rôle au cinéma. Avec Glenda Jackson et Peter Finch, il est une des vedettes de "Sunday, bloody Sunday", le film de John Schlesinger qui s'appelle en français "Un dimanche pas comme les autres." Ce film assez sulfureux où Murray interprète un bisexuel est un des grands classiques du réalisateur anglais à qui l'on doit également "Macadam Cowboy" et "Marathon Man".
Ces années illustrent bien ce que sera désormais la carrière de Murray Head, partagée entre la chanson, la comédie musicale et le cinéma. En 1972, Murray épouse Susan Ellis Jones qui lui donnera deux filles : Katherine et Sophie. Il achète une ferme et il se retire à la campagne d’où il gère une carrière exclusivement anglaise, participant à plusieurs films et séries télévisées.

"Ruthie" (CD "Nigel Lived")

Murray Head revient à la musique en 1975. Il a choisi de travailler avec le producteur Paul Samwell-Smith, l’ancien bassiste des Yardbirds,

"C’était une époque où tout le monde avait un besoin de s’exprimer. On était tous claustrophobiques à la maison. C’était après la guerre, on nous a trop gardés les enfants. Alors tout le monde avait un besoin et la seule manière de le faire, c’était d’aller dans des écoles d’art. Et là, il y avait des tas d’orchestres qui commençaient à sortir des écoles d’art et ils étaient pas très bien en art mais enfin quand même ils étaient bien en musique. Notre école, Hampton Grammar School, était bourrée de musiciens de rock. Paul Samwell-Smith, d’abord je le connaissais parce que je l’ai connu à l’école. Deuxièmement, c’était quand même le réalisateur de Cat Stevens. Et moi je trouvais que ma musique n’était pas très loin de Cat Stevens et j’ai même écrit une chanson comme Cat Stevens pour attirer Paul Samwell-Smith."

Enregistré avec la complicité des guitaristes Bob Weston et  Micky Finn, l'album "SAY IT AIN'T SO" contient dix chansons, dont neuf sont signées Murray Head. Elles devaient toutes faire partie d’une comédie musicale qui aurait dû s'appeler "Atlantis" et qui est restée à l'état de projet. Ce n'est que progressivement que cette première œuvre personnelle va imposer le nom de Murray Head. En 1976, il remonte sur scène en Angleterre où il fait la première partie des concerts d’Elton John. L'année suivante, Roger Daltrey, le chanteur des Who, choisit de reprendre “Say it ain’t so, Joe” sur son troisième album solo.

"A l’époque où j’étais chez Island, il y avait quelqu’un qui travaillait chez Island qui aimait beaucoup ce que je faisais, - et il est devenu mon manager, Clive Banks -, et qui était en même temps en lien avec les Who et Bill Curbishley et je pense que c’est lui qui a fait écouter ça à Roger Daltrey, et Daltrey qui a essayé de le faire. Ce que je n’ai jamais entendu, il y avait un essai qui avait été fait par Tina Turner, et j’aurais aimé savoir comment. Mais elle a décidé de ne pas le faire à la fin."

"Say it ain't so, Joe" (CD "Say it ain't so")

Toujours en 1977, "Never even thought", un second extrait de l’album "Say it ain't so", est choisi pour illustrer la campagne de publicité des montres Seïko à la télévision française. Pour Murray Head, la surprise est totale.

"J’étais pas du tout au courant, ils ne m’ont pas demandé la permission. Bon, alors on est allé voir les gens de la pub qui était Seïko, les montres Seïko, et ils nous ont dit : 'Ben nous, on a déjà payé.' On a trouvé que la maison de production était en faillite et que elle a dit en revanche : 'Tiens, quand même si vous voulez faire quelque chose, on a eu cinq cents lettres de gens qui demandent d’où vient cette musique.' Alors ça, ça a provoqué la maison de disques de sortir 'Never even thought' comme tube pour l’été et ça a été un tube."

"Never even thought" (CD "Say it ain't so")

Grâce à “Never even thought”, le grand public français découvre un chanteur qui parle sa langue couramment. Mais les amateurs de cinéma connaissaient déjà Murray Head. En 1972, il jouait dans “la Mandarine”, un film d’Edouard Molinaro avec Annie Girardot, Philippe Noiret et Madeleine Renaud. En 1977, fort de sa nouvelle notoriété, Murray est la vedette de “Madame Claude” de Just Jaeckin. D’abord pressenti pour écrire la musique du film, il est écarté au profit de Serge Gainsbourg. Rescapé de cette expérience avortée, le 45-tours “Mademoiselle” parait en 1978.
On retrouve “Mademoiselle” dans une version différente, sans accordéon et tout en anglais, sur l’album “BETWEEN US” qui parait en avril 1979. Murray Head sait choisir ses producteurs : après Paul Samwell-Smith, c’est Rupert Hine qui est aux commandes et qui joue des claviers, aux côtés de Geoffrey Richardson et Bob Weston aux guitares. 

"Mademoiselle" (CD "Between us")

En 1980, Murray Head collabore avec Yves Simon pour la bande originale du film de Diane Kurys, “COCKTAIL MOLOTOV”, dont il co-signe et chante le titre-générique. Avec aisance, Murray s’est fondu dans le paysage artistique français. On admire son éclectisme, sa facilité à passer d’un genre à l’autre, voire à les mélanger. Mais pour lui, ce qui explique son succès en France explique aussi son échec en Angleterre.

"C’est clair que en Angleterre on avait à l’époque, dans les années 60, une tendance à penser que les musiciens c’était des gens affamés qui habitaient dans les greniers. Le fait que moi, la première fois que le public m’a vu, c’était dans un film qui s’appelait 'The family way', c’était clair que là j’étais pris pour un acteur. Et j’ai remarqué pendant les années 60 et les 70 que les acteurs qui essayaient de chanter, en général il y avait une suspicion énorme dans le métier. Et si on faisait par exemple une comédie musicale, ce qui était le cas avec 'Jesus Christ Superstar', même si c’était fait sur disque d’abord, j’étais toujours considéré un acteur qui chantait. Moi je trouve que c’est quand même bête et ce qui est bien avec la France quand même, c’est qu’elle permet à l'artiste d’être les deux."

Toujours en 1980, Murray Head retrouve le producteur de “Say it ain’t so”, Paul Samwell-Smith. Avec la complicité de Jeff Beck, Dave Mattacks, Andy Newmark et Peter Veitch, il enregistre dix nouvelles compositions, dont “Last daze of an empire” qui sert de locomotive à son nouvel album, “VOICES”. Murray achève alors sa conquête des pays francophones. Il tourne au Canada et, en octobre 1980, il se produit à Bobino où il gagne définitivement ses galons de vedette.

"Last daze of an empire" (CD "Voices")

A l'automne 1981, après cinq jours à l'Olympia, Murray Head entame une tournée française de deux mois. Il est accompagné par des musiciens qui ont déjà collaboré avec lui : Trevor Morais à la batterie, Phil Palmer à la guitare, Alan Spenner à la basse, Geoff Richardson à la guitare, à la clarinette et à l’alto, et Peter Veitch à l’accordéon, au violon et aux claviers. Trois concerts sont enregistrés et servent de base à l’album public “FIND THE CROWD”. Outre le répertoire classique de Murray, cet album propose une reprise de John Lennon : “I'm losing you”.

"I'm losing you" (CD "Find the crowd")

En mai 1982, Murray Head signe la bande originale du film d’Edouard Molinaro “Pour cent briques t’as plus rien”, dont on extrait le 45-tours “No mystery”. Murray passe désormais la majeure partie de son temps en France où ses activités professionnelles sont concentrées. Il décide alors de quitter Londres pour s’installer avec sa famille sous le soleil du Midi.

"Moi, j’avais besoin de soleil. On n'a pas eu de soleil en Angleterre depuis cinq ans. C’était une façon de voir un peu si ça aidait d’être dans le pays où on avait ce succès. Et en effet, ça n’aide pas du tout. On était là pour un an et demi. On perd son objectivité et c’était mieux quand je restais en Angleterre. On était là pour un an et demi, puis on est reparti."

"No mystery" (CD "When you're in love")

DEUXIÈME PARTIE

"Cocktail Molotov" (CD "When you're in love")

Murray Head vient de s'installer avec sa famille dans le sud de la France. C'est là qu'il réalise "SHADE" avec la complicité de Steve Nye, un producteur qui a travaillé notamment avec Fleetwood Mac, Japan et Bryan Ferry. L'album, qui paraît en octobre 1982, n'a pas été enregistré dans les meilleures conditions de concentration. Murray avoue que les musiciens ont été distraits par les retransmissions des matches de la coupe du monde de football, et qu'ils ont dû affronter une chaleur écrasante. La seule façon de la supporter était de rester à l'ombre, ce qui se dit  "Shade" en anglais, d'où le titre de l'album.

"Corporation corridors" (CD "Shade")

Désireux d’élargir son public dans les pays anglo-saxons, Murray Head change de maison de disques. En mai 1984, c'est Virgin qui distribue “RESTLESS”. Mais bien plus que cet album, c’est de nouveau Tim Rice qui va aider Murray à se replacer sur le marché international. Comme il l'avait fait pour “Jesus Christ superstar”, il lui demande de participer à "Chess", la nouvelle comédie musicale qu’il est en train d’écrire avec les deux musiciens du groupe Abba, Benny Andersson et Björn Ulvaeus.
Le double album “CHESS” parait en octobre 84. C'est Murray qui interprète "One night in Bangkok", le premier 45-tours qui en est extrait. Premier rap chanté par un Blanc, “One night in Bangkok” est un tube mondial. Il est N°3 aux Etats-Unis en mars 85 et N°1 dans douze autres pays. Pour Murray Head, ce succès est paradoxal. Lui qui est auteur-compositeur triomphe avec une chanson qu’il n’a pas écrite. Lui, le chanteur aux trois octaves, s'impose avec une chanson parlée.

"C’est vrai que on était un des, sinon le premier rap blanc, si ça peut exister parce que je suis pas très sûr comme convention que ça marche. Il y a un manque de relax dans une voix de Blanc, mais enfin là c’est évident que c’était un peu étrange de réussir en parlant quand on a essayé de chanter toute sa vie."

"One night in Bangkok" (CD "Chess")

Devant le succès remporté par le disque, une version scénique de “Chess” est montée à Londres en 1986 et Murray Head y reprend tout naturellement son rôle. Après sept mois et demi de succès,  la dernière de “Chess” a lieu le 3 janvier 1987. Cette expérience laisse à Murray un souvenir  mitigé.

"Le problème avec 'Chess', c’est que ça a créé trop de trous dans ma carrière. Ça veut dire que ça a pris mon attention pendant deux ans et, pendant ce temps, je ne visitais pas suffisamment la France et j’ai perdu le marché. Mais en même temps, ce qui était bien, c’est qu’il y avait des imprésarios anglais qui sont venus voir le show. Ils ont décidé que j’étais acteur, et je suis allé faire, tout de suite après 'Chess', le film 'La Route de Nairobi'."

Parallèlement, Murray Head enregistre deux 45-tours isolés qui sont des reprises : “Some people” de Belouis Some et “Pickin' up the pieces” de Squeeze. On retrouve ces deux titres sur l'album "SOONER OR LATER", produit par Steve Hillage en novembre 1986.

"Pickin' up the pieces" (CD "Sooner or later")

Après avoir tourné “Sur la route de Nairobi”, Murray Head reste dans l'univers du cinéma. En 1988, il compose la musique du film d'Edouard Molinaro “A gauche en sortant de l’ascenseur”. Toujours en 1988, il est acteur dans "la Barbare" de Mireille Darc. L'année suivante, il tourne dans le film de Charlotte Brandstrom, “Un été d’orages”, dont il compose également la musique. Murray Head nous explique pourquoi il accorde à ces deux derniers films une importance toute particulière.

"La raison que j’ai travaillé avec Mireille Darc et Charlotte, c’était parce que c’était deux filles metteurs en scène, ce qui est déjà plus intéressant que des mecs. Il y a beaucoup moins d’égo et ils sont entourés par des mecs, alors ils ont une autre façon d’adapter. Et deuxièmement, parce que c’était des débutantes. Parce que je voulais voir tous les problèmes qu’un débutant a quand on commence à faire un film, parce que finalement, ce que je veux faire le plus dans ma vie, c’est de réaliser un film."

En octobre 1990, Murray revient à la musique avec une nouvelle compilation, “WATCHING OURSELVES GO BY”.

"Los Angeles" (CD "Voices")

Murray Head, qui n’a pratiquement rien enregistré depuis l’album “Sooner or later”,  décide de revenir plus sérieusement à la musique. Le déclic se produit en 1991 grâce à son vieux complice et ami Geoffrey Richardson.

"C’était Geoff Richardson qui m’a emmené voir le Penguin Café Orchestra et c’était tout à fait acoustique. Et c’était tellement sensible et différent. Les gens qui allaient le voir se taisaient au point qu’on aurait pu entendre un caillou tomber sur terre. C’était d’une délicatesse, en même temps d’une force émotionnelle que je n’ai pas ressenties depuis très longtemps. Et puisqu’ils jouent deux, trois fois par an, il y avait des musiciens qui étaient intéressés à faire des autres choses. Et c’est à cause de ça, avec ces musiciens-là, deux ou trois qui jouaient là-dedans, qu’on a formé un nouveau groupe et après, je ne sais pas, une vingtaine de concerts, on a dit : 'Hé oui, tu sais, c’est peut-être le moment d’écrire un disque'."

Ce disque, Murray Head l’enregistre dans un petit studio de l’East End londonien. Il s'appelle “WAVE” et paraît en 1992. C'est un album à l'ambiance estivale qui n’est pas sans rappeler la pureté acoustique de “Say it ain’t so”.

"A little bit of loving" (CD "Wave")

Malgré une grande tournée française plutôt bien accueillie au cours de l’été 92, Murray Head doit constater que les ventes de son dernier album ne décollent pas vraiment. Pourtant, il sent que le vent est en train de tourner et que, petit à petit, il est en train de regagner l’affection du public.

"Ce qui est assez fascinant avec n’importe quel pays, c’est que, si on est suffisamment sensible, on sent quand la porte est vraiment ouverte. Par exemple, on a sorti un genre de compile avec les chansons de Phonogram dans les années 80 qui a marché très bien, mais je sentais à l’époque que quand même on n’était pas très intéressé par le retour de Murray Head. Ou c’était pas l’époque, et on sentait que le climat n’était pas encore mûr ou, je sais pas, c’était pas la même chose que maintenant. Pour la première fois depuis très longtemps, les gens m’accueillent avec un amour que je ne savais pas qui était là."

C’est au Canada que la carrière de Murray Head rebondit en 1993 grâce à "Une femme, un homme". Cosigné par Luc Plamondon, c'est un titre qu'il a enregistré en duo avec la chanteuse québécoise Marie Carmen.

"On a fait un disque ensemble. C’est la première fois que j’ai fait un duo et c’était assez intéressant comme expérience parce que là, pour la première fois, il fallait partager le podium avec quelqu’un d’autre. Alors il y avait des tas de petits moments d’ego de la part d’elle et de moi. Quand elle boudait, moi je disais : 'Oh, vous savez, il faut passer' et quand moi je boudais, elle faisait la même chose. Alors c’est une leçon formidable, on a appris beaucoup de choses, je l’adore comme fille et maintenant elle attaque, elle commence à travailler en France pas mal."

Fort de ce succès, Murray Head publie au Québec une nouvelle version d'un titre créé en 1981, “Comme des enfants qui jouent”. C’est un véritable raz-de-marée. Il est N°1 pendant six semaines en décembre 94 et janvier 95. On retrouve ces deux succès québécois sur la compilation "INNOCENCE" en 1993.

"Comme des enfants qui jouent" (CD "Innocence")

C’est un Murray Head en plein renouveau que le vieux continent accueille en 1995 avec l'album “WHEN YOU’RE IN LOVE”. La plupart des titres sont déjà connus, mais ce n'est pas vraiment une compilation. L’album est articulé autour de l’amour et du romantisme, deux thèmes que Murray a su si bien incarner tout au long de sa carrière et qui restent son image de marque. Dans cette optique, il a préféré réenregistrer ses premiers succès dans un style acoustique qui leur convient bien et que le public semble à nouveau apprécier et réclamer.

"J’étais soulagé par le fait que finalement, après dix ans, douze ans de synthés, de techno, que les gens, les jeunes en plus, commençaient à demander quelque chose d’autre, de fraîcheur. Je pense que si on essaye d’analyser quand ça a commencé à changer, c’est peut-être à cause du 'Unplugged' d’Eric Clapton. Il y avait une fraîcheur là-dedans que les enfants n’ont pas entendue depuis leur naissance presque. Et c’était sûr que ça approchait beaucoup plus de ma façon d’écrire et ma façon de chanter. Je sentais de plus en plus pendant que je mettais tout ça ensemble que ça risquait de pouvoir être une nouvelle carte de visite pour une génération qui, j’en suis sûr, n’est pas du tout au courant de qui je suis et ce que je représente et ce que j’ai fait."

A côté de ces versions réenregistrées, Murray Head a placé quelques originaux, son N°1 canadien “Comme des enfants qui jouent”, une reprise de Bernard Lavilliers et des chansons qu’il a écrites pour le cinéma.

"When you're in love" (CD "When you're in love")

Au Canada, Murray Head tient le rôle principal dans le film "Le Grand Serpent du monde". Côté musique, la suite de “When you’re in love” est déjà en chantier. "PIPE DREAMS" paraît en 1995. C'est un mélange de blues et de chansons d'inspiration celtique. Murray retrouve le cinéma avec le rôle d'un lord anglais dans le film d'Edouard Molinaro, "Beaumarchais l'insolent." Il s'attaque ensuite à l'écriture du film de Diane Kurys, "Les Enfants du siècle", qui raconte l'histoire d'amour entre George Sand et Alfred de Musset. 
Puis il revient à la musique en 2000, avec un nouvel album intitulé "INNOCENCE". C'est un assemblage de titres qui proviennent de l'album "Wave" et d'un album qui s'appelait déjà "Innocence" et qui était paru en 1993.
A la télévision anglaise, Murray Head enchaîne de nombreux rôles. Il est notamment le héros de la série "Heartbeat", où il incarne un peintre professeur d'art. C'est en duo avec sa partenaire dans cette série, Tricia Penrose, qu'il reprend "Will you still love me tomorrow", le classique de Carole King. On retrouve ce titre dans la compilation "EMOTIONS, MY FAVOURITE SONGS", qui paraît en mars 2005.

"Will you still love me tomorrow" (CD "Emotions, my favourite songs")

A partir de l'été 2006, Murray Head est en studio entre Paris et Londres, pour l'enregistrement d'un nouvel album. Pour la première fois de sa carrière, il a travaillé avec des musiciens français et il juge l'expérience positive.

"Je reste fidèle à mes racines. J'essaie pas trop d'imiter ce qui m'a influencé quand j'étais plus jeune. Ce que j'ai voulu savoir, c'est ce mélange culturel, c'est la première fois que je joue avec des Français. Vraiment, comme ça, on a fait un disque avec des musiciens français. Ils ont évolué à un point que eux, ils ont écouté pas mal la musique américaine, et quelque part, il y a un hybride qui s'est développé. Peut-être que moi je suis un hybride de toutes ces influences, mais je trouve que j'ai vraiment vécu une expérience tout à fait fraîche avec ces gens. Et pourtant, c'est pas quelque chose qu'on cherchait à faire. Ça a évolué sur place et dans le studio."

Le nouvel album de Murray Head, "TÊTE À TÊTE", paraît le 5 mars 2007, le jour de son soixante et unième anniversaire. Le titre "Make it easy" a été enregistré avec Sophie, la plus jeune de ses deux filles. Sophie n'est pas chanteuse professionnelle. Elle exerce le métier très sérieux de chasseur de têtes, mais la chanson occupe l'essentiel de ses loisirs. Alors, comment s'est-elle retrouvée à chanter avec son père ? Voici la réponse de Murray.

"Elle a pris des chansons pour elle-même, quand elle faisait des concerts à Londres. Moi, je suis allé la voir et je l'ai entendu chanter une de mes chansons. J'étais un peu surpris. Elle a remplacé ma choriste quand je faisais des concerts et là, elle a rechanté avec des autres chansons qu'elle a écrites. J'ai suggéré qu'on allait faire un duo ensemble, que ça serait intéressant. On a commencé à travailler là-dessus. On l'a fait en anglais d'abord, et finalement on l'a fait en français."

En anglais, "tête" se dit "head". Ce qui permet à Murray de jongler avec les mots lorsqu'on lui demande pourquoi il a choisi de baptiser son album "Tête à tête".

"'Tête à tête', c'est une expression qu'on utilise en Angleterre. Ça veut dire, ben dans ce cas-là, c'est tête à tête, c'est moi, moi-même, Murray Head, Murray Tête. Ou c'est Murray Tête qui parle avec sa fille Sophie Tête. C'est tête à tête ou c'est des trucs intimes que je me raconte à moi-même ou que je raconte à des gens en intimité."

"Make it easy" (CD "Tête à tête")

En juin 2008, Murray Head propose un nouvel album studio, "RIEN N'EST ÉCRIT". L'année suivante, il publie "LIVE 2009". C'est un double CD qui a été enregistré en tournée en France et qui est livré tel quel, sans aucune retouche, par souci d'honnêteté.
Sur son dernier album, "MY BACK PAGES", Murray Head reprend treize titres qui l'ont accompagné à différents moments de sa vie. Il rend ainsi hommage à des artistes aussi différents que Len Barry, Bob Dylan, le Spencer Davis Group, Everything but the Girl, Bryan Ferry, Carole King, Kansas, Midnight Oil et les Who dont il reprend "We won't get fooled again" avec des arrangements de cordes surprenants qui ont été écrits et interprétés par le compositeur libanais Michel Fadel.
Murray Head donnera trois concerts en France début 2013 : il sera le 19 janvier à Saint-Chamond, le 5 février à Saint-Barthélemy d'Anjou et le 6 à Boisseuil, en Haute-Vienne.

"We won't get fooled again" (CD "My back pages")

DISCOGRAPHIE :

-    "NIGEL LIVED" (album – 1972)
-    "SAY IT AIN'T SO" (album – 1975)
-    "BETWEEN US" (album – 1979)
-    "FIND THE CROWD" (live album – 1981)
-    "VOICES" (album – 1981)
-    "SHADE" (album – 1983)
-    "RESTLESS" (album – 1984)
-    "SOONER OR LATER" (album – 1987)
-    "WATCHING OURSELVES GO BY" (compilation – 1990)
-    "WAVE" (album – 1992)
-    "INNOCENCE" (compilation – 1993)
-    "PIPE DREAMS" (album – 1995)
-    "WHEN YOU'RE IN LOVE" (compilation – 1995)
-    "BETWEEN US GOLD" (compilation – 1996)
-    "INNOCENCE" (compilation – 2000)
-    "PASSION" (album – 2002)
-    "EMOTIONS, MY FAVOURITE SONGS" (compilation – 2005)
-    "EMOTIONS" (compilation – 2006)
-    "TÊTE À TÊTE" (album – 2007)
-    "RIEN N'EST ECRIT" (album – 2007)
-    "LIVE 2009" (live album – 2009)
-    "MY BACK PAGES" (album – 2012)

PARTICIPATIONS :

-    "JESUS CHRIST SUPERSTAR" (album – 1970)
-    STOMU YAMASHTA “RAINDOG” (album – 1974)
-    “TIME” (album – 1976)
-    "COCKTAIL MOLOTOV" (BO – 1980)
-    "POUR CENT BRIQUES T'AS PLUS RIEN" (BO – 1982)
-    "CHESS" (album – 1984)
-    "A GAUCHE EN SORTANT DE L'ASCENSEUR" (BO – 1988)
-    "UN ETE D'ORAGES" (BO – 1989)
-    “LES ENFANTS DU FUTUR” (album – 1996)
-    “CINDY” (album – 2002)






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La Saga de Murray Head
Auteur-compositeur, chanteur et comédien, Murray Head est sans doute le plus français des artistes britanniques. En effet, c'est surtout chez nous et dans les pays francophones qu'il a le plus souvent obtenu la reconnaissance de ses multiples talents. Au milieu de ses différentes activités, Murray Head a toujours gardé une place pour la musique. A l'occasion de la sortie de son album de reprises "My back pages", Murray Head est au micro de Saga pour évoquer les étapes marquantes de sa carrière riche et très variée.
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2012-12-21 08:01:00
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