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La Saga de John Lennon


John Lennon est né un 9 octobre, il est mort un 8 décembre. Chaque automne, c'est un double anniversaire que l'on célèbre. Cette année 2010 marque le 70ème anniversaire de la naissance de John et le 30ème anniversaire de sa disparition. Pour commémorer ces deux dates, une opération baptisée "Gimme some truth" propose la réédition des 8 albums studio du chanteur dans des versions remastérisées et la sortie de plusieurs compilations, dont un coffret collector intitulé "John Lennon Signature Box". Dans cette Saga qui durera exceptionnellement trois heures, nous retrouverons John Lennon avec sa musique, bien sûr, mais aussi ses propres réflexions sur sa carrière.

john lennon
john lennon


LA SAGA DE JOHN LENNON DANS SON INTÉGRALITÉ.


Né le 9 octobre 1940, John est mort le 8 décembre 1980, abattu par un déséquilibré devant la porte de son domicile new-yorkais. Ce meurtre stupide allait bouleverser toute une génération qui avait fait de lui son porte-parole musical, politique et même révolutionnaire.
A l'occasion de ce double anniversaire, la vie et l'œuvre de John sont abondamment célébrées. Dans le cadre d'une campagne intitulée "Gimme some truth" et supervisée par Yoko Ono, la veuve de John, les huit albums studios du chanteur sont réédités dans des versions remastérisées. Cette campagne propose également trois compilations : une version actualisée du CD / DVD "POWER TO THE PEOPLE : THE HITS" ; un coffret thématique de quatre CDs intitulé "GIMME SOME TRUTH" ; et un coffret collector, "JOHN LENNON SIGNATURE BOX", qui comprend onze CDs. On y retrouve les huit albums studios de John remastérisés, auxquels s'ajoutent des raretés, des singles isolés et treize titres inédits. Ce coffret propose également des témoignages de Yoko Ono et des deux fils de John : Julian et Sean Lennon.

John Winston Lennon est né dans une famille modeste, le 9 octobre 1940, au plus fort d’un violent raid aérien sur Liverpool. Il a à peine trois ans lorsque ses parents, Fred et Julia, se séparent. John est élevé par sa tante Mimi et son oncle George Smith au 251, Menlove Avenue, dans le quartier de Woolton. Il ne reverra que très rarement son père. Quant à sa mère, elle disparaîtra tragiquement le 15 juillet 1957. Elle trouvera la mort en traversant Menlove Avenue, heurtée par une voiture conduite par un policier qui n'était pas en service et qui était conducteur débutant.
Pour sa première moitié, l'aventure musicale de John Lennon se confond avec celle des Beatles. Une aventure dont il évoque brièvement le début.

"On jouait à Liverpool, à Hambourg, dans des salles de bal. Et ce qu'on produisait, c'était fantastique. On jouait du rock pur et on n'était pas nombreux dans ce cas en Angleterre."

Tout aussi brièvement, voici comment John résumait l'histoire des Beatles, au cours d'une interview accordée au magazine "Rolling Stone", le 8 décembre 1970.

"On était quatre. J'ai rencontré Paul. Je lui ai demandé de rejoindre mon groupe. Et puis Georges est arrivé et enfin Ringo. Nous étions simplement un groupe qui est devenu énorme. C'est tout."

John Lennon est considéré comme l’élément dur des Beatles, le seul véritable rocker de la bande, souvent ironique, voire cynique. Mais pour Paul McCartney, cette description est un peu réductrice, et il souhaite y apporter quelques précisions.

"C'est drôle de voir comment ton image te colle à la peau. John était un garçon charmant. Ce n'était pas vraiment un dur. Plus tu le connaissais, plus tu le découvrais aimable, sentimental et nostalgique. Mais en public, il faisait très attention à son image, car il ne voulait surtout pas paraître gentil. Je crois pour ma part qu'il est plus difficile d'être fidèle à une image 'gentille' comme la mienne. Ça serait tellement plus facile pour moi de râler ou de m'énerver comme ça. C'est très facile. Voilà, c'est mon image. Mais en réalité, je ne suis pas comme ça, pas plus que John. On le présentait comme un héros de la classe ouvrière. Mais à l'époque, il était celui des Beatles qui était le plus proche des classes moyennes. Il venait d'une bonne maison où il y avait un petit peu d'argent. La chose la plus dingue, c'est quand je suis allé chez lui pour la première fois : ils avaient les œuvres complètes de Winston Churchill ! Je n'avais jamais vu ça. Et en plus, John les avait lues ! C'était un type fascinant, assez différent de son image. Un homme charmant."

John Lennon scandalise lorsqu’il déclare “Nous sommes plus populaires que le Christ”, ou quand il prononce cette phrase devant la Reine Mère et la Princesse Margaret :

"For the people in the cheaper seats, clap your hands. And the rest of you, you just rock your jewellery."

C'est-à-dire : "Ceux qui occupent les places les moins chères peuvent taper dans leurs mains. Les autres, contentez-vous de secouer vos bijoux." John a prononcé cette phrase devenue légendaire le 4 novembre 1963, alors que les Beatles participaient à la Royal Variety Performance avec Vera Lynn, Marlene Dietrich et Maurice Chevalier, en présence de la famille royale.

Alors que la carrière des Beatles bat son plein, John Lennon a déjà des activités parallèles en dehors du groupe. Il édite deux recueils de poèmes et de dessins : “IN HIS OWN WRITE”, publié en 1965 en France sous le titre “En flagrant délire” ; puis “A SPANIARD IN THE WORKS”, paru la même année en Angleterre. En 1966, il joue le rôle de Private Gripweed dans le film de Richard Lester “How I won the war” (“Comment j’ai gagné la guerre”). Il s’agit là de sa première véritable escapade en dehors des Beatles.

"J’ai accepté de faire ce film avec Dick Lester et j’ai donc traîné six semaines en Espagne parce que je n’avais rien d’autre à faire. Et c’est là que je me suis mis à considérer la vie sans les Beatles. A quoi ça ressemblerait ? J’ai passé six semaines avec cette idée en tête."

Le 9 novembre 1966, John Lennon rencontre une artiste japonaise, Yoko Ono, au vernissage d'une exposition qu'elle a organisée à l’Indica Gallery de Londres.
Son mariage avec Cynthia - dont il a eu un fils, Julian - n'y résistera pas. En juillet 1968, John organise à son tour une exposition dont le titre ne cache rien de ses sentiments : “You are here - To Yoko, from John, with love”. John et Yoko s'installent alors chez Ringo Starr, au 34, Montagu Square.

Parallèlement au “double blanc” des Beatles, John Lennon et Yoko Ono publient “UNFINISHED MUSIC N°1 - TWO VIRGINS”,  en octobre 1968. C'est un disque largement expérimental que l’on connaît plus pour sa pochette originale que pour son contenu. On y voit en effet John et Yoko complètement nus et de face. John veut choquer, mais il reste néanmoins pudique. En effet, gêné de faire appel à un photographe professionnel, il a préféré prendre la photo lui-même, en utilisant un retardateur. EMI refuse de publier l'album, qui est distribué par Track Records, emballé dans un papier brun opaque. Au même moment, le divorce entre John et Cynthia est officialisé.

Le 10 décembre 1968, John Lennon fait sa première apparition télévisée en solo à l'occasion du "Rock and Roll Circus" des Rolling Stones. Il y chante "Yer Blues" accompagné par un groupe qu'il a assemblé pour la circonstance et qu'il a baptisé The Dirty Mac. Les musiciens qui le composent ne sont pas des inconnus, loin de là. On y remarque Mitch Mitchell (le batteur de l'Experience de Jimi Hendrix), Eric Clapton à la guitare et Keith Richards à la basse.

John Lennon vit désormais avec Yoko Ono. Il entame une nouvelle existence qui l'éloigne peu à peu des Beatles, les menant irrémédiablement vers la séparation. Le 30 janvier 1969, les Beatles donnent leur dernier concert sur le toit de l’immeuble Apple pendant le tournage de “LET IT BE”.
Le 20 mars, John et Yoko se marient au consulat britannique à Gibraltar. Pour fêter leur lune de miel, ils font un premier “bed-in” de sept jours à Amsterdam, bientôt suivi d’un second, à Montréal. C’est là, dans la chambre 1742 de l'Hôtel Reine Elizabeth, le 31 mai 1969, qu’ils enregistrent “Give peace a chance” avec le pape du LSD, Timothy Leary. Ce "bed-in" est aussi une manifestation pour la paix. C'est en pyjama, dans leur lit, que John et Yoko ont décidé d'accueillir les représentants des médias.

"Lorsque Yoko et moi nous avons choisi de vivre ensemble, nous savions que le moindre de nos gestes serait rapporté dans les journaux. Nous avions décidé d’utiliser l’espace qu’on nous aurait de toute façon consacré en faisant de notre mariage une publicité pour la paix et un événement théâtral. Et le moyen d’obtenir le meilleur résultat avec le minimum d’effort, c’était de travailler au lit. On a donc fait l’équivalent d’une conférence de presse de sept jours depuis notre lit. D’habitude, on accorde cinq à dix minutes à chaque journaliste. Mais là, ils ont pu poser toutes les questions qu’ils voulaient, sans limitation de temps et durant sept jours."

En mai 1969, John et Yoko publient également “UNFINISHED MUSIC N°2 - LIFE WITH THE LIONS”. John a modifié officiellement son nom. Il ne s'appelle plus John Winston Lennon, mais John Ono Lennon. D’un point de vue musical, il faut bien constater que John n’a rien tenté de sérieux en dehors des Beatles, du moins jusqu'à leur séparation.
Lorsque la fin est consommée, sinon officialisée, Lennon forme un groupe de rock, le Plastic Ono Band, avec Yoko bien sûr, mais aussi Eric Clapton, Klaus Voormann et Alan White. Le 12 septembre 69, le Plastic Ono Band joue au Festival de Toronto, un concert que l’on retrouvera en partie sur l’album “LIVE PEACE IN TORONTO”. Yoko apparaît sur scène, habillée d’un sac de toile.

Le dernier album enregistré par les Beatles, “ABBEY ROAD”, sort le 26 septembre 1969. Le 15 décembre, John fait sa dernière apparition publique en Angleterre, au Lyceum de Londres, au cours d’un concert de charité donné pour l’Unicef. Entre temps, pour commémorer leur mariage, John et Yoko ont publié “THE WEDDING ALBUM”. Parallèlement, John a renvoyé à Buckingham sa médaille de Membre de l’Empire Britannique pour protester contre l’intervention anglaise au Biafra, contre le soutien du gouvernement anglais aux Etats-Unis dans la guerre du Vietnam, et, plus étonnant, contre le mauvais classement de son 45-tours “Cold turkey” dans les hit-parades.

"Depuis toujours, mes textes reflètent ce que j'éprouve ou ce que je ressens au moment où je les écris. C'était déjà le cas, même inconsciemment, au début des Beatles. Dans 'Cold turkey', je racontais mon expérience d'héroïnomane en période de sevrage et la chanson a été interdite parce qu'elle faisait référence à la drogue. Moi, j'y voyais l'équivalent rock 'n' roll du film 'l'Homme au bras d'or'. Est-ce qu'on a interdit le film parce qu'on y voit Frank Sinatra dans cette même situation ? Interdire ma chanson, c'est comme interdire le film parce qu'il montre la réalité."

Le 10 avril 1970, prenant de vitesse John Lennon qui a promis de ne rien révéler de son départ éventuel des Beatles, Paul McCartney annonce qu'il quitte le groupe en raison de “différents personnels, commerciaux et musicaux”. C’est la fin des Beatles. De son côté, John vient de publier le 45-tours "Instant Karma (we all shine on)", un titre enregistré et mixé en une seule journée. Il a été produit par Phil Spector, avec George Harrison à la guitare et Allen Klein, le manager des Beatles, dans les chœurs.

En mai 1970, les Beatles publient leur ultime album, “LET IT BE”. Tourné un an auparavant, le film qui l'accompagne montre le climat désastreux qui régnait alors au sein de la formation. Et comme l'explique John Lennon, ce climat avait continué de se dégrader par la suite.

"J’ai mieux compris avec le recul. Nous étions quatre copains très proches et les femmes qui nous entouraient, petites amies ou épouses, étaient plutôt du genre femmes d’intérieur qui restent dans leur cuisine, s’occupent des enfants et ne viennent jamais en studio. On ne les voyait que lors des premières, tout juste sorties de chez le coiffeur. Et voilà que Yoko et moi, on ne se quittait pas, on était là dans un coin du studio à marmonner, marmonner. On faisait “Two virgins”. Et Paul, George et Ringo se demandaient : 'Mais qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui lui arrive ?' Moi, je les avais chassés de mes pensées. Sans préméditation. J’étais simplement occupé à d’autres projets avec Yoko. Mais quand nous levions la tête, nous pouvions lire la désapprobation dans leurs yeux."

Les Beatles ont publié "Let it be", leur ultime album, en mai 1970. C'est la fin d'une histoire. Une autre peut commencer. “JOHN LENNON / PLASTIC ONO BAND” paraît en décembre 1970. On peut le considérer comme le véritable premier album solo de John. Il a été enregistré avec Ringo Starr à la batterie et Klaus Voormann à la basse. John est alors en pleine période de psychanalyse et ce disque est une sorte de confession, de mise à nu devant le micro.

Le 31 août 1971, John Lennon et Yoko Ono s’installent à New York, d'abord au Saint Regis Hotel, sur la 5ème Avenue, puis dans un rez-de-chaussée de Greenwich Village. C'est après un cambriolage qu'ils déménageront au Dakota Building, plus sécurisé. John et Yoko ont certes choisi New York pour des raisons fiscales, mais ce n'est pas leur motivation principale, comme John l'explique lors d'une conférence de presse.

"La majorité des grands talents de la planète est ici. Nous voulons être là où les choses se passent car ça nous motive artistiquement. Pourquoi irions-nous habiter à... Non, je ne peux pas dire ça …, au Danemark. Mais ça pourrait être ailleurs. C’est à New York que ça se passe. Quoi qu’il arrive, c’est ici. C’est ainsi."

En septembre 1971, John propose un album nettement plus optimiste que le précédent. C'est le classique “IMAGINE”, dont le titre générique apparaît comme sa composition la plus convaincante depuis la séparation des Beatles.

Le 30 août 1972, accompagné par le groupe Elephant's Memory, John Lennon donne son dernier concert à New York, au Madison Square Garden. Ce concert, où John se montre particulièrement en forme, restera longtemps dans les tiroirs, avant d'être publié finalement en 1986, à la fois en audio et en vidéo, sous le titre de "LIVE IN NEW YORK CITY".

En septembre 1972, John Lennon et Yoko Ono publient le double album "SOME TIME IN NEW YORK CITY". C'est une sorte de manifeste politique fourre-tout, également enregistré avec la complicité du groupe Elephant’s Memory. Même s’il contient de belles choses, ce disque est mal accueilli par le public et boudé par la critique qui lui reproche de n’être qu’une accumulation de clichés et de slogans politiques, et qui surtout n’apprécie guère les performances vocales de Yoko.

En décembre 1972, John Lennon et Yoko Ono financent une campagne d'affichage dans douze grandes métropoles de la planète. On peut y lire : "War is over. If you want it". C'est-à-dire : "La guerre est finie. Si vous le voulez." "War is over", c'est également le sous-titre de leur nouveau single "Happy Xmas".

C'est à cette époque que John et Yoko s'installent dans un appartement du Dakota Building, au coin de Central Park West et de la 72ème Rue. En novembre 73, John publie l'album “MIND GAMES”, mais le résultat apparaît superficiel et peu convaincant. Il faut dire que le chanteur traverse une période particulièrement trouble de sa vie. Au final, il se sépare de Yoko et on le voit souvent en compagnie de son ancienne assistante, May Pang. Cet épisode qui durera au total dix-huit mois, il l'appellera plus tard "The lost weekend", le week-end perdu. En 1989, May Pang épousera Tony Visconti, le producteur de David Bowie.

En septembre 1974, John Lennon propose un nouvel album, "WALLS AND BRIDGES”. On y trouve “Whatever gets you thru the night”, un titre enregistré avec la participation d’Elton John à l’orgue, au piano et dans les chœurs.

"Whatever gets you thru the night" est le premier N°1 de John Lennon aux Etats-Unis, et ce classement aura des conséquences aussi bien sur sa vie professionnelle que sur sa vie privée.

"Elton était en studio avec moi et il faisait les harmonies vocales. Dans la conversation, il me parle de son projet de concert au Madison Square Garden et en plaisantant, il me demande si je suis d’accord pour le faire avec lui si mon disque est N°1. Je n’avais pas le moindre espoir de l’être, je n’avais aucune chance, car ma cote était vraiment au plus bas à l’époque. Alors je lui ai répondu : 'Bien sûr, pas de problème.' Et puis j’ai fait le mort. C’est lui qui est revenu à l’attaque l’année suivante. Il m’a dit : 'Il est temps que tu payes ton dû'."

John retrouve donc Elton John au Madison Square Garden le 28 novembre 1974, pour ce qui sera son ultime prestation en public. Trois titres sont enregistrés au cours de la soirée : “Whatever gets you thru the night”, “Lucy in the sky with diamonds” et “I saw her standing there”. John ne sait pas que Yoko est dans les coulisses et qu'elle assiste au concert. Il la rencontre après le spectacle et c’est la réconciliation.

John Lennon ne garde pas toutes ses compositions pour lui. Il en fait aussi profiter les autres. Par exemple, il écrit “Goodbye Vienna” pour Ringo Starr, “Rock and roll people” pour Johnny Winter et surtout “Fame” pour David Bowie, un titre qui est N°1 aux Etats-Unis en août 1975. Deux mois plus tard, John publie "SHAVED FISH", une compilation qui réunit tous ses singles.  C'est la preuve que, de ce point de vue et à cette époque, il est le plus productif des quatre ex-Beatles.

1975 voit aussi l’aboutissement d’un projet auquel John Lennon travaille depuis deux années en compagnie du producteur Phil Spector. Il s’agit de “ROCK 'N' ROLL”, un des albums les plus réussis dans le genre "rock revival", animé par un souvenir fidèle et un enthousiasme sincère. John y reprend treize classiques parmi ses préférés, notamment "Stand by me", le titre emblématique de Ben E. King.

Le 9 octobre 1975, le jour même de son trente-cinquième anniversaire, John Lennon célèbre la naissance de son deuxième fils, Sean Taro Ono Lennon. A cette occasion, il déclare, fou de joie : “Je me sens planer plus haut que l’Empire State Building”. John a réglé ses problèmes avec l’immigration américaine qui, après plusieurs années de tracasseries, vient de lui accorder le statut de résident permanent, c'est-à-dire la fameuse "carte verte". Il décide de tout arrêter pour se consacrer à plein temps au petit Sean. Alors que Yoko s'occupe de gérer leurs affaires, il devient en quelque sorte un “père au foyer” et sa retraite va durer cinq ans.

"La première année, je sentais vaguement dans ma tête que j’aurais dû faire de la musique. J’avais des moments de panique parce que je n’étais plus dans le Billboard, ni même au Studio 54 avec Mick et Bianca. Je veux dire, je n’existais plus. C’était une vrai parano. Et puis, au bout de huit ou neuf mois, ça a disparu parce ce que je m’occupais du bébé, parce que j’avais d’autres choses à faire. Et j’ai compris que la vie était possible sans la musique. Il y avait une vie après la mort."

En juin 1980, John Lennon prend la mer sur un petit bateau et fait près de cinq mille kilomètres en sept jours.  Aux Bermudes, avec Sean, il se remet à composer. Le 24 octobre, il publie “(Just like) starting over”, que l'on peut traduire par “Comme un nouveau départ”, une chanson qui symbolise son retour.
Il voulait d'abord l'appeler tout simplement "Starting over", mais au dernier moment, il a dû en modifier légèrement le titre.

"Pendant l’enregistrement est parue une chanson country qui portait le même titre. J’ai donc rajouté “Just like” à la dernière minute. Ce n’est peut-être pas la meilleure de l’album, mais lorsque tu prends un nouveau départ, rien de tel qu’une chanson qui s’appelle comme ça."

“(Just like) starting over” vient de relancer la carrière de John Lennon, qui s'était volontairement éloigné de la musique pendant cinq ans pour s'occuper de l'éducation de son fils Sean. Le 17 novembre 1980, John publie l’album “DOUBLE FANTASY”, ainsi nommé d’après le nom d’une fleur qu'il avait pu admirer dans un jardin botanique aux Bermudes. Il retrouve donc les feux de l’actualité mais, quelques jours plus tard, ce qui devait être un nouveau départ est anéanti par une tragédie.
Dans la soirée du 8 décembre 1980, alors qu’il revient d’une séance de mixage du titre “Walking on thin ice”, John Lennon est abattu dans l’entrée du Dakota Building, l’immeuble où il réside en bordure de Central Park. Son meurtrier s’appelle Mark David Chapman. Un peu plus tôt dans la journée, John lui avait dédicacé l'exemplaire de "Double Fantasy" qu'il venait d'acheter.

Rétrospectivement, il semble que John et Yoko aient eu comme une prémonition du drame qui se préparait. En tout cas, c’est le sentiment de Yoko Ono.

"John et moi pensions que 'Double fantasy' était vraiment pour nous le début d’une nouvelle vie. Nous étions survoltés, totalement surexcités. Et c’est très étrange. Nous ne savions pas, bien sûr, ce qui allait arriver mais, après coup, quand tu écoutes ma musique, quand tu écoutes mes chansons, lorsque tu vois combien John prenait soin de moi et de Sean, plein de petites choses, on a l’impression que nous savions. Ce n’est pas le cas, mais c’est très étrange."

Mark Chapman sera condamné à la détention à vie, assortie d'une peine de sûreté de vingt ans. Le 7 septembre dernier, pour la sixième fois consécutive, la justice américaine a rejeté sa demande de libération anticipée. Il continue de purger sa peine à la prison d'Attica, près de Buffalo, dans l'état de New York.
Lorsque la mort de John Lennon est annoncée publiquement, on assiste à d’importants rassemblements devant le Dakota Building. C'est toute une génération qui veut rendre hommage à son poète disparu. La stupéfaction, l'incrédulité et la colère laissent peu à peu la place à une immense tristesse et à un sentiment de perte irréparable. Un sentiment que le temps n'a pas effacé.

Depuis la disparition de John Lennon, des disques, des films, des livres et des hommages divers se sont succédé, perpétuant son souvenir avec plus ou moins de bonheur et d’à-propos. S’il faut conseiller un film, ce sera  “IMAGINE : JOHN LENNON”, réalisé en 1988 par Andrew Solt et disponible depuis en DVD.
S’il faut choisir un livre, ce sera “LA BALLADE DE JOHN & YOKO”, écrit par la rédaction du magazine Rolling Stone et paru aux éditions Denoël. Enfin, si l’on veut découvrir ou redécouvrir la musique de John, le choix est plus large, car il existe de nombreuses compilations qui lui sont consacrées. Deux exemples parmi beaucoup d'autres : "THE JOHN LENNON COLLECTION", parue en novembre 1982, et "WORKING CLASS HERO – THE DEFINITIVE LENNON", en octobre 2005. Il faut également citer deux coffrets de quatre CDs intitulés respectivement "LENNON" en octobre 90 et "THE JOHN LENNON ANTHOLOGY" en novembre 98.

Paru en octobre 1990,  le coffret "LENNON" clôt le contrat moral que Yoko Ono avait passé avec les fans de John dix ans plus tôt, un contrat dont elle nous explique les termes et les motivations.

"L’une des raisons pour lesquelles je me suis engagée, c’est qu’après la mort de John, j’ai réalisé que Sean et moi n’étions pas les seuls à pleurer. Il y avait beaucoup de gens de par le monde qui aimaient John et qui partageaient le même sentiment de perte. Je me suis sentie proche d’eux et j’ai pensé qu’il serait important de donner quelque chose à ces fans plutôt que de tout garder pour moi seule. J’ai alors promis publiquement que chaque année, pendant dix ans, je livrerais quelque chose de John, un disque, une vidéo, un livre de ses écrits ou autre. Et je l’ai fait. Et après ces dix ans, je pense avoir tenu ma promesse, ce qui était de ma responsabilité. Je vais probablement continuer et m’assurer qu’on ne fait pas mauvais usage de la musique et du nom de John. Et je serai à la pointe du combat. Mais, d’un autre côté, je me sens un peu moins enthousiaste qu’avant."

Depuis, Yoko Ono a retrouvé son enthousiasme, puisque c'est elle qui vient de superviser le récent travail de réédition de l'œuvre de John

Fin 1994, le double CD “THE BEATLES LIVE AT THE BBC” ouvre un nouveau chapitre de l’histoire des Fab Four et de John Lennon. Malgré un intérêt plutôt documentaire qui semble le réserver aux admirateurs purs et durs, c’est un succès populaire phénoménal, bientôt relayé par celui des trois "ANTHOLOGIES BEATLES" qui paraissent en 1995 et 96.
Puis c'est John Lennon qui connaît à son tour les honneurs d'une anthologie, un coffret luxueux qui paraît en novembre 98 et qui vient éclairer les coulisses de  son œuvre en solo. Les quatre-vingt-quatorze chansons qui composent "THE JOHN LENNON ANTHOLOGY" sont réparties chronologiquement sur quatre CDs. Leurs titres respectifs -  "Ascot", "New York City", "The lost weekend" et "Dakota" - rappellent les différentes étapes de la vie et de la carrière de John, depuis la séparation des Beatles jusqu'à la tragique soirée du 8 décembre 1980.

"The John Lennon Anthology" est une compilation souvent magique, toujours passionnante. On y trouve des prises alternatives, des maquettes, des chutes de studio, des titres enregistrés en public, ainsi que des ébauches de chansons destinées à d'autres interprètes. Le plus intéressant, ce sont les enregistrements provenant des sessions de ses albums. On sait que John aimait  noyer sa voix sous beaucoup d'écho, sous d'épaisses couches de violons ou des chœurs grandioses. Ici, plusieurs classiques sont restitués dans leur forme brute, presque toujours supérieure aux versions que l'on connaît. "The John Lennon Anthology" existe aussi dans une version condensée qui tient sur un CD baptisé "WONSAPONATIME".

Concernant les versions alternatives proposées sur "The John Lennon Anthology", voici une petite anecdote. En 1980, le producteur Jack Douglas avait invité les deux guitaristes du groupe Cheap Trick, Rick Nielsen et Bun E. Carlos, à participer à l'enregistrement de "I'm losing you", un titre destiné à l'album "Double Fantasy". A l'issue de la session, John s'était montré enthousiaste, les félicitant chaleureusement pour leur performance qui lui rappelait les meilleurs moments du Plastic Ono Band. Quelques semaines plus tard, les deux guitaristes avaient été surpris de constater que leurs parties instrumentales avaient été effacées et remplacées par le travail de musiciens de studio nettement moins inspirés. La version originale de "I'm losing you" avec Cheap Trick est désormais disponible. C'est une des nombreuses pépites que l'on peut découvrir dans le coffret "The John Lennon Anthology".

Le 9 octobre 2000, à l'occasion du soixantième anniversaire de la naissance de John Lennon, un musée qui lui est dédié et qui porte son nom ouvre au Japon, dans la ville de Saitama. En même temps, à La Havane, on assiste à l'inauguration d'une statue qui représente le chanteur, assis sur un banc, dans le parc qui porte son nom, situé dans le quartier du Vedado. Deux ans plus tard, l'aéroport de Liverpool prendra officiellement le nom de "John Lennon Airport" et adoptera comme devise le quatrième vers de la chanson "Imagine" : "Above us only sky" : "Au-dessus de nous, il n'y a que le ciel."

En avril 2004, à San Francisco, une comédie musicale est à l'affiche. Intitulée "LENNON", elle est articulée autour de la vie et de la musique du chanteur. Une nouvelle compilation paraît en novembre 2004. Elle s'appelle "ACOUSTIC". On y trouve au total seize titres, dont sept sont des inédits. Pour cette série d'enregistrements acoustiques, dont trois ont été réalisés en public, John Lennon est seul avec sa guitare.

Le jeudi 28 juillet 2005 à Londres, une vente aux enchères dispersait une des plus importantes collections de souvenirs de John Lennon. Parmi cette multitude d'objets rassemblés en vingt-cinq ans par un collectionneur anonyme, il y avait des vêtements, des toiles peintes par le chanteur pendant sa jeunesse, une paire de ses lunettes rondes très caractéristiques et un piano qui provenait de son appartement new-yorkais. Deux enchères se sont largement détachées du lot. La tunique militaire que John portait en 1966 lors d'une séance photo pour le magazine "Life" s'est vendue cent quarante-cinq mille euros. Elle aurait, dit-on, inspiré la pochette de l'album "Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band". Mais ce qui a constitué le clou de cette vente, ce sont les paroles de "All you need is love", qui ont été adjugées à huit cent soixante-huit mille euros. Ecrites de la main de John, elles avaient été récupérées dans un studio après la dernière apparition télévisée des Beatles en 1967.

Fin 2005, la Cité de la Musique à Paris propose l'exposition  "JOHN LENNON : UNFINISHED MUSIC". Elle montre toutes les facettes de la personnalité de John : le musicien bien sûr, mais aussi l'écrivain, le dessinateur et le plasticien. On y évoque également son parcours d'homme, son engagement, puis son désengagement avant qu'il ne trouve refuge dans l'utopie. Cette année, pour marquer le soixante-dixième anniversaire de la naissance de John et le trentième anniversaire de sa mort, Yoko Ono a décidé de d'organiser une vaste opération afin de remettre en pleine lumière toute l'œuvre de Lennon. Outre ses huit albums studio qui reparaissent dans des versions remastérisées, trois compilations sont proposées : "POWER TO THE PEOPLE – THE HITS", un CD / DVD qui regroupe les quinze chansons les plus populaires de Lennon et leurs vidéos ; "GIMME SOME TRUTH", un coffret thématique de quatre CDs ; et enfin "JOHN LENNON SIGNATURE BOX", un luxueux coffret qui contient onze CDs. Outre les huit albums studios remastérisés, on y trouvera de nombreuses raretés, ainsi que treize inédits.
Dans cette série de rééditions, un traitement spécial a été réservé à "Double Fantasy" qui est proposé à la fois dans sa forme originale et dans un nouveau mixage beaucoup plus dépouillé, que l'on appelle "Stripped down". Il a été réalisé par Yoko Ono et par Jack Douglas, le coproducteur de l'album original. Pour terminer cette Saga, voici la version "Stripped down" de "(Just like) Starting over".

TITRES DIFFUSÉS (dans l'ordre de leur passage à l'antenne) :


-    "Power to the people" (CD "Shaved fish")
-    "Working class hero" (CD "John Lennon / Plastic Ono Band")
-    "In my life" (CD The Beatles "Rubber soul")
-    "Strawberry fields forever" (CD The Beatles "Magic Mystery Tour")
-    "A day in the life" (CD The Beatles "Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band")
-    Oh Yoko!" (CD "Imagine")
-    "The ballad of John & Yoko" (CD "The Beatles 1967-1970")
-    "Yer blues" (CD "The Rolling Stones Rock and Roll Circus")
-    "Give peace a chance" (CD "Shaved fish")
-    "Dizzy Miss Lizzy" (CD "Live peace in Toronto")
-    "Cold turkey" (CD "Shaved fish")
-    "Instant karma (we all shine on)" (CD "Shaved fish")
-    "Across the universe" (CD The Beatles "Let it be")
-    "Revolution" (CD "The Beatles")
-    "Remember" (CD "John Lennon / Plastic Ono Band")
-    "Imagine" (CD "Imagine")
-    "Come together" (CD "Live in New York City")
-    "New York City" (Sometime in New York City")
-    "Happy Xmas (war is over)" (CD "Shaved fish")
-    "You are here" (CD "Mind games")
-    "Whatever gets you thru the night" (CD "Walls and bridges")
-    "Lucy in the sky with diamonds" (coffret  "Lennon")
-    "Mind games" (CD "Mind games")
-    "Stand by me" (CD "Rock and roll")
-    "Beautiful boy (darling boy)" (CD "Double Fantasy")
-    "(Just like) Starting over" (CD "Double Fantasy")
-    "Nobody told me" (CD "Milk and honey")
-    "Woman" (CD "Double Fantasy")
-    "Watching the wheels" (CD "Double Fantasy")
-    "# 9 Dream" (CD" Walls and bridges")
-    "Jealous guy" (CD "Imagine")
-    "Mother" (CD "John Lennon / Plastic Ono Band")
-    "Real love" (CD "The John Lennon Anthology")
-    "I'm losing you" (CD "The John Lennon Anthology")
-    "God" (CD "John Lennon / Plastic Ono Band")
-    "Dear Yoko" (CD "Acoustic")
-    "All you need is love" (CD The Beatles "Magical Mystery Tour")
-    "(Just like) Starting over" ((CD "Double fantasy" stripped down)

DISCOGRAPHIE SÉLECTIVE :

The BEATLES

-    "PLEASE PLEASE ME" (album – 1963)
-    "WITH THE BEATLES" (album – 1963)
-    "THE BEATLES FIRST" (avec Tony Sheridan, album – 1964)
-    "A HARD DAY4S NIGHT" (album – 1964)
-    "BEATLES FOR SALE" (album – 1964)
-    "HELP !" (album – 1965)
-    "RUBBER SOUL" (album – 1965)
-    "YESTERDAY AND TODAY" (compilation – 1966)
-    "REVOLVER" (album – 1966)
-    "A COLLECTION OF BEATLES OLDIES, BUT GOODIES" (compilation – 1966)
-    "SERGEANT PEPPER'S LONELY HEARTS CLUB BAND" (album – 1967)
-    "MAGICAL MYSTERY TOUR" (album – 1967)
-    "YELLOW SUBMARINE" (BO – 1968)
-    "THE BEATLES" (album – 1968)
-    "ABBEY ROAD" (album – 1969)
-    "LET IT BE" (album – 1970)
-    "THE BEATLES 1962-1966" (compilation – 1973)
-    "THE BEATLES 1967-1970" (compilation – 1973)
-    "ROCK 'N' ROLL MUSIC" (compilation – 1976)
-    "THE BEATLES AT THE HOLLYWOOD BOWL" (live album – 1977)
-    "LOVE SONGS" (compilation – 1977)
-    "RARITIES" (compilation – 1979)
-    "REEL MUSIC" (compilation – 1982)
-    "THE BEATLES LIVE AT THE BBC" (live album – 1994)
-    "THE BEATLES ANTHOLOGY, VOLUME 1" (compilation – 1995)
-    "THE BEATLES ANTHOLOGY, VOLUMES 2 & 3" compilations – 1996)
-    "LET IT BE … NAKED" (album – 2003)
-    "ONE" (compilation – 2004)

John LENNON

-    "UNFINISHED MUSIC N°1 – TWO VIRGINS" (album -1968)
-    "UNFINISHED MUSIC N°2 – LIFE WITH THE LIONS" (album – 1969)
-    "LIVE PEACE IN TORONTO" (album – 1969)
-    "THE WEDDING ALBUM" (album – 1969)
-    "JOHN LENNON / PLASTIC ONO BAND" (album 1970)
-    "IMAGINE" (album – 1971)
-    "SOMETIME IN NEW YORK CITY" (album – 1972)
-    "MIND GAMES" (album – 1973)
-    "WALLS AND BRIDGES" (album – 1974)
-    "SHAVED FISH" (compilation – 1975)
-    "ROCK AND ROLL" (album – 1975)
-    "DOUBLE FANTASY" (album – 1980)
-    "THE JOHN LENNON COLLECTION" (compilation – 1982)
-    "MILK AND HONEY" (album – 1984)
-    "LIVE IN NEW YORK CITY" (live album – 1986)
-    "MENLOVE AVE." (compilation – 1986)
-    "IMAGINE : JOHN LENNON" (BO – 1988)
-    "LENNON" (coffret – 1990)
-    "LENNON LEGEND – THE VERY BEST OF JOHN LENNON" (compilation – 1997)
-    "THE JOHN LENNON ANTHOLOGY" (coffret – 1998)
-    "WONSAPONATIME" (compilation – 1998)
-    "ACOUSTIC" (compilation – 2004)
-    "WORKING CLASS HERO – THE DEFINITIVE LENNON" (compilation – 2005)
-    "IMAGINE" (DVD – 2005)
-    "POWER TO THE PEOPLE – THE HITS" (compilation – 2010)
-    "GIMME SOME TRUTH" (coffret – 2010)
-    "JOHN LENNON SIGNATURE BOX" (coffret – 2010)


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