1 min de lecture Musique

La Saga de John Fogerty


John Fogerty, c'est d'abord l'âme de Creedence Clearwater Revival, un chanteur doté d'une voix idéale pour le rock, un guitariste au style fluide et surtout un auteur-compositeur à l'inspiration exceptionnelle. On lui doit des chansons gravées dans toutes les mémoires : "Born on the bayou", "Hey tonight", "Bad moon rising", "Fortunate son" et surtout "Proud Mary", un titre parmi les plus repris dans le monde. A l'occasion de la sortie de son nouvel album, "Wrote a song for everyone", John Fogerty est au micro de Saga pour évoquer les grandes étapes de sa longue et fructueuse carrière.

john fogerty
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LA SAGA DE JOHN FOGERTY

"Almost saturday night" (CD “John Fogerty")

John Fogerty vient de publier "WROTE A SONG FOR EVERYONE". C'est le neuvième album qui paraît sous son nom. On y trouve deux inédits et douze reprises de classiques qu'il a écrits tout au long de sa carrière. "Wrote a song for everyone" a été enregistré avec de nombreuses participations comme les Foo Fighters, Bob Seger, Dawes et plusieurs artistes de la scène country, notamment le Zac Brown Band, Brad Paisley, Miranda Lambert, Keith Urban et Alan Jackson. Le premier extrait de cet album est une nouvelle version de "Born on the bayou" que John Fogerty a enregistrée en duo avec Kid Rock.

"Born on the bayou" (CD "Wrote a song for everyone")

John Cameron Fogerty est né le 28 mai 1945 à Berkeley, en Californie. A quatorze ans, il joue de la guitare, de l’orgue, du piano, du dobro, du saxophone ténor, de l’harmonica et de la batterie. C'est un autodidacte : il a appris à jouer tout seul en écoutant la radio. En 1959, au lycée, il rencontre le batteur Doug Clifford et le bassiste Stu Cook. C'est à l'occasion d'une fête scolaire que le trio fait sa première apparition publique. Ecoutons John Fogerty.

"On s’appelait les Blue Velvets. Doug, Stu et moi, nous formions un groupe presque exclusivement instrumental. Il y avait très peu de morceaux chantés. A l’époque, j’avais quatorze ans et ma voix était celle d’un adolescent en train de muer. Donc, nous faisions principalement  des instrumentaux, soit des reprises, soit des titres de mon cru que je composais à la guitare. Nous étions le type même du garage band américain : une batterie, une guitare et un piano. Car à l’époque Stu jouait des claviers."

"Come on baby" (Coffret "Coffret CCR")

Très vite, les Blue Velvets sont rejoints par le guitariste Tom Fogerty, le frère aîné de John.  Après leurs études secondaires, Stu Cook et Doug Clifford s'inscrivent à l’université de San José, tandis que les frères Fogerty vivent de petits boulots. Pour sa part, John travaille chez Fantasy Records, un label installé à Berkeley. Il réussit à placer plusieurs de ses chansons et c’est ainsi qu’en 1961, les Blue Velvets enregistrent un premier single. Le groupe change alors de nom une première fois.

"Pour différentes raisons, la maison de disques n’aimait pas le nom Blue Velvets, et en 1964, quand nous avons commencé à tourner, nous avons opté pour The Visions. Ce n’était pas une trouvaille renversante et d’ailleurs au bout de trois semaines nous en avions déjà assez. Parallèlement, en juin 64, nous avions enregistré un single qui était resté inédit de longs mois avant d’être finalement publié en 65. Le jour de sa sortie, je me suis rendu auprès de la maison de disques pour en récupérer une copie et là, sur l’étiquette du single, il y avait écrit Golliwogs. C’était Fantasy qui avait inventé ce nom, un nom que nous nous sommes mis à haïr au-delà de toute mesure. Mais il nous a fallu le conserver pendant plus de deux ans et demi."

En octobre 1967, Saul Zaentz, jusqu’alors directeur commercial de Fantasy Records, rachète le label. Depuis longtemps, il a deviné le potentiel des quatre musiciens et il donne carte blanche à celui qu’il considère comme le leader naturel du groupe : John Fogerty.
Par la même occasion, les Golliwogs se trouvent un nom plus en harmonie avec la scène californienne de l’époque. A côté du Jefferson Airplane, du Grateful Dead et de Moby Grape, il y aura désormais Creedence Clearwater Revival. "Porterville", le dernier 45-tours des Golliwogs, paraît en novembre 67. Il est très vite recrédité à Creedence et sera inclus dans leur premier album.

"Porterville" (CD "Creedence Clearwater Revival")

Creedence Clearwater Revival est un nom bien compliqué, mais il va tout de même ouvrir les portes du succès à John Fogerty, Tom Fogerty, Stu Cook et Doug Clifford. L’album “CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL” paraît en juillet 1968. Il est chanté, arrangé et produit par John Fogerty qui, en plus, signe la majeure partie des titres qui le composent.
C’est pourtant une reprise qui est choisie comme single, celle de “Suzie Q”, le classique de Dale Hawkins. Le titre, qui dure huit minutes et trente secondes, est réparti sur les deux faces du 45-tours et il atteint la onzième place du hit-parade américain. Creedence s’embarque alors pour une première tournée nationale où le public découvre un groupe parfaitement en place, rodé par ses dix années de scène dans la région de San Francisco.

"Suzie Q" (CD "Creedence Clearwater Revival")

Le deuxième album de Creedence Clearwater Revival, “BAYOU COUNTRY”, sort en janvier 1969. Il propose six compositions de John Fogerty et une reprise, celle de “Good Golly Miss Molly”, le classique de Little Richard. Un seul single en est extrait, “Proud Mary”, couplé à “Born on the bayou”. “Proud Mary” est un succès planétaire, sans doute une des chansons les plus reprises au monde. Pour Bob Dylan, c'est la plus belle chanson de l'année 1969.

"Proud Mary" (CD "Bayou Country")

Creedence Clearwater Revival a parfaitement réussi la synthèse entre le rock et le country blues, une synthèse si authentique qu’au début de leur carrière, de nombreux journaux n’ont pas hésité à affirmer que les quatre musiciens étaient originaires de Louisiane.
En fait, Creedence est un pur produit de la baie de San Francisco. Les quatre musiciens se sont abondamment nourris de rock, de blues et de country. Et toutes ces influences se retrouvent dans leur musique. "Proud Mary" et "Born on the bayou" sont dus au talent et à l'imagination fertile de John Fogerty. Alors qu'il n'est jamais allé dans le Mississippi et qu'il ne connaît pas encore les bayous de Louisiane, il réussit parfaitement à décrire cette région dans sa musique.

"Quand je me suis rendu dans le Mississippi en 1990, c’était vraiment la première fois. Je n’y avais jamais mis les pieds et encore moins dans le Delta. C’est la vérité. Jusque-là, ce n’était pour moi qu’un lieu mythique sorti tout droit de mon imagination et qui correspondait grosso modo à la Louisiane, mâtinée de certains aspects du Mississippi. C’était surtout le côté cajun qui me fascinait, donc louisianais, et les marais, le bayou. Je suis certainement le premier musicien de rock qui ait parlé de ces marécages comme d’un endroit romantique et attirant. Mais pour moi, c’était le cas."

"Born on the bayou" (CD "Bayou Country")


Un nouvel album, “GREEN RIVER”, paraît le 3 août 1969. Deux semaines plus tard, Creedence Clearwater Revival se produit au Festival de Woodstock, entre le Grateful Dead et Janis Joplin. "Green river" est un autre exemple parfait de cette musique que joue Creedence et que l'on a appelée la "swamp music", la musique des marais.
Nous sommes à la fin des Sixties. Alors que tous les groupes composent des concept-albums sur le modèle du “Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band” des Beatles, John Fogerty et ses trois complices sont les seuls à aligner sur le vinyle autant de titres que de singles potentiels.

"Bad moon rising" (CD "Green River")

Creedence Clearwater Revival est consacré meilleur groupe de l'année 1969 par le magazine "Rolling Stone". En novembre 69, ils publient “WILLY AND THE POOR BOYS”. C'est le quatrième album de leur discographie et le troisième pour cette année en tous points exceptionnelle. Sur “Willy and The Poor Boys”, John Fogerty aborde de nouveaux thèmes. Il se lance dans le commentaire social, évoquant la discorde entre Américains dans “Effigy” ou les pressions politiques et militaires dans “Fortunate son”. Mais il évite toujours le sensationnel ou le racoleur. C'est ainsi que les sujets “chauds” du rock & roll, comme par exemple le sexe ou la drogue, sont traités de manière indirecte ou voilée.

"Fortunate son" (CD "Willy & the Poor Boys")

L'album "COSMO'S FACTORY" paraît en juillet 1970 au moment où Creedence rentre d’une tournée triomphale en Europe. C’est de loin leur album le plus  populaire. Il contient trois singles qui atteignent le Top 5 américain : “Up around the bend”, “Lookin’ out my back door" et "Travelin' band". On y trouve aussi cette longue version de “I heard it through the grapevine”, le classique de Tamla Motown qui fut un énorme succès pour Marvin Gaye en 1968.

"I heard it through the grapevine" (CD "Cosmos' Factory")

Au sein de Creedence Clearwater Revival, John Fogerty cumule toutes les fonctions artistiques puisqu’il compose, produit, chante et joue de la guitare. Il est aussi devenu le manager, le promoteur et le tourneur du groupe. Cette mainmise de John sur l’ensemble des activités de Creedence, mais aussi ses qualités artistiques, ont fini par reléguer Tom, Doug et Stu au rang de simples accompagnateurs, ce qui engendre aigreur et frustration.

"Les choses sont devenues vraiment difficiles à cause de leur jalousie. Moi,  je ne savais pas comment faire face à cette situation, je ne parvenais pas à la maîtriser. Ils m’avaient pris par surprise dans la mesure où nous étions un groupe. Ce n’était pas John Fogerty et Creedence ou je ne sais quoi. Nous étions un groupe et j’avais toujours observé une attitude de groupe. Concrètement, je partageais mes droits d’auteurs avec eux ; j’en faisais quatre parts bien qu’ils n’écrivaient pas les chansons, juste parce que cela me semblait correct, équitable. Alors, quand les problèmes ont commencé, je me suis demandé ce que je pouvais faire de plus pour arranger les choses. La suite est connue : ils n’arrivaient plus à se contenir et, fin 70, nous avons eu ce que l’on a coutume d’appeler une 'réunion de concertation', où ils ont affirmé que eux aussi voulaient chanter, que eux aussi voulaient écrire et inventer leurs propres arrangements. Et j’ai cédé. Cela faisait deux ans et demi que je menais la barque et j’ai dit : 'O.K. je ne veux pas en entendre plus. A partir de maintenant, on fait comme vous voulez'. Mais pour moi, c’était comme couler le navire."

"Have you ever seen the rain" (CD "Pendulum")

L'ascension de Creedence Clearwater Revival, qui s'est faite essentiellement autour du personnage et du talent de John Fogerty, a généré des jalousies et des rancœurs. Et tout cela ne tarde pas à se ressentir dans la musique. Leur sixième album, “PENDULUM”, paraît en décembre 70. On n'y trouve qu'un seul succès : le 45-tours qui réunit "Have you ever seen the rain" et "Hey tonight".

"Hey tonight" (CD "Pendulum")

En février 1971, Tom Fogerty est le premier à quitter Creedence Clearwater Revival. Le groupe continue en trio et visite l’Europe une dernière fois dans le courant de l’automne. De retour aux Etats-Unis, John tient parole et laisse libre cours à Doug Clifford et Stu Cook. Ils ont ainsi l’occasion de composer une bonne partie des chansons de l'album “MARDI GRAS”, qui paraît en avril 72. C’est une catastrophe. Grâce à la réputation de Creedence, "Mardi Gras" est tout de même certifié disque de platine, mais plus personne n’y croit. Le célèbre critique musical Jon Landau déclare à cette occasion : "C'est le plus mauvais disque que j'ai jamais entendu de la part d'un grand groupe". Même John Fogerty en était conscient.

“'Mardi-Gras' ne fonctionnait pas dès l’enregistrement. J’en avais gros sur le cœur. J’étais taraudé par un mal de crâne persistant et mes oreilles souffraient le martyre. C’était pour moi très dur de jouer ce jeu et encore plus dur d’entendre Doug Clifford chanter. Je ne voulais pas faire partie d’un groupe dont il aurait été le leader ou le chanteur. Ce n’était pas ma conception du succès. Et c’est donc au moment où l’album est sorti et après quelques dates de concerts que j’ai décidé que ça suffisait comme ça. Et je suis parti."

"Sweet hitch-hiker" (CD "Mardi-Gras")


DEUXIÈME PARTIE

"Up around the bend" (CD "Cosmo's factory ")

"Mardi Gras" est paru en avril 1972. C'est le septième et ultime album de Creedence Clearwater Revival. John Fogerty, Stu Cook et Doug Clifford n'arrivent pas à surmonter leurs différends. La séparation du groupe est annoncée officiellement le 16 octobre 1972.  Le label Fantasy demande alors à John Fogerty de continuer à enregistrer sous le nom de Creedence, mais il refuse catégoriquement.
Au contraire, il veut couper avec ce passé récent et il entame un projet solo en se dissimulant derrière un nom de groupe, "THE BLUE RIDGE RANGERS”. L'album qui porte ce titre paraît en mai 73 et il rencontre un succès beaucoup plus important aux Etats-Unis qu’en Europe. John l'a enregistré seul : il joue de tous les instruments. Ce disque d’inspiration country, rock et gospel, ne propose que des reprises, notamment celle du classique de Hank Williams : "Jambalaya (on the bayou)".

"Jambalaya (on the bayou)" (CD "The Blue Ridge Rangers")

Après la sortie de l'album "The Blue Ridge Rangers", John Fogerty envisage de quitter Fantasy. Mais il doit encore huit albums à sa maison de disques qui lui oppose un refus catégorique. En représailles, il décide de ne plus enregistrer. L’affaire va en justice et c'est finalement David Geffen, à l'époque patron d'Asylum Records, qui négocie avec succès une sortie honorable pour les deux camps. En contrepartie, l’ex-Creedence signe sur Asylum.
En septembre 1975, John Fogerty publie sous son nom le premier album de sa liberté artistique retrouvée. Sur cet excellent album de rock, on retiendra plus particulièrement deux titres qui sont devenus des classiques : "Almost saturday night", qui sera repris par Dave Edmunds en 1981 ; et "Rockin' all over the world", qui sera un succès pour Status Quo en 1977.

"Rockin' all over the world" (CD "John Fogerty")

John Fogerty continue sa carrière solo, tout comme son frère Tom. De leur côté, Doug Clifford et Stu Cook rejoignent le Sir Douglas Quintet avant de fonder le Don Harrison Band. C'est à cette époque que les musiciens de Creedence Clearwater Revival découvrent qu’ils sont ruinés. Leur argent, placé aux Bahamas sur les conseils de Fantasy, a mystérieusement disparu.
Un nouveau procès s'engage. Il perturbe John Fogerty qui a du mal à terminer son nouvel album. Celui-ci est malgré tout annoncé pour novembre 1976. Il s’appelle “HOODOO”, mais d'un commun accord, l'artiste et la maison de disques décident de ne pas le publier, car ils ne le trouvent pas assez bon. John est déçu et avant de retourner en studio, il décide d’attendre la fin du procès. Le jugement est prononcé en 1983 et il condamne Fantasy Records. John Fogerty récupère quatre millions de dollars et chacun de ses partenaires, un million et demi.

"Mes droits d’auteurs m’apportaient un revenu correct et régulier. Quoique, tu sais, j’ai eu pas mal de problèmes à ce sujet. Il est arrivé que ma maison de disques stoppe les paiements, et pas qu’une fois. Ça s’est produit souvent. De plus, nous nous sommes tous les quatre fait escroquer en 77. Nous avons perdu tous nos avoirs, et nous ne les avons retrouvés qu’en 1983, même plus tard, quand les avocats ont enfin daigné signer les chèques. J’avais donc appris à vivre frugalement, très simplement. Je dois confesser qu’aujourd’hui les choses se sont bien améliorées, mais à l’époque, le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne menais pas le train de vie d’une rock star. Je m’en sortais tout juste."

"Lodi" (CD "Green river")


Ses problèmes résolus, John Fogerty met les bouchées doubles pour essayer de rattraper le temps perdu. Il se remet au travail dans le studio qu'il a installé dans son ranch de l'Oregon. En janvier 1985, il publie un nouvel album qu'il a produit lui-même, "CENTERFIELD". On y trouve le titre "Vanz Kant Danz", une attaque à peine voilée de John contre son ancien patron, Saul Zaentz. Et c'est l'occasion d'un nouveau procès. Heureusement, "Centerfield" est accueilli avec enthousiasme par les critiques et par le public qui le porte au sommet du hit-parade américain. Quant au single "The old man down the road", il se classe N°10.

"The old man down the road" (CD "Centerfield")

John Fogerty revient très vite, dès septembre 1986, avec "EYE OF THE ZOMBIE". Cette fois, l'album reçoit un accueil mitigé de la part du public qui s'attendait à beaucoup mieux. John en est très conscient et il range ce disque parmi ses semi réussites.

"J’ai eu la chance de ne jamais faire un disque contre mon gré, bien que parfois on m’y ait poussé ou qu’on m’ait demandé de sortir des albums que j’estimais, moi, inachevés. Mais c’est quelque chose que je ne laisserai plus faire. Autrement dit, il y a certains albums dont je ne suis pas entièrement satisfait. Eye of the zombie contient quelques bonnes chansons, mais ce n’est pas un bon disque. Il est vraiment trop déprimant. Idem pour Blue Ridge Rangers. L’idée de départ est bonne, il y a de bonnes chansons - qui ne sont d’ailleurs pas de moi - mais je me suis trompé en voulant jouer de tous les instruments, en simulant un groupe à moi tout seul. Je pense que cet album aurait pu être beaucoup mieux."

"Eye of the zombie" (CD "Eye of the zombie")


Après la sortie de "Eye of the zombie", John Fogerty entame une tournée où il n’interprète que des extraits de sa production récente. Le public n'est pas content. Ce n’est que l’année suivante, en 1987, qu’il se décidera à rechanter les classiques de Creedence lors d’un concert de soutien aux vétérans du Vietnam. En revanche, il a toujours refusé de rejouer avec ses anciens partenaires, même lors de l'intronisation de Creedence au Rock & Roll Hall of Fame en 1993. John Fogerty s'explique.
"Je suis très fâché contre eux. Ils ont fait plusieurs choses dans le passé qui m’ont plus qu’irrité, et pas seulement récemment. Vous allez voir que c’est très facile à comprendre. Quel que soit le pays, tout artiste sur cette planète s’emploie, soit à acquérir, soit à maintenir un contrôle artistique sur son œuvre, afin que personne ne puisse en faire une utilisation qu’il ne souhaite pas. En 1972, je m’étais débrouillé pour que, légalement, Fantasy ne garde que très peu de marge de manœuvre avec le matériel enregistré par Creedence. Nous avions un droit de veto. Or, en 1989, les trois autres ont revendu leur droit de vote aux gens de Fantasy et leur ont redonné ainsi la liberté de faire ce qu’ils voulaient de notre travail. Bien sûr, ils ne m’en ont rien dit. Or, à ce moment, j’étais de mon côté en train de négocier avec Fantasy un partage égalitaire des droits dans Creedence. Pour nous quatre. J’étais furieux ! Ils m’ont en quelque sorte planté un couteau dans le dos et je ne leur fait plus aucune confiance."

"Travelin' band" (CD "Cosmo's factory")

Tom Fogerty, le frère de John, meurt le 6 septembre 1990, victime de la tuberculose. En 1995, le bassiste Stu Cook et le batteur Doug Clifford forment CCR, c'est-à-dire Creedence Clearwater Revisited, qui tourne avec un répertoire entièrement consacré à leur ancien groupe. Ils ont enregistré deux albums "live" : le double "RECOLLECTION", paru en 1998, et "THE BEST OF CREEDENCE CLEARWATER REVISITED", qui sortira en 2006.
Quant à John Fogerty, il prend son temps.  Lorsqu'il publie "    BLUE MOON SWAMP" en juin 1997, onze années se sont écoulées depuis l'album précédent, "Eye of the zombie". Ce très long délai s'explique par un souci de perfection et par le désir de John de progresser en tant que musicien et compositeur.

"J’ai travaillé très longtemps sur cet album. J’ai commencé l’enregistrement en 1992 et j’ai passé près de quatre ans et demi rien qu’en studio. Alors pourquoi est-ce que ça m’a pris tout ce temps ? Eh bien, parce que je n’arrivais pas à trouver le son, le feeling adéquat. A mes oreilles, ce que j’avais enregistré au début était très mauvais. Il y a des gens qui pensent que les artistes ont parfois des critères de jugement bien mystérieux ou des humeurs, mais là non, ça sonnait vraiment mal. Tu n’aurais pas aimé ce premier effort. Et cela explique en grande partie pourquoi j’ai été si long."

Cette démarche a amené John Fogerty à se rendre pour la première fois de sa vie dans l'état du Mississippi, cette région mythifiée par les chansons de Creedence, la terre nourricière du blues et de la country music.

"Hot rod heart" (CD "Blue moon swamp")

Grâce à "Blue moon swamp", qui a été désigné "Meilleur album rock", John Fogerty décroche le premier Grammy Award de sa carrière. Fort de cette réussite, il entame une grande tournée mondiale où, pour le plus grand bonheur de son public, il accepte enfin de redonner à son ancien répertoire la place qu'il mérite. Paru en juin 1998, l'album "live" "PREMONITION" témoigne de ce revirement : on y retrouve une dizaine de titres de Creedence mêlés aux meilleurs extraits de la carrière solo de John Fogerty.

"Who'll stop the rain" (CD "Premonition")

Poursuivant sa politique de réédition, Fantasy Records publie une anthologie qui fait un point définitif et complet sur la carrière de Creedence.
Ce coffret de six CDs, baptisé simplement "CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL", paraît en février 2002. Quant à John Fogerty,  on le retrouve le mois suivant sur "EVANGELINE MADE : A TRIBUTE TO CAJUN MUSIC", une compilation consacrée à l'histoire de la  musique cajun.
En septembre 2004, il propose "DEJA VU (ALL OVER AGAIN)". C'est son premier album studio en sept ans. Il n'y a pas de tromperie sur la marchandise : les textes ont la même inspiration et la musique propose toujours un large éventail qui va du rock à la country en passant bien sûr par la swamp-music et le blues. Très engagé, John Fogerty soutient la candidature du démocrate John Kerry à l'élection présidentielle américaine de 2004. Il participe à six concerts du "Vote for Change Tour", aux côtés de R.E.M. et de Bruce Springsteen.

"Deja vu (all over again)" (CD "Deja vu (all over again)")

En septembre 2005, John Fogerty resigne avec Fantasy Records qui publie deux mois plus tard la compilation "THE LONG ROAD HOME". C'est un assemblage de vingt-cinq titres puisés dans sa discographie solo et dans celle de Creedence. Un concert enregistré au Wiltern Theatre de Los Angeles donnera le double DVD et le double CD qui paraîtront en juin 2006 : "THE LONG ROAD HOME – IN CONCERT".
En septembre 2006, John Fogerty est au générique de l'album "Last man standing" de Jerry Lee Lewis, avec qui il chante en duo "Travelin' band". Un nouvel album, "REVIVAL" paraît en octobre 2007. Sur la pochette, la silhouette de John se découpe en contrejour, comme c'était le cas pour son premier album solo, "The Blue Ridge Rangers". Fidèle à son engagement, le chanteur propose plusieurs titres où il prend radicalement position contre la politique de George Bush et contre la guerre en Irak.

"Don't you wish it was true" (CD "Revival")

Le 24 juin 2008, John Fogerty termine sa tournée européenne au Royal Albert Hall, à Londres. Lorsque ses deux fils, Shane et Tyler, le rejoignent sur scène, on compte au total sept guitares dans le groupe. Le concert a été filmé pour le DVD "COMIN' DOWN THE ROAD" qui paraîtra en novembre 2009.
Dans l'intervalle, en août 2009, John a publié "THE BLUE RIDGE RANGERS RIDES AGAIN", un nouvel album studio teinté de rock, de country, de bluegrass et de swamp-music. On y trouve onze reprises de classiques américains et une composition originale, "Change in the weather", un titre qu'il avait déjà enregistré sur "Eye of the zombie" en 1986. Parmi ses invités, on remarque les deux Eagles, Don Henley et Timothy B. Schmit, mais aussi Bruce Springsteen avec qui il reprend le classique des Everly Brothers : "When will I be loved",

"When will I be loved" (CD "The Blue Ridge Rangers rides again")

Le 29 octobre 2009, John Fogerty participe aux concerts qui marquent le 25ème anniversaire du Rock and Roll Hall of Fame. En janvier 2012, il compose "Swamp water", le thème de la série télévisée "The Finder".
Il vient de publier "WROTE A SONG FOR EVERYONE". C'est son neuvième album depuis la séparation de Creedence Clearwater Revival et il l'a produit lui-même. Sur ce disque, John Fogerty reprend douze de ses compositions avec la complicité de seize invités venus d'horizons divers. Cela va de Kid Rock à Bob Seger, en passant par Dawes, les Foo Fighters, Alan Jackson, Miranda Lambert et Allen Toussaint. On y remarque aussi ses deux fils, Shane et Tyler, sur la reprise "Lodi". Les enregistrements ont eu lieu à Los Angeles et à Nashville, à l'exception de la nouvelle version de "Proud Mary" qui a été réalisée à La Nouvelle-Orléans. Sur "Wrote a song for everyone", John Fogerty propose également deux nouveaux titres : "Train of fools" et "Mystic highway".

"Mystic highway" (CD "Wrote a song for everyone")


DISCOGRAPHIE :

-    "THE BLUE RIDGE RANGERS" (album – 1973)
-    "JOHN FOGERTY" (album – 1975)
-    "CENTERFIELD" (album – 1985)
-    "EYE OF THE ZOMBIE" (album – 1986)
-    "BLUE MOON SWAMP" (album – 1997)
-    "PREMONITION" (live album – 1998)
-    “DÉJÀ VU (ALL OVER AGAIN)” (album – 2004)
-    “THE LONG ROAD HOME (THE ULTIMATE JOHN FOGERTY / CREEDENCE COLLECTION)” (compilation – 2005)
-    “THE LONG ROAD HOME / IN CONCERT” (live album + DVD  – 2006)
-    "REVIVAL" (album – 2006)
-    "THE BLUE RIDGE RANGERS RIDES AGAIN" (album – 2009)
-    "COMIN' DOWN THE ROAD" (DVD – 2009)
-    "WROTE A SONG FOR EVERYONE" (album – 2013)

CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL

-    "CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL" (album – 1968)
-    "BAYOU COUNTRY" (album – 1969)
-    "GREEN RIVER" (album – 1969)
-    "WILLY AND THE POOR BOYS" (album – 1969)
-    "COSMO'S FACTORY" (album – 1970)
-    "PENDULUM" (album – 1970)
-    "MARDI GRAS" (album – 1972)
-    "CREEDENCE GOLD" (compilation – 1973)
-    "MORE CREEDENCE GOLD" (compilation – 1973)
-    "LIVE IN EUROPE" (live album – 1974)
-    "CHRONICLE, Vol. 1" (compilation – 1976)
-    "GREATEST HITS (20 GOLDEN)" (compilation – 1979)
-    "LIVE AT THE ROYAL ALBERT HALL" (live album – 1981)
-    "THE HITS ALBUM" (compilation – 1982)
-    "THE CREEDENCE COLLECTION" (compilation – 1985)
-    "CHRONICLE, Vol. 2" (compilation – 1987)
-    "CHOOGLIN'" (compilation – 1988)
-    "CREEDENCE COUNTRY" (compilation – 1992)
-    "CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL, THE LEGENDS COLLECTION" (coffret – 1994)
-    "THE VERY BEST OF CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL" (compilation – 1999)
-    "CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL" (coffret – 2001)

PARTICIPATIONS :

-    "WOODSTOCK – THREE DAYS OF PEACE AND MUSIC, 25TH ANNIVERSARY COLLECTION" (live album – 1994)
-    “EVANGELINE MADE : A TRIBUTE TO CAJUN MUSIC” (compilation – 2002)
-    JERRY LEE LEWIS : "LAST MAN STANDING" (album – 2006)
-    "THE 25TH ANNIVERSARY ROCK & ROLL HALL OF FAME CONCERTS" (live album - 2010)


















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John Fogerty, c'est d'abord l'âme de Creedence Clearwater Revival, un chanteur doté d'une voix idéale pour le rock, un guitariste au style fluide et surtout un auteur-compositeur à l'inspiration exceptionnelle. On lui doit des chansons gravées dans toutes les mémoires : "Born on the bayou", "Hey tonight", "Bad moon rising", "Fortunate son" et surtout "Proud Mary", un titre parmi les plus repris dans le monde. A l'occasion de la sortie de son nouvel album, "Wrote a song for everyone", John Fogerty est au micro de Saga pour évoquer les grandes étapes de sa longue et fructueuse carrière.
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2013-06-07 08:01:00
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