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Pénélope Bagieu : "Adorer son personnage principal, c'est la règle d'or"

INTERVIEW - La dessinatrice et auteure Pénélope Bagieu raconte comment elle a changé sa manière de travailler pour "California Dreamin'", consacrée à Mama Cass, des Mamas and Papas. Quelques planches sont à découvrir ci-dessous.

Pénélope Bagieu signe sa nouvelle bande dessinée, "California Dreamin'", chez Gallimard
Pénélope Bagieu signe sa nouvelle bande dessinée, "California Dreamin'", chez Gallimard
Crédit : Wikimedia
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani

Pénélope Bagieu est l'une des auteures françaises de bande-dessinée incontournables des dix derniers années. D'abord connue grâce à son blog décalé Ma vie est tout à fait fascinante, elle propose en cette rentrée 2015 California Dreamin', son nouvel ouvrage publié chez Gallimard. Il s'agit d'une "histoire romancée" sur Ellen Cohen, alias Mama Cass, l'une des chanteuses de The Mamas & the Papas, l'un des groupes les plus populaires des années 1960. Il est notamment connu pour le tube qui a donné le nom de cette bande dessinée. "J'aimais sa détermination, le fait qu'elle ne venait pas du bon milieu, n'avait pas le bon physique et qu'elle n'a pas essayé de tordre ce qu'elle était. Elle était la vraie star des Mamas & Papas", raconte Pénélope Bagieu à RTL.fr.

Pénélope Bagieu, qui nous appelle depuis New York, a choisi d'adapter sur planche la jeunesse de Mama Cass, de son enfance dans une famille juive traditionnelle, jusqu'à la signature des Mamas and Papas dans une grosse maison de disque. "Il y a très peu d'informations sur cette période de sa vie, ce qui laisse beaucoup de libertés", estime l'auteure de Cadavre Exquis. Pour Pénélope Bagieu, California Dreamin' ne doit pas être vu comme une biographie mais "une histoire romancée" dans laquelle elle a "tout inventé". 

D'ailleurs, Pénélope Bagieu n'a pas choisi Mama Cass comme narratrice de sa propre histoire. "Je ne voulais pas lui donner la parole pour garder le mystère. Je voulais qu'on la devine joviale à l'extérieur mais brisée à l'intérieur", explique l'auteure. En effet, Mama Cass a longtemps été amoureuse de Denny Doherty, membre des Mamas and Papas, qui n'avait d'yeux que pour leur collègue Michelle Philipps. 

Mama Cass réinventée

Pénélope Bagieu consacre chaque chapitre de California Dreamin' à une personne ayant croisé de près ou de loin la route de Mama Cass. Chacun d'entre eux se fait tour à tour narrateur du destin de cette fille d'épicier qui se rêve star de comédie musicale. "Je trouvais ça intéressant de tourner autour d'elle avec des petites lumières, justifie Pénélope Bagieu. Varier les points de vue permet de faire parler ses parents, mais aussi, des gens qui ne l'aimaient pas, comme John Phillips (l'un des membres des Mamas and Papas, marié à Michelle). Ça permet aussi de montrer qu'elle avait un besoin d'exister très fort." 

Je n'ai pas dessiné la vraie Mama Cass

Pénélope Bagieu
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Sous le crayon de Pénélope Bagieu, Mama Cass devient une femme fatale assumant ses formes, au regard de biche et au sourire en coin. "Je n'ai pas dessiné la vraie Mama Cass, reconnaît Pénélope Bagieu. Je l'imaginais entourée de plein de mecs. J'ai lu qu'elle avait des tenues de scène sur mesure, je l'imaginais donc à minauder, en séductrice assumée." On observe la chanteuse sous différents états : amoureuse, désespérée, épanouie et sous drogues. Décédée à 32 ans d'une crise cardiaque, elle a écumé les soirées "peace and love" de l'époque. 

"Il faut adorer son personnage principal, c'est la règle d'or quand on écrit une bande dessinée, affirme Pénélope Bagieu. J'adore Ellen, elle aurait pu être ma meilleure copine. Il faut que les gens aient cette même impression en terminant mon livre." 

L'Amérique au crayon à papier

C'est la première fois que Pénélope Bagieu dessine une période éloignée. Ses bande dessinées sont normalement très ancrées dans le présent. Elle a donc dû mener un intense travail de recherche iconographique. "C'était la partie vraiment super du travail, se souvient-elle avec enthousiasme. Quand je fais un saut dans le temps, je le suggère par le mobilier, les voitures, les coiffures, les looks."

Pour être la plus précise possible et éviter l'anachronisme, Pénélope Bagieu s'est passionnée pour les archives du magazine photo américain Life, disponibles en ligne. "Ce sont des époques belles à dessiner et il ne faut pas que les détails paralysent l'auteur", assure la Parisienne de 33 ans. Elle a aussi adoré dessiner New York : "C'est une ville tellement graphique. Dès qu'on la voit, on a envie de la dessiner." 

J'ai voulu truffer 'California Dreamin' de vrais éléments historiques

Pénélope Bagieu

California Dreamin' est également parcouru d'événements clés de la pop-culture américaine, comme le premier passage à la télévision des Beatles là-bas, chez Ed Sullivan. "J'ai aussi voulu truffer l'histoire de vrais événements historiques, comme la mort de Kennedy", raconte Pénélope Bagieu. Mama Cass, qui a joué avec des musiciens noirs en pleine période de ségrégation, s'effondre à l'arrière de son bus de tournée en apprenant la nouvelle.  

Dessiner au crayon à papier oblige à plus de spontanéité

Pénélope Bagieu

L'auteure ne s'est d'ailleurs pas facilité la tâche en décidant de tout dessiner à main levée, au crayon à papier et en n'utilisant Photoshop que pour modifier le niveau de gris. Une première pour elle : "J'aime me trouver un défi pour chaque bande dessinée. Faire un livre prend deux ans et il faut un combustible pour ne pas se lasser en route, estime Pénélope Bagieu. Je me doutais que ça allait être un cauchemar en terme de temps. Mais ça permet d'être mobile et ça oblige à plus de spontanéité. Pour cela, j'ai fait mon deuil de la précision. Il faut aussi imaginer sa page en amont et être sûre de soi avant de la commencer.

Pénélope Bagieu planche déjà sur la suite, avec deux nouvelles bande dessinées. La première est un "polar assez poétique" qui se passe dans le New York des années 30, écrit avec le scénariste Timothée de Fombelle. La seconde est une "espèce de petit reportage au Crazy Horse". D'ici là, Cadavre Exquis vient de sortir aux États-Unis, et cela sera bientôt le cas de California Dreamin'.

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