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"Spécial investigation" : les informations hallucinantes à retenir de l'émission au cœur d'une cellule jihadiste

Un journaliste a infiltré une cellule jihadiste française liée à Daesh pendant 6 mois et a tout filmé grâce à une caméra cachée.

Image de propagande de l'État islamique diffusée dans "Soldat d'Allah", un documentaire au cœur d'une cellule jihadiste
Image de propagande de l'État islamique diffusée dans "Soldat d'Allah", un documentaire au cœur d'une cellule jihadiste Crédit : Capture d'écran
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Ils s'appellent les "Soldats d'Allah". Une bande de jeunes Français originaires de Chateauroux, paumés et sans ambition future hormis celle de mourir en martyr, ont prêté allégeance au groupe terroriste Daesh. Un journaliste, Saïd Ramzy (son nom a été changé), a infiltré leur cellule pendant 6 mois. Toutes ses rencontres ont été enregistrées grâce à une mini caméra cachée. Le tout diffusé lundi 2 mai sur Canal + dans un épisode de Spécial investigation passionnant et terrifiant où des mots comme Kalachnikovs sortent au beau milieu d'un restaurant McDonald's. C'est le paradoxe de cette pensée qui rejette le monde occidental tout en bavant devant la sauce Big Mac. 

"Les salafistes et les daeshiens se détestent". C'est l'une des premières affirmations - à nuancer - du journaliste, qui a d'abord fréquenté des mosquées où il a croisé "beaucoup de barbes", mais "pas de terroriste". Selon lui, les terroristes en herbe sont en réalité "en conflit contre les imams et la majorité des mosquées de France, trop modérées". Le journaliste explique qu'il est lui-même musulman, la religion de son père, et qu'il est le profil type de tout ce que Daesh déteste. Et s'il a voulu les infiltrer, c'est pour "savoir ce que ces jeunes ont dans la tête, ce qui les pousse à tuer et à vouloir mourir".

Un plan d'attaque pour faire le maximum de dégâts humains

Dans le reportage, le journaliste, qui se fait appeler Abou Hamza, reçoit une lettre en main propre. À l'intérieur, les "consignes de l'État islamique à Raqqa pour l'opération que Oussama doit mener en France". Oussama, c'est l'émir des Soldats d'Allah, celui qui l'a recruté sur Facebook et que l'on suit tout au long du reportage. La cible de l'attaque : "Boîte de nuit dans Paris ou cabaret". Mais ce n'est pas tout. Si les consignes manquent de précision quant à la date, le lieu et le nombre de participants, le déroulement est, lui, bien ficelé pour faire en sorte de causer le plus de dégâts humains possible.

Ainsi, la lettre manuscrite propose de placer "un ou deux kamikazes à l'intérieur". Ils devront attendre que la salle se remplisse pour "passer à l'acte". Ensuite, "les frères qui seront dehors armés tueront tout le reste de viande impure et se planqueront jusqu'à ce que la police et les militaires soient sur place". Une ou deux personnes, armées et chargées d'explosifs, devront s'occuper des forces de l'État. "On tire jusqu'à la mort, mes frères", conclut la lettre. 

Telegram, le réseau social du jihad

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Pour s'organiser, se parler, échanger les informations, les apprentis jihadistes n'utilisent pas seulement du papier intraçable. Heureusement pour eux, il existe des moyens plus modernes tels que les réseaux sociaux et un en particulier : Telegram. Particulièrement utile, l'État n'ayant pas accès aux informations des utilisateurs ni aucune discussion.

De quoi laisser libres les "frères", comme ils s'appellent, de discuter en toute tranquillité d'armes, de départs en Syrie et des vierges promises au Paradis comme faire des appels d'attentats en France. Ce qui ne semble pas émouvoir le PDG de l'application mobile. Sa ligne de défense : la liberté de chacun et surtout de ses utilisateurs, et tant pis si le réseau social leur facilite la vie. 

Des mariages en 3 minutes par téléphone

"Les Daeshiens se marient par téléphone pour éviter tout contact avec les hommes", explique Abou Hamza. Une phrase qui illustre une série d'images hallucinante. Une scène difficilement imaginable sans ce témoignage : une bande de quelques jeunes sont assis dans l'herbe. L'un d'eux est au téléphone avec une jeune femme et est en train de la marier à l'un de ses camarades à côté de lui. 

Un mariage par téléphone, donc, en à peine quelques minutes. Les deux époux en devenir ne semblent pas se connaître, ni même s'être déjà vus. Elle est sûrement en Syrie ou en Irak, dans les rangs de Daesh. "Ça y est, t'es marié", félicite finalement l'interlocuteur après avoir raccroché. Cris de joie et accolades.

Google Translate, l'arme de la police pour traquer le jihad sur Twitter

Alors que les évolutions technologiques, et notamment Internet, facilitent grandement la vie des jihadistes, d'autres se contentent de ses outils les plus primaires. Comme c’est le cas dans le centre de cybercriminalité de la gendarmerie nationale où ils ne sont qu'une dizaine pour traquer les terroristes potentiels sur Twitter.

Pourtant, ce n'est pas le nombre de personnes mobilisées qui étonne le plus mais l'absence totale de personnel arabophone qui pourrait aider à décrypter les postes écrits en arabe. Comment font-ils ? Ils utilisent simplement Google Translate et sa "traduction de qualité approximative", admet le colonel Nicolas Duvinage. "Ça pourrait être mieux d’en avoir (des personnes comprenant l'arabe, ndlr) mais encore une fois, nous ici on se contente de ce qui est visible sur Internet", argumente-t-il encore.

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Spécial Investigation : Les autorités traquent les contenus djihadistes grâce à… Google Translate (vidéo) Durée : |

Vierges et chevaux "faits d'or et de rubis" les attendent au Paradis

L'un des sujets récurrents dans la bouche de ces jeunes "perdus", selon le journaliste de Spécial investigation, ce sont les vierges qui les attendent de l'autre côté, au Paradis. Les "houris" reviennent plusieurs fois dans le reportage au centre des préoccupations de plusieurs jeunes. Il n'y a pourtant pas que les vierges mais aussi, selon le jeune recruteur, des chevaux ailés : "Tu auras ton cheval à côté de toi qui sera fait d'or et de rubis. Je te jure, je ne dis pas des bêtises. Tu pourras monter dessus. Il aura des ailes. Tu iras où tu veux". 

Saïd Ramzy est donc resté 6 mois au cœur d'une cellule de jeunes jihadistes passionnés par les femmes et les armes. Et malgré le message qui l'a poussé à battre en retraite ("T'es cuit mec"), il affirme ne plus avoir "peur d'eux", en expliquant que pendant tout ce temps, il n'a "pas vu d'islam. Juste des jeunes perdus sur lesquels la vie pesait trop lourd". 

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