4 min de lecture Mode

Sexiste, compétitif, abusif... L'univers de la mode vu par les mannequins

Derrière le glamour et les paillettes, l'industrie de la mode peut se révéler sans pitié. Sexisme, abus et discriminations peuvent devenir le quotidien des jeunes mannequins.

Cara Delevingne défile pour la collection Printemps / Été 2015 de Fendi, lors de la Fashion Week de Milan
Cara Delevingne défile pour la collection Printemps / Été 2015 de Fendi, lors de la Fashion Week de Milan Crédit : TIZIANA FABI / AFP
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

Magazines de mode, publicités des plus grandes marques de luxe, collections les plus abordables... La mode vend du rêve. Entre beauté, jeunesse et minceur, les standards restent souvent les mêmes d'un cliché à l'autre. Avec les réseaux sociaux, les mannequins des papiers glacés semblent plus proches que jamais. Comme Cara Delevingne, ces jeunes femmes ou jeunes hommes partagent leur quotidien, de soirées privées en coulisses de défilés ou de séances photo. Ils publient leurs autoportraits garantis sans maquillage ni retouches Photoshop ou exposent leur déjeuner riche en graisses et calories. Mais derrière ces images, la réalité peut parfois avoir une toute autre saveur. 

La dernière personne en date à s'être exprimée sur le sujet est le mannequin britannique Cara Delevingne. La jeune femme de 23 ans assure dans une interview accordée au Times Magazine que le monde de la mode est "horrible et dégoûtant". 

"J’ai eu le psoriasis (une maladie inflammatoire de la peau, ndlr) (...) Ce n’était pas pour un seul défilé. C’était pour tous les défilés. Les gens mettaient des gants et ne voulaient pas me toucher parce qu’ils pensaient que c’était la lèpre ou quelque chose comme ça", raconte-t-elle. En coulisses, Cara Delevingne ajoute qu'on recouvrait ses plaques rouges de maquillage avant de défiler sur les podiums. 

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La mode et le sexisme, deux univers compatibles

L'actrice de La Face cachée de Margo attaque également cette industrie qu'elle juge beaucoup trop sexiste. Un discours qui fait écho à la dernière intervention d'une autre actrice britannique. Emma Watson a en effet étendu au monde de la mode sa campagne HeForShe. Lancée l'année dernière, elle a pour but de promouvoir l'égalité des sexes dans le monde. 

Dans la mode, je pense qu'il y a encore beaucoup de racisme et de sexisme

Emma Watson
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"J'ai de grands espoirs en ce qui concerne l'égalité des genres dans l'industrie de la mode. J'ai vu quelques étapes de franchies... mais je pense qu'il y a encore beaucoup de racisme et de sexisme", déclare-t-elle dans une vidéo promotionnelle. 

L'abus de pouvoir des photographes

Dans une industrie sexiste, menée en majeure partie par des hommes, il n'est pas rare de rencontrer des photographes qui abusent de leurs pouvoirs. Le scandaleux Terry Richardson est l'un des exemples les plus frappants de ce type de pratiques. Les frontières entre ce que désire ou pas faire un mannequin, lors d'une séance photo, sont alors brouillées. Plusieurs femmes ont notamment témoigné du comportement abusif du photographe américain, accusé d'agressions et de harcèlements sexuels. 

Jennifer Wright et Jamie Peck ont toutes les deux fait le portrait d'un personnage manipulateur qui n'hésite pas à se déshabiller en même temps que ses modèles pour les immortaliser. "Je me souviens d'avoir fait ces choses", a raconté Jamie Peck l'année dernière. "Mais en même temps, c'était comme si j'étais en train de regarder quelqu'un d'autre le faire, quelqu'un qui ne pouvait pas être moi parce que jamais je ne toucherai le pénis d'un effrayant photographe", a ajouté la femme pour expliquer que Terry Richardson l'avait forcée à le toucher. 

Le principal concerné s'est défendu dans un article publié dans le Huffington Post en déclarant qu'il ne collaborait qu'avec "des femmes majeures et consentantes, complètement au courant de la nature de son travail".

L'anorexie, le fléau des mannequins

"Je connais beaucoup de belles femmes qui font du 34 et qui sont naturellement comme ça. Mais dire que c'est la seule forme de beauté qui devrait être montrée n'est pas réaliste et fait du mal à la société", explique le mannequin Leah Kelley dans la bande-annonce du documentaire Straight/Curve. Heather Hazzan, une autre modèle, raconte comment elle a développé un trouble de l'alimentation pour conserver sa taille 34. Une exigence imposée par beaucoup de maisons de couture et de marques. Mais aussi une pression professionnelle qui s’apparente à un véritable fléau, malgré les récentes lois visant à réglementer la taille et le poids des mannequins sur les podiums des défilés. 

Georgina Wilkin a d'ailleurs abandonné son métier après avoir été égérie Prada. "En fin de compte, ma carrière a duré 3 ans et je suis ensuite restée anorexique pendant 8 ans. Je suis toujours en train de me battre contre ça aujourd'hui", confie-t-elle au Telegraph

Un milieu compétitif

À première vue, les mannequins paraissent amis et soudés dans les coulisses des défilés. Mais lorsqu'il s'agit de vivre en communauté, le quotidien peut se révéler très vite insupportable. La photographe Hadley Hudson s'est invitée chez des modèles femmes et hommes pour capturer leurs portraits et recueillir leurs témoignages. "Emménager dans une colocation avec des mannequins était une drôle d'expérience, raconte Raquel à Hadley Hudson. On était huit filles dans un deux-pièces. J'ai vu à peu près tout : toutes les habitudes bizarres des mannequins et les troubles alimentaires qu'on leur prête, les gros creeps qui nous appelaient en permanence." 

La veille de mon entretien avec une agence, mon coloc a glissé des piments rouges dans ma taie d'oreiller

Charlie, un mannequin
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Charlie confie à la photographe que le milieu pouvait être très compétitif, à l'intérieur même d'une colocation. "La plupart des mannequins ont besoin de l'attention des autres pour survivre et cet univers devient parfois très compétitif. La veille de mon entretien avec une agence, mon coloc a glissé des piments rouges dans ma taie d'oreiller. Mon visage a enflé et je n'ai pas eu le contrat".

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2015-08-18 17:26:00
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