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Isabelle Morini-Bosc : " Quand des témoignages "passe-partout" appauvrissent le reportage"

ÉDITO - Un intervenant allemand s'est exprimé dans le journal de "TF1" sur ce que l'on ressent aux derniers moments de sa vie. Ce témoignage n'apportait rien à l'enquête complète de la Une sur le crash.

Vue générale du massif des Trois-Evêchés depuis le village d'Allos, dans les Alpes-de-Haute-Provence, où s'est crashé l'Airbus A320 de la compagnie allemande Germanwings le 24 mars 2015, tuant 150 personnes.
Vue générale du massif des Trois-Evêchés depuis le village d'Allos, dans les Alpes-de-Haute-Provence, où s'est crashé l'Airbus A320 de la compagnie allemande Germanwings le 24 mars 2015, tuant 150 personnes. Crédit : ROBERT PALOMBA / ONLY FRANCE / AFP
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

Il était sympathique, ce retraité allemand qui expliquait avec force détails dans le "jité" de TF1 ce que l'on ressent aux derniers instants de sa vie, au moment très précis où on voit défiler son existence. Le parapluie dans une main, il mimait de l'autre "la vie s'achevant brutalement". À l'aise dans l'exercice. Sur quoi l'interrogeait-on? Sur ce qu'avaient dû éprouver les 149 malheureux passagers de l'Airbus A320 peu avant le "crash-suicide" dans les Alpes.

Mais qui était-il pour en parler avec autant d'assurance ? Un medium ? Avait-il vécu cette expérience "de vie au-delà de la mort" racontée par ceux qui sont restés un certain temps, voire un temps certain, dans le coma ? Pas du tout. Ce monsieur attachant s'exprimait parce qu'on lui tendait le micro. Tout simplement. Répétant ce qu'il avait lu ici ou là sur le sujet. Et c'était perturbant, cette intervention au milieu d'une bonne enquête tristement complète.

Ce reproche n'est pas adressé à "TF1"

Quelle en était la valeur ajoutée ? Aucune. Ça lui en ôtait plutôt. Et c'est de plus en plus fréquent que des témoignages "passe-partout" appauvrissent le reportage "vécu" qu'ils sont supposés enrichir. Voile le "vulgarisent" au mauvais sens du terme. Ce reproche n'est d'ailleurs pas adressé à TF1, mais aux journalistes. Or donc à nous. Nous qui préférons souvent un "ajout" moyen à pas d'"ajout" du tout. Nous avons tort.

Par exemple, en cas de fait divers dramatique, quand nous tendons le micro à des badauds compatissants "écrasés de chagrin" (sic) par un drame qui nous touche tous mais qui n'est arrivé qu'à quelques-uns. C'est humain, mais c'est oublier qu' il y a une "échelle de richter de la souffrance". Le proche de victime, qui "vit" sa douleur comme un "arrache-cœur", n'est pas au même niveau d'horreur que celui à qui on la raconte, et qui la vit par procuration. Respecter cet écart de douleur, c'est déjà rendre hommage aux victimes.  

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