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Isabelle Morini-Bosc : "La détresse des soignants, dommage collatéral du 13 novembre"

ÉDITO - Un hommage à Karim, un médecin qui a choisi de continuer à exercer son métier malgré des épreuves difficiles. Il a de nouveau été confronté à l'horreur lors des attentats du 13 novembre.

Après les attentats du 13 novembre à Paris, quelques 2.200 demandes d'indemnisations de victimes ont été déposées
Après les attentats du 13 novembre à Paris, quelques 2.200 demandes d'indemnisations de victimes ont été déposées
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

Août 2010. Dans mon agenda téléphonique, j'écris, "Karim, médecin". Suit son numéro de portable. Je rentre alors de la course Pékin Express qui, cette fois encore, ne se déroule pas en Chine mais en Inde. Mon binôme Christian Califano m'accompagne, ce rugbyman qui ne m'a jamais plaquée. Ni au sol, ni amicalement. Mais le plus beau souvenir que je rapporte de cette aventure, c'est Karim. Il était le docteur bienveillant qui, sur place, a soigné avec indulgence petits bobos et grands égos des candidats.

Aujourd'hui, j'ai la fierté de constater que nous sommes toujours amis, même si nos professions font que nous nous voyons peu. Nos professions mais aussi, hélas, les événements. J'ai en effet une pensée toute particulière pour lui en ce jour d'obsèques nationales. Karim fait en effet partie de ces hommes et ces femmes qui ont tout fait pour que, quelque épouvantable que le bilan soit, il ne soit pas plus lourd encore. Plus que jamais marqué par ces vies qu'il a senties partir. Lui et d'autres praticiens ont pourtant, à force de lutte et de dents serrées, repris des vivants que la mort croyait avoir gagnés.

D'ordinaire, outre le fait de veiller parfois en coulisses à la sécurité médicale de personnalités présentes sur des plateaux de télé, Karim travaille en effet surtout avec le Samu, dont le drame humain est le quotidien. Il est ainsi régulièrement amené à travailler également avec la police. Il était d'ailleurs l'ami du jeune policier "fracassé" à bout portant en janvier dernier. Ça ne l'a pas rendu plus haineux, simplement plus triste. Plus combatif aussi contre le "mal". Quelque forme qu'il prenne.

Regarder quelques instants l'horreur absolue

Il y a quelques mois, il est parvenu à neutraliser un jeune agresseur qui l'accusait, lui, Karim, de trahir ses "frères" en pactisant avec les flics. Ce faisant, il n'a pas vu le complice qui, muni d'un marteau, lui a défoncé le crâne. Karim a fini par survivre. Il aurait pu prendre la porte, il a repris le travail. Il aurait pu se barder de haine, il a choisi de continuer à ne pas se tromper de coupables. À seulement haïr ceux qui sont haïssables. C'était déjà le cas avant. Il s'obstine simplement à réfléchir "encore plus", Karim. À tout. Par exemple à la nécessité ou pas, de montrer des images choc nous laissant choqués. Et parfois il se répond que "oui".

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Oui à l'obligation de savoir regarder quelques instants l'horreur absolue. L'horreur virtuelle qu'on nous raconte, n'est pas l'horreur qui se sent et se ressent quand on la voit "en morceaux" sur une scène de crime pas encore nettoyée. Ce pire du pire là, il l'a vécu avec le personnel hospitalier après le vendredi 13 novembre. Et au-delà de ce qu'il décrit avec pudeur et réserve, on comprend que tout a été plus terrifiant que la guerre. Sur le terrain, le soldat ne s'attend-il pas à être blessé ? Tout comme l'habitant d'une zone bombardée ? Rien à voir dès lors avec ces êtres fauchés alors qu'ils étaient sans méfiance donc "désarmés" à tous les sens du terme. D'où, cauchemar collatéral, la détresse de soignants marqués à vie dans leur fil des jours. C'est pourquoi cohabitent aujourd'hui dans mon cœur les victimes et tous les Karim prêts à se sacrifier pour elles. Merci.

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