3 min de lecture Isabelle Morini-Bosc

Isabelle Morini-Bosc : "L'État fait un enfant dans le dos de France Télévisions ?"

ÉDITO - Depuis fin 2016, les publicités sont interdites dans les programmes juniors des chaînes du groupe France Télévisions. Une loi qui pose question à la journaliste Isabelle Morini-Bosc.

Pour Isabelle Morini-Bosc, l'interdiction des publicités dans les programmes pour enfant pose question
Pour Isabelle Morini-Bosc, l'interdiction des publicités dans les programmes pour enfant pose question Crédit : AFP
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

C'est peu de dire qu'on a fait un enfant dans le dos de la télévision publique en interdisant toute publicité dans ses programmes jeunesse ! Petit rappel des faits ? Depuis le vote de la loi fin décembre 2016, plus aucun spot n'est en effet autorisé dans le secteur "junior", comme je l'ai vérifié hier matin en restant figée devant les dessins animés de France 3 et France 4. Il y avait en revanche des "réclames à la louche" en face sur M6, TF1 et leurs petites sœurs.

Normal pour des "privées", justement privées de redevance. La logique des choses est donc respectée à première vue. On peut toutefois y regarder de plus près, et s'attarder sur cette situation qui occupe et préoccupe plus d'un observateur raisonnable et raisonneur. Que TF1 et M6 diffusent des pubs, on le répète, rien de plus nécessaire. Tout le mal qu'on leur souhaite étant de pouvoir en proposer davantage encore, dans un contexte commercial difficile. Ce contexte rend d'ailleurs compréhensible le fait qu'elles se réjouissent, elles, du "coup d'arrêt des promos" dans les émissions "publiques". 

Pourquoi arrêter la publicité dans le secteur junior ?

Comme dit l'autre, parfois il ne suffit pas d'être heureux, il faut encore que les autres ne le soient pas ! Tout au moins en période de "crise-profonde", où ce qui est donné à l'un est retiré à l'autre. Reste maintenant à considérer la situation de France Télévisions. Elle peut laisser perplexe un observateur aussi neutre qu'un savon anallergique. Bien sûr que dans un monde idéal, la redevance devrait suffire à faire marcher ce groupe, à l'exclusion de toute aide. Bien sûr qu'il y a par ailleurs des économies drastiques à exiger, voire des sanctions à prendre. 

Mais après avoir dit tout cela, on a le droit de sortir de sa réserve pour en émettre... des réserves. On peut ainsi d'abord s'agacer qu'un sénateur écolo soit à l'origine de cette mesure. L'arrêt de la pub', quel rapport avec la choucroute et la protection de l'environnement ? Les Verts nous ont certes habitués à préférer la politique aux arbres mais franchement, "de quoi je me mêle?". D'autant qu'il y avait dans ces tranches-là de nombreux messages pédagogiques prônant l'hygiène de vie, façon: "Évitez de grignoter entre les repas", "mangez au moins 5 fruits et légumes par jour". 

Le groupe France Télévisions privé de 20 millions d'euros par an

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Rien à voir par exemple, si on voulait vraiment polémiquer, avec la cruauté d'un clip de Canal + où des cuisiniers déchargent des caisses de jouets animés, puis en déversent plein de figurines ou d'Action Man qu'ils attrapent, démembrent ou râpent avant de les passer à la casserole. Là, il eut peut-être fallu en faire "tout un plat". Mais rien de tel à déplorer sur le service public. Cette loi aurait donc été décidée par principe ? On n'est dès lors pas loin du sabotage industriel. Car enfin, a déjà été refusée l'augmentation d'un euro pour la redevance 2017, alors que la nôtre est la plus basse d'Europe. 

S'ajoute à cela un État actionnaire ne tenant pas ses promesses côté subventions. L'État a dit, l'État a menti ! Moins il donne, moins il a envie de donner ! Or ce coup d'arrêt de la "pub jeunesse" va priver France Télévisions de quelques 20 millions d'euros par an, 17 "de pub" et 3 en coût de "programmes palliatifs". Était-ce donc si urgent de voter une mesure si peu... mesurée ? Dans un secteur où on parle volontiers d'assiette budgétaire, on peut craindre que le service public soit encore moins... dans son assiette.

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