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Isabelle Morini-Bosc critique la fièvre "macronienne" de la télévision

ÉDITO - Alors que se multiplient les documentaires et les émissions sur Emmanuel Macron, Isabelle Morini-Bosc voit d'un œil critique cette profusion de programme concernant le nouveau président.

Emmanuel Macron le 7 mai 2017
Emmanuel Macron le 7 mai 2017 Crédit : AFP / Patrick KOVARIK
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

Il faut se faire une raison, cette semaine la télévision est macronienne, ou macrononienne, comme vous voulez, et en plus macronophage, voire macronophile. À vous rendre macronophobe par surdose. Cette abondance d'images sur Emmanuel Macron se justifie évidemment si on en croit le dicton populaire qui affirme qu'il faut "battre le fer (ou plutôt le fier) quand il est chaud". Cela veut dire, en langage clair, qu'il faut parler encore plus de ce dont on parle déjà beaucoup, et encore plus de ce qui fait parler. C'est de bonne guerre médiatique. 

Et puis, quelle matière première : ça ne se voit pas tous les jours, un "rastignac-mais-plus-que-ça" qui épouse sa professeur (une sorte d'affaire Russier qui se termine bien), et qui devient à 39 ans un président sans rides qu'on espère aussi sans taches. Avec en plus un regard-bleu-matin-de-printemps, à faire fondre une Angela Merkel ou la fille de Trump (pour le père, ça risque d'être plus dur). Il était donc inévitable que les chaines dégainent immédiatement des reportages se préparant en coulisses depuis des mois sur le nouveau locataire de l'Elysée. Bravo pour leur réactivité, aux nombreux qui ont eu l'autorisation de tourner, et tant pis pour l'opportunisme accompagnant ces opportunités.

"On a toutes besoin d'un Macron chez soi"

Isabelle Morini-Bosc
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Commençons par lundi. Le reportage de France 3 ? L'excellente suite du précédent, diffusé il y a quelques semaines. Celui de TF1 en face à la même heure? Un excellent long-métrage à forte teneur en anecdotes lui aussi. J'ai été émue par la façon dont l'"homme-en-marche" parlait au jeune handicapé-moteur et je veux justement croire, à propos de "moteur", qu'il avait alors oublié la caméra. 

Emmanuel Macron, incroyable analyste

Il y avait également le quota et le comptant de séquences "désopilantes". Je n'ai jamais vu personne recevoir avec autant de bonne humeur un œuf cru sur la tête, qui plus est lancé à pleine volée. Et n'omettons pas la scène du portable. Vous savez, celle où Emmanuel Macron (toujours lui) rit parce qu'il l'a oublié "dans un autre manteau." C'est simple, j'ai cru entendre mon mari (ça crée des liens !). J'ai l'air d'ironiser mais c'était en fait un vrai documentaire. Tout au plus pouvait-on regretter une certaine absence de "distance", à tous points de vue. À la dernière image, on était nombreuses à quasiment vouloir l'adopter ! Façon "on a toutes besoin d'un Macron chez soi". 

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Le seul reportage que je vous conseille en fait désormais, c'est celui que propose demain Envoyé Spécial. Là aussi on y voit notre "présidentiable" filmé durant six mois par Bertrand Delais (le professionnel qui le connait le mieux) mais avec là un vrai plus : le "pas-encore-président" commente tout ce qui a été dit sur lui et c'est "jubilatoire". On y découvre un incroyable analyste qui a toujours deux coups d'avance (il avait anticipé les comportements de tous, Fillon inclus), qui "dissèque" tout  avec une franchise joyeuse et cynique. Évoquant par exemple le nombre invraisemblable de couvertures sur son couple et lui, il déclare (de mémoire) : "que voulez-vous, je fais vendre et en plus, les gens ne lisent pas les articles, ils regardent seulement les images et les titres." 

Dans "Envoyé Spécial", l'ambiguïté d'Emmanuel Macron

Revenant également sur son hurlement de sioux fatigué en fin de discours à Paris en décembre 2016, il constate avec satisfaction que "Comme tout le monde a propagé ces quelques minutes, c'est incroyablement efficace". On le découvre aussi parfois "suavement cassant", quand il qualifie de "ballots" ou de "ricaneurs" ceux qui le tournent en dérision. Ce reportage a en fait quelque chose d'une oeuvre en 3D, elle lui redonne toute sa pulpe, sa dimension, avec sa part d’ambiguïté et de certitude. Comme il sait où il va, et bien il y va ! 

J'espère seulement que ces 64 minutes de plus, ne seront pas perçues comme 64 minutes de trop, après les deux pavés de lundi, le film de France 5 mardi et le Pièces à conviction de France 3 ce soir. On le redit, cette profusion est logique, c'est la folle conclusion d'une année folle mais comme dit l'autre, "quand on est gavés, on n'a "plus envie d'en prendre". J'espère que demain, ils auront de nouveau envie : Avec cet Envoyé Spécial, ils ne resteront en effet pas sur leur faim.

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