4 min de lecture Canal+

Grève à iTélé : la fin amère d'un long combat pour les journalistes

REPLAY - INTERVIEW - Retour de Morandini à l'antenne, mise en place d'une charte d'éthique, nomination d'un directeur délégué pour garantir leur indépendance... Les grévistes d'iTélé n'ont pas vu toutes leurs revendications satisfaites.

micro generique Clics à la une La rédaction de RTL
>
Clics à la une du 16 novembre 2016 Crédit Image : PHILIPPE LOPEZ / AFP | Crédit Média : Aymeric Parthonnaud | Durée : | Date : La page de l'émission
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Le 16 novembre, le mouvement de grève des salariés de iTélé a pris fin, après 31 jours de lutte acharnée. La rédaction a finalement voté pour la reprise du travail (à l'unanimité, contre 2 abstentions), après la signature d'un accord avec la direction de Canal+, à qui appartient la chaîne d'information en continu. Les grévistes n'ont pas vu toutes leurs demandes satisfaites. "Le protocole d'accord ne résout pas tout", regrette Antoine Genton, président de la SDJ et porte-parole principal du mouvement de grève, auprès de RTL.fr. 

Les réclamations des grévistes tournaient autour de 3 points principaux. D'abord, le retrait définitif de Jean-Marc Morandini de l'antenne. L'animateur est empêtré dans des accusations de corruption de mineurs. Ensuite, de nouvelles mesures pour garantir l'indépendance de la rédaction d'iTélé vis-à-vis du groupe Bolloré, patron de Canal+. Enfin, plus de moyens pour une chaîne en pleine transformation.

Jean-Marc Morandini restera à l'antenne

Le déclencheur de ce mouvement a été l'arrivée de Jean-Marc Morandini à l'antenne d'iTélé le 17 octobre, dans une nouvelle émission de "hard news", en fin d'après-midi. Elle est survenue quelques semaines à peine après la publication d'une enquête très à charge des Inrockuptibles à son encontre.

L'animateur a été accusé par le magazine d'avoir envoyé des mails demandant des faveurs sexuelles à des mineurs, sous une fausse identité, dans le cadre de castings pour sa websérie Les Faucons. Les Inrockuptibles ont aussi réuni des témoignages stipulant que Jean-Marc Morandini a abusé sexuellement de jeunes hommes dans les années 2000, faisant passer, à l'époque, des castings pour le site Génération Gay. Fin septembre, l'animateur avait été mis en examen pour corruption de mineur.

À lire aussi
Kad Merad dans "Baron noir" séries
"Baron noir" n'aura finalement pas de saison 4

Mais Jean-Marc Morandini ne sera pas congédié d'iTélé. Il reviendra à l'antenne, comme l'avait prévu la direction, qui avait suspendu son émission le temps de la grève. Mais on ignore encore quand. L'accord prévoit simplement que son travail sera "encadré", et les salariés ne souhaitant pas travailler avec lui ne seront pas sanctionnés, a annoncé sur place Antoine Genton, l'un des visages les plus connus d'i-Télé.

Un peu plus d'indépendance et de séparation des pouvoirs

La rédaction d'iTélé réclamait également la garantie de son indépendance. Cela passait d'abord par la rédaction d'une nouvelle charte d'indépendance, et la mise en place d'un nouveau comité d'éthique. Le CSA a appuyé la deuxième demande, dans une double mise en demeure publiée le 3 novembre. La direction s'est engagée sur ces 2 points. Elle est de toute façon forcée par la législation : la prochaine entrée en vigueur de la loi Bloche obligera toutes les rédactions à avoir une charte d'éthique.

Les grévistes souhaitaient aussi moins de concentration de pouvoir dans les mains de Serge Nedjar. Ancien de Direct Matin et proche de Bolloré, il cumule les casquettes de directeur de la chaîne et de directeur de la rédaction. Maxime Saada, directeur général de Canal+, a annoncé la nomination prochaine d'un "directeur de l’information délégué", "garant de l'indépendance" d'iTélé vis-à-vis du groupe Bolloré.

Le groupe avait pour projet la création d'une entité appelée "news factory", basée dans les locaux d'iTélé, où aurait déménagé la rédaction de Direct Matin, quotidien gratuit appartenant à Bolloré. La perspective de ce rapprochement inquiétait iTélé, qui y voyait un risque de main-mise de Vivendi, dont l'actionnaire principal n'est autre que le groupe Bolloré. Sur ce sujet, les grévistes ont obtenu gain de cause : les équipes resteront distinctes.

Une rédaction désertée et en manque de moyens

Si iTélé devrait gagner en indépendance, avec quels journalistes va-t-elle le faire ? C'est une véritable hécatombe qui frappe son équipe. Rien que ce 16 novembre, une vingtaine de départs ont été annoncés, dont de grandes figures de l'antenne, comme Jean-Jérôme Bertholus, Olivier Le Foll, Florent Peiffer, Philomène Rémy, Guillaume Auda et Léa Barracco. Leurs noms s'ajoutent à la longue liste des démissionnaires de ces dernières semaines, reporters ou rédacteurs en chef. Sur Twitter, les journalistes ont été nombreux à exprimer leur profond désarroi. 

Autre concession de la part de la direction : les conditions de départ. Les salariés d'iTélé auront la possibilité de partir avec deux mois d’ancienneté, et un plancher a été fixé à six mois pour les moins anciens. En juin dernier, la rédaction avait voté une motion de défiance envers la direction, et avait assuré 4 jours de grève à l'annonce d'un plan social. L'inflexibilité de la direction face au maintien de Morandini à l'antenne, et ses "nombreuses plages de silence", selon les mots d'Antoine Genton, peuvent faire penser que les journalistes ont subi ni plus ni moins qu'un autre plan social, mais déguisé cette fois. "Certains, au sein de la rédaction, le pensent", indique Antoine Genton à RTL.fr. "Il faudra attendre le décompte du mois de décembre pour constater les conséquences des actions de la direction".  

D'autant que les moyens d'iTélé seront réduits. "Il va falloir qu’on dépense moins et je ne sais pas encore comment", déclare Maxime Saada auprès du Monde. iTélé enregistre, selon Vivendi, 25 millions d'euros de pertes par an pour un budget de 60 millions. Un énorme défi l'attend : sa transformation en CNews, tout comme D8 est devenue C8.

Pour dissiper les inquiétudes, il faut du dialogue, réinstaurer la confiance. Elle a été pas mal amochée

Antoine Genton, président de la SDJ d'i-Télé
Partager la citation

"Pour dissiper les inquiétudes, il faut du dialogue, réinstaurer la confiance. Elle a été pas mal amochée", affirme Antoine Genton auprès de RTL.fr. Dans les semaines à venir, il est prévu de "discuter de l'application de la loi Bloche". "Il faudra continuer à être vigilant", insiste le journaliste. Il affirme que "l'état d'esprit est toujours combattif, avec l'envie d'avancer et de continuer".

Face à la position dominante de BFM TV, et la montée de LCI, qui a en partie bénéficié de la grève, la chaîne doit se réinventer pour survivre.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Canal+ Vincent Bolloré Télévision
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants