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Christine Ockrent ne veut plus être ramenée au statut de "femme de"

Christine Ockrent devrait devenir la directrice générale de France Monde, la future holding qui chapeautera l'audiovisuel extérieur français. Une nomination qui fait débat alors que la journaliste de France 3 est aussi la compagne de Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères. Sur RTL, elle juge que "le fait d'être ramené au statut de 'femme de' en ayant son identité et ses compétences" est "injuste et humiliant". "Personne ne met en cause ma compétence professionnelle et mon absence totale d'engagement partisan, ce qui est assez rare en 35 ans d'audiovisuel public en France" explique la journaliste.

Jean-Michel Aphatie et Marie-Bénédicte Allaire

Retrouvez cet entretien en vidéo sur rtl.fr

Lire aussi : Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent à la tête de "France Monde"

* Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Christine Ockrent.

Christine Ockrent : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

* "France Monde", c'est une société qui va être créée, présidée par Alain de Pouzilhac qui va regrouper TV5, France 24, Radio France Internationale. Votre nomination de directrice générale est légitime au vu de votre expérience professionnelle et de votre talent personnel mais elle pose problème. Vous avez entendu l'auditeur qui nous a précédé. Il parle de "copinage". "Vive le copinage !" dit-il. Alors, est-ce que ça vous fait mal d'entendre ça ?

Si vous voulez, ça ne me fait pas rigoler mais en même temps, je voudrais dire à ce monsieur. Il dit : "Christine Ockrent", au moins il dit mon nom. Eh bien, c'est mon nom. C'est mon nom. Ca fait 35 ans que je fais ce métier. J'ai passé dix ans dans les chaînes de télévision américaines. J'étais la première femme à faire le 20 heures, la deuxième à diriger l'Express. J'ai même eu le bonheur, sur cette radio, d'être à votre place pour faire l'exercice de l'interview du matin. J'ai, pendant des années, eu la responsabilité d'émissions qui, je crois, ont contribué à la crédibilité de l'Information de l'Audiovisuel Public. Je suis sans arrêt solliciter par la BBC, par NHK, par Al Djazira, par CNN qui me demandent en ce moment-même de commenter régulièrement la campagne électorale américaine. Et alors, moi, quand on me dit : "C'est la femme du ministre des Affaires étrangères...", moi je me retourne. Et j'ai envie de dire : "Bonjour Madame !"

Et puis, franchement, comment dire ça... Et je crois que beaucoup d'auditrices partagent ce sentiment. Pour les femmes de ma génération, le fait d'être périodiquement ramenées à ce statut de "femme de..." en niant son identité, ses compétences, son parcours professionnel, franchement je trouve ça injuste et humiliant. Et moi, j'attends le moment où on dira "l'homme de... " et on demandera à "l'homme de... " de sacrifier son identité, ses compétences, son parcours pour faire des bouquets de fleurs.

* Essayons de concrétiser le problème, Christine Ockrent, si problème il y a. Une conférence de rédaction que vous pourriez animer à France Monde pour l'une des stations qui seront dans cette société publique. Que peuvent se dire les journalistes qui sont autour de la table à un moment où il y a une polémique, un projet gouvernemental qui est contesté, une mesure qui pose problème ... Ils peuvent se dire : est-ce qu'il faut que je dise le fond de ma pensée ? En face de moi, il y a l'épouse d'un ministre important du gouvernement. Est-ce que ça ça ne peut pas être un problème ?

Certes ! D'abord, mon rôle ne sera pas de conduire des conférences de rédaction. Et moi ce qui m'enthousiasme dans ce projet... Vous savez, l'Audiovisuel en France, on l'a toujours pris de bric de broc, on a fait des constructions baroques ; et là, le Président de la république a l'ambition d'un projet qui est à la hauteur des enjeux. Moi je passe mon temps à beaucoup voyager. Je passe mon temps à être sollicité, encore une fois, par des grandes chaînes qui sont les vrais outils, aujourd'hui, de l'influence à l'heure de la mondialisation. C'est ça l'enjeu.

L'Etat français, c'est-à-dire le contribuable, vous et moi, nous finançons pour le moment trois sociétés qui font du très bon boulot, mais séparément, avec une dispersion de la force d'impact, etc. Pourquoi est-ce que ce serait une chaîne du Qatar, Al Djazira, qui diffuserait ces Valeurs, ces idées, etc. Pourquoi est-ce que nous autres, nous ne pourrions pas avoir un outil en partenariat, bien sûr, avec les Francophones, vous savez que TV5 Monde en particulier est une chaîne multilatérale. Mais c'est très important, aujourd'hui. Pourquoi est-ce que la Chine communiste a maintenant une chaîne de télé en français, si ce n'est pour pénétrer les marchés de l'Afrique occidentale. Ce sont des enjeux contemporains. Je les connais. Je connais ces chaînes. Il est temps que nous jouions dans la cour des grands !

* C'est une très belle réponse, Christine Ockrent ; mais ça n'était pas tout à fait une réponse à ma question. Est-ce qu'il ne risque pas d'y avoir un malaise parmi les journalistes qui se diront : la directrice générale de la chaîne qui est une excellente journaliste (d'accord) est aussi la femme d'un ministre important du gouvernement ? Est-ce que ça ne risque pas de les entraver ?

Mais encore une fois, mon rôle, je vous réponds. Je crois vous avoir répondu...

* Vous ne participerez pas au projet rédactionnel ? C'est ça votre réponse ?

Mais quel mon rôle au côté d'Alain de Pouzilhac ? Alain de Pouzilhac va présider cette nouvelle entité qui sera rattachée au Service du Premier ministre et qui regroupera donc France 24, RFI vous l'avez dit, c'est entre parenthèses faire injure aux journalistes de RFI et de France 24 qui font un excellent boulot... Vous vous souvenez des débuts de France 24, les ricanements, etc. Eh bien deux ans après, ils ont fait une chaîne qui est parfaitement crédible et qui a déjà une force d'impact sur certains marchés qui sont très importants pour nous, comme le Maghreb, par exemple.

* Mais vous ne vous impliquerez pas dans le projet rédactionnel ?

Mon rôle sera de veiller aux contenus, d'essayer de les enrichir, d'améliorer l'offre, d'apporter encore une fois l'expérience qui, je crois, est la mienne au fil des années et aussi la connaissance que j'ai, pardonnez-moi, de cet environnement international que trop peu de Français connaissent, et en particulier trop peu de journalistes français.

* Pas de malaise. Pas de raisons de se sentir mal à l'aise dans la nouvelle structure ?

Au contraire, je crois, un vrai élan, un vrai enthousiasme et la possibilité, encore une fois, de construire un nouvel outil qui est, je crois, un enjeu central, encore une fois si on veut répandre nos valeurs, nos idées, notre conception du pluralisme.

* D'accord. La "une" de "Libération" : "L'affaire Ockrent". C'est un grand journal, "Libération". Ce sont des professionnels.

Ah écoutez, ce sont sûrement les arbitres de toutes les élégances et j'y ai même des amis. J'imagine, je dois être flattée d'être ainsi en couverture ! Au moins, ils ont pris une photo où je suis souriante !

* Oui, mais sur le fond, "l'affaire Ockrent", c'est dur à lire ?

Ecoutez ! "L'affaire Ockrent" ? Il y a une affaire pour ceux qui considèrent que c'est "une affaire". Bon, voilà. Je ne crois pas. Personnellement, moi, la raison pour laquelle j'ai accepté la proposition du Président de la République qui m'honore, la raison pour laquelle j'ai accepté de travailler au côté d'Alain de Pouzilhac, ce qui m'enchante, c'est encore une fois le projet, son ambition, l'idée de travailler avec des gens que je respecte professionnellement. Je pense, encore une fois, aux 1.100 personnels de RFI, aux 400 personnes de France 24. A TV 5 Monde avec qui, moi, j'ai travaillé... J'ai fait pendant trois ans une émission sur TV 5 Monde. Voilà. Donc, je crois qu'il y a de quoi faire tous ensemble du bon boulot.

* La question de la distance par rapport au pouvoir, de la bonne distance, est posée à chaque journaliste. On a noté, Christine Ockrent, votre présence à la soirée privée d'anniversaire de Nicolas Sarkozy. Elle se déroulait le 28 janvier au domicile privé de Carla Bruni. La journaliste que vous êtes, était-elle à sa place dans cette soirée, Christine Ockrent ?

Ecoutez, franchement, la journaliste que j'étais n'était pas en service commandé. Je n'ai rien dit, rien fait. Nous sommes d'ailleurs partis très tôt ; et encore une fois, ma vie privée ne regarde que moi. Personne, y compris d'ailleurs dans les grognements de certains camarades syndiqués, vous savez ce sont toujours les mêmes auxquels on tend les micros en ce moment, je remarque et j'apprécie leurs réactions : que personne ne met en cause ma compétence professionnelle, mon absence totale d'engagements partisans, ce qui en 35 ans d'Audiovisuel public en France est, croyez-moi, assez rare.

* Christine Ockrent, future directrice générale de France Monde, était l'invitée de RTL. En quelque sorte, j'ai accueilli celle qui a fait le travail que j'ai fait.

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Exclu RTL Jean-Michel Aphatie L'invité de RTL
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Christine Ockrent devrait devenir la directrice générale de France Monde, la future holding qui chapeautera l'audiovisuel extérieur français. Une nomination qui fait débat alors que la journaliste de France 3 est aussi la compagne de Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères. Sur RTL, elle juge que "le fait d'être ramené au statut de 'femme de' en ayant son identité et ses compétences" est "injuste et humiliant". "Personne ne met en cause ma compétence professionnelle et mon absence totale d'engagement partisan, ce qui est assez rare en 35 ans d'audiovisuel public en France" explique la journaliste.
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2008-02-21 12:45:00