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"Cette victoire de Fourcade, les Français s'en souviendront toute la vie", pour Isabelle Morini-Bosc

ÉDITO - Isabelle Morini-Bosc revient sur le sacre de Martin Fourcade aux Jeux olympiques de Pyeongchang et sur la faute grammaticale utilisée par certains journalistes pour parler de ce jour dont les Français se souviendront.

Martin Fourcade à Pyeongchang le 18 février 12018
Martin Fourcade à Pyeongchang le 18 février 12018 Crédit : Odd ANDERSEN / AFP
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

Souvenez-vous. Nous sommes le 23 juillet 1989. Deux coureurs ne voient que la ligne d'arrivée, si proche et pourtant trop lointaine. Leurs deux-roues avant "twistent" dangereusement. Leur sueur, elle, a un gout de sang. Ils sont sur cette dernière ligne droite n'autorisant aucun coup tordu. C'est un final qui marque une fin, celle du Tour, et cette fin est un sacré final. C'est même du jamais-vu, puisque des millions de Français parviennent à retenir leur souffle tout en s'époumonant. C'est en fait un vrai "soulèvement populaire", mais ça ne suffit pas. Pour 8 secondes, le Français perd, et c'est le sacre de l'Américain. Le monde entier voit Laurent Fignon en larmes contre Greg LeMond en nage. 

Sans être une fondue de cyclisme et même si j'aime les chaînes de télé sans chaines de vélo, je reconnais que c'est l'une des plus belles images que j'ai jamais vues sur un écran. Et durant les 29 années qui ont suivi, je n'ai jamais vu de "thriller" aussi palpitant et aussi... concentré ! Des émotions si, bien sûr qu'il y en a eues. Mais pas de longs-métrages haletants tenant en quelques minutes. Jusqu'à hier tout au moins ! Jusqu'à cette course hallucinante de Martin Fourcade. Ça, c'était, comme l'ont dit plusieurs auditeurs, "un sacré p***ain moment de télé" qui dépasse le biathlon parce qu'il dépasse l'homme. Enfin, l'homme qui se dépasse, évidemment.

Je reconnais que c'est l'une des plus belles images que j'ai jamais vues sur un écran

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Etant au milieu d'un groupe lors de la diffusion de cette course à 12h15, je les ai tous observés à la dérobée. Cous tendus en avant, souffles courts, regards fixes et fixés sur France 3, ils étaient sourds à tout ce qui n'était pas cette "dure lutte". Moi, je n'ai pas osé "m'absorber" tout de suite, refusant le trop-plein de tensions et d'attention. Et puis il y a eu ce "sprint de la dernière chance" qui a fait de cette retransmission de la mi-journée un vrai "Dimanche Martin", de nouveau. 

Oui, au terme de cette course de dingue mal commencée (une chute, des fautes), il y a eu ce duo, ce duel. Que le Français a cru alors, a cru d'abord, avoir perdu... Au point de lancer son ski gauche comme on se lance à l'abordage. Et cela, vraiment, a été le pied : Martin Fourcade a en effet gagné grâce à son "coup de pied" devançant celui de l'allemand Simon Schempp de 1,8 millième de seconde ! Une différence si serrée qu'il ne s'est pas vu sacré et consacré dans un premier temps. Il est pourtant bel et bien aujourd'hui le français "olympique" (et olympien) le plus titré (avec les escrimeurs Gaudin et d'Oriola). 

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Et j'avais beau être au chaud devant le poste, j'en ai moi aussi frissonné. Plus encore que devant les polars de l'après-midi sur W9 ! Et quelle satisfaction de constater (petit bonus) que les skis des trois gagnants étaient, sont eux aussi Français. Vous savez, cette marque portant le nom d'un bel oiseau jadis chanté par Luis Mariano ! "Ce jour, on s'en rappellera toute notre vie", a d'ailleurs répété non-stop l'un des envoyés de France Télévision. Heu non, camarade ! Si on affirmait plutôt qu'on se le "rappellera toute la vie". Ce n'est pas la compagne de Martin Fourcade qui me contredira, elle qui est institutrice.

On peut ainsi affirmer que "cette victoire de Martin Fourcade, les Français s'en souviendront toute la vie".

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Et que l'on me pardonne justement de glisser à présent subrepticement, vers un autre "beau sujet", la grammaire. Un sujet qui jette trop souvent un froid, même sans aller à Pyeongchang. Cette réflexion du journaliste du service public me renvoie en effet à un autre plaisir que j'ai eu ce weekend, l'écoute de Muriel Gilbert, cette correctrice et auteur(e) de génie qui propose chaque samedi matin une chronique sur les subtilités de la langue française, dans la tranche d'infos de Bernard Poirette, sur RTL évidemment. C'est peu de dire qu'elle est, elle aussi, une championne "tous terrains" dans sa discipline.

Il y était justement question avant-hier de la confusion entre deux expressions grammaticales de sens "commun" (si on ose dire) mais à la construction différente : "se souvenir" et "se rappeler". On se souvient de quelque chose, mais on se rappelle quelque chose, pas vrai ? On peut ainsi affirmer que "cette victoire de Martin Fourcade, les Français s'en souviendront toute la vie". Ou alors, au choix, se la rappelleront à jamais, avec un beau complément d'objet direct placé "tout devant". Et tant que l'Éducation Nationale n'aura pas homologué la faute en décidant de fondre et confondre ces deux formules, il faudra essayer de manier cette règle de base aussi facilement que Martin Fourcade manie ses skis. Je sais, je sais, c'est pas gagné !

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