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"Balance ton porc" : "Il est urgent de ne pas tout mélanger", dit Morini-Bosc

ÉDITO - La journaliste Isabelle Morini-Bosc partage ses réserves quant au mouvement "Balance ton porc", où l'on condamne les présumés agresseurs sans procès.

Harvey Weinstein est accusé d'agression sexuelle par plusieurs stars
Harvey Weinstein est accusé d'agression sexuelle par plusieurs stars Crédit : LOIC VENANCE / AFP
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

On le sait, je ne passerais pas plus mes vacances avec Nicolas Bedos qu'il ne passerait les siennes avec moi. Du moins a priori. Mais comme des "a priori", j'en ai justement peu, j'accepte toujours le risque d'être bienveillante ! En d'autres termes, si je reste souvent agacée par la morgue gaucho-caviardo-intellectuelle du garçon, j'apprécie toutefois son talent d'auteur et d'acteur, à la télé comme au cinéma avec sa comédie M.et madame Adelman. Peu importe donc, finalement, que ses propos me provoquent parfois autant d'urticaire que si je marchais dans des orties (elles aussi parfois..."dans le potage").

C'est d'ailleurs pour un autre des ses textes que je me dois de le soutenir aujourd'hui, bien qu'il ne m'en demande franchement pas tant ! Je partage en effet ses (très sévères) réserves concernant des mouvements comme "Balance ton porc", et je sors précisément encore de la mienne, de réserve, pour l'assurer de mon soutien (qu'il ne me demande pas)... Et cet accord fait aujourd'hui fi des désaccords d'hier. Ne croyez pas que je veuille récupérer ses propos comme un coucou s'approprie un nid déjà construit : par facilité !

L'urgence "de-ne-pas-tout-mélanger"

Concernant "Balance-ton-porc" et autres mouvements du même genre,j'avais en effet déjà exprimé mon malaise face au risque de "grand déversoir", où chacune, chacun, se voit accorder le droit de dénoncer sans rien prouver ! Et j'avoue être d'accord avec sa récente chronique qui, dans le Huffington Post, montre l'urgence "de-ne-pas-tout-mélanger". Il y rappelle d'abord évidemment son soutien inconditionnel aux femmes victimes d'agressions, satisfait que "l'affaire Weinstein ait provoqué un élan formidable, une nécessaire prise de conscience que seul un salaud ou un fou oserait discutailler".

Idem pour l'affaire Tariq ramadan. Entre autres. "Un monde libre, précise-t-il, c'est d'abord un monde où un adulte ne cherche pas à se taper un adolescent, quel taré dirait le contraire?"... Et comment, nous les femmes, pourrions-nous penser autrement, puisque nous sommes victimes des attentions et des intentions de certains hommes dès l'âge des roudoudous et des culottes-en-pilou... Sauf qu'il y a un "mais" que, lui, Nicolas Bedos, a raison d'ajouter : "Mais c'est aussi un monde où on ne condamne pas les gens sans enquête, sans procès, sur des déclarations balancées 20 ans plus tôt par un type sur Internet"...

Se protéger du "grand-n'importe-quoi-médiatique"

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Il ne s'agit évidemment pas d'exiger, comme pour les mariages, de "parler-tout-de-suite-ou-se-taire-à-jamais", mais au moins de demander des "garanties d'authenticité" quand la prise de parole se constate notamment un quart de siècle plus tard. Et même s'il arrive qu'il y ait, des "amnésies traumatiques"... Il faut également se protéger du "grand-n'importe-quoi-médiatique". 

Prenons mon propre cas : ayant été récemment questionnée avec insistance par un confrère désireux de savoir si j'avais connu le "harcèlement sexuel dans ma carrière", j'ai été amenée à (très brièvement) évoquer l'une des situations que j'ai dû vivre, à savoir un déjeuner durant lequel un PDG avait eu des gestes aussi rapides que déplacés à un endroit stratégique de mon anatomie (je lui avais fait lâcher prise en enfonçant très discrètement mes ongles dans sa paume). Témoignage certes consenti, mais pas spontané. 

J'ai donc ensuite été très agacée de constater que ces phrases dites dans un cadre précis étaient reprises partout et surtout n'importe comment. Notamment dans un dossier à charge contre le producteur Gilbert Rozon, un article donnant l'impression, par le biais de la mise-en-page, qu'il était l'auteur de mon "agression". Rien de plus faux. Je n'ai toujours eu avec lui que de savoureux échanges pleins d'humour. 

Pour une parole libre mais précise

Je connaissais, certes, sa condamnation en 98 pour "comportements inappropriés" mais pourquoi inventerais-je des "indélicatesses" qu'il n'a jamais eues me concernant ? Même 15 ans plus tôt ! Alors oui, je reste dubitative devant plusieurs témoignages tardifs "dispensés" de tout apport de preuves ! On passe directement de l'accusation à la condamnation après validation immédiate. Est-ce admissible comme rassurant dans une démocratie? La réponse est non. 

Qui présente dès lors ses excuses à Tristane Banon, conspuée hier par (presque) tous pour avoir dénoncé les agissements de Dominique Strauss-Kahn. Avant l'heure, c'était pas l'heure ? Il ne faudrait pas non plus négliger ceux qui, conscients d'avoir une "addiction sexuelle", s'étaient fait hospitaliser, suscitant souvent des boutades graveleuses dans les médias, par exemple David Boreanaz (Bones), ou David Duchovny (X-Files, Californication). Soit dit à décharge, si on ose s'exprimer ainsi. En conclusion, qui dit libération de la parole dit vérification obligatoire de cette parole. C'est la moindre des choses.

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