3 min de lecture Cinéma

"Les Gardiennes" : l'autre guerre de 14-18, celle des femmes

NOUS L'AVONS VU - Ce film, au cinéma le 6 décembre 2017, évoque comment les femmes vivaient, entre travail, angoisse et désirs, quand les Poilus, se battaient au loin.

LES GARDIENNES Bande Annonce (2017)
Crédit Image : Pathé Distribution

Tant sur le fond que sur la forme, Les Gardiennes de Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux) emprunte des sentiers oubliés. C'est un long-métrage qui évoque une partie effacée de l'Histoire et qui ose le faire avec un rythme qui saura déstabiliser les spectateurs. 

Les Gardiennes est l'adaptation du roman éponyme d'Ernest Pérochon paru en 1924. Récit féministe s'il en est, il raconte la vie silencieuse, angoissée, terrible et courageuse, des femmes pendant la Première Guerre mondiale. Le livre, comme le film, ne montre que très peu de la guerre. Seules les psychologies et les vies des femmes, des enfants et des vieillards sont étudiés. Le front n'est qu'une rumeur, qu'une information patriote, qu'une angoisse ou qu'un cauchemar.

Le film de Xavier Beauvois est très proche du livre de Pérochon. Ses scènes et ses trois actrices principales, Nathalie Baye, Laura Smet (réunies pour la première fois) et Iris Bry, sont les instruments de la démonstration de Pérochon : les femmes sont capables mais maltraitées par une société obnubilée par les désirs de gloriole de quelques hommes et la guerre est une stupidité sans nom.

Hortense (Nathalie Baye) et son fils Georges (Cyril Descours)
Crédit Image : Guy Ferrandis

Le travail, en silence

Hortense (Nathalie Baye) et sa fille Solange (Laura Smet) se retrouvent à gérer les affaires de la ferme du Paridier dans un Poitou-Charentes du début du XXème siècle. Le fringuant Constant (Nicolas Giraud) - l'instituteur du village et fierté familiale - et le volcanique Georges (Cyril Descours) sont au front, tout comme l'autre homme de la maison, Clovis, le mari de Solange.

Le travail agricole est physique et le blé et les bêtes ne peuvent souffrir un quelconque découragement des femmes. Pour aider aux récoltes et à la vie de tous les jours, Hortense fait appel, faute d'ouvriers qualifiés, à une bonne sortie de l'Assistance publique : Francine (Iris Bry).

Cette arrivée est le seul événement de cette vie paysanne. Les journées se ressemblent, se répètent et les saisons passent. À aucun moment la froideur entre les personnages ou la fatigue accumulée par les journées sans fin ne créera de tension. Une tension lente, très lente, se crée au long du film.

Nathalie Baye et Laura Smet, mère et fille à la vie et à l'écran
Crédit Image : Guy Ferrandis

Quand une narration moderne et plus spectaculaire créerait des conflits toutes les 10 minutes dans le long-métrage, Les Gardiennes retient tout dans un effort de réalisme. Il n'y a pas de grandes disputes et de réconciliations émouvantes ; il y a des brisures nettes. Il n'y a pas d'histoires d'amour en cascades, simplement quelques envies embourbées de malentendus et de non-dits. Il y a surtout le travail - en silence - et la survie.

Permissions de vivre

La vie s'anime pour quelques moments forts : les permissions des hommes qui reviennent du front, les visites terribles du maire qui annonce aux femmes du village d'un simple mouvement de tête que leur mari/fils/père/frère ne reviendra pas de la guerre. Lorsque les hommes sont présents la pression sociale retombe et des dialogues brisent alors ces silences qui pourront désarçonner nombre de spectateurs. Lorsqu'il repartent, les couleurs de la vie semblent s'effacer.

Puisqu'il ne faudra pas compter sur de longues conversations, Xavier Beauvois mise sur la musique rare et enchanteresse du grand Michel Legrand, pour réveiller les oreilles. Les silence sont sans doute le plus bel écrin pour sa musique que l'on anticipe et que l'on entend véritablement. 

Une révélation

Iris Bry interprète une Francine d'une grande justesse
Crédit Image : Guy Ferrandis

L'intrigue finit par rapidement se centrer sur Francine incarnée avec une grande justesse par Iris Bry. La comédienne, dont le visage n'est pas sans rappeler celui de Rose Leslie (Downton Abbey, Game of Thrones), vole la lumière et emporte l'attention

Courageuse, travailleuse, on la voit subir les pires affronts et coups du sort. Les autres personnages ne vivent presque que par elle et les existences de Solange (Laura Smet), Clovis, Marguerite et les autres sont reléguées au second rang. Sa relation avec une Hortense (Nathalie Baye) endurcie par la rudesse de l'époque est sans doute la chose la plus fine à observer dans Les Gardiennes. Pour qui aime une valse lente d'émotions qui resteront tues.

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