3 min de lecture Littérature

Patrick Modiano : "Écrire, c’est comme faire la planche"

RENCONTRE - Le prix Nobel de littérature publie "Souvenirs dormants". À cette occasion, confidences d’un romancier humble, à l'envie d'écrire intacte.

Laissez-vous Tenter Laissez-vous tenter Yves Calvi & Le Service Culture
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Patrick Modiano et "Paco Les Mains Rouge" - Laissez-vous Tenter du 26 octobre 2017 sur RTL Crédit Image : AFP/MARTIN BUREAU | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Bernard Lehut
Bernard Lehut Journaliste RTL

C’est l'événement de cette fin octobre en librairie, le retour de Patrick Modiano, trois ans après avoir reçu le prix Nobel de littérature. Le romancier publie Souvenirs dormants chez Gallimard. À cette occasion, nous l’avons rencontré chez lui, à deux pas du Jardin du Luxembourg.

Et rien ne semble avoir changé chez Modiano, l'immense silhouette, le phrasé hésitant. Même le prix Nobel ne saurait le défaire de ses doutes, plus particulièrement de sa peur de la panne d’inspiration : "Vis-à-vis de la littérature, on est en face des mêmes problèmes que si le Nobel n’avait pas eu lieu. Une fois que l’on se retrouve devant la page blanche, on est le même qu’à ses débuts. C’est sans arrêt une confrontation."

Et en devenant le lauréat du Nobel, l’écrivain n’a pas juste reçu un gros chèque mais aussi une belle médaille et un beau diplôme. Des atours qu’il n’exhibe pas dans ses bureaux, étonnamment : "Ils sont dans ma bibliothèque. Sur un mur cela m’aurait intimidé pour écrire !"

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Entre rêve et réalité

Patrick Modiano publie jeudi 26 octobre Souvenirs dormants, un titre à lui seul éminemment "modianesque". Du concentré de Modiano, un Modiano ristretto à la saveur unique, une centaine de pages qui condense tout l'art de l'écrivain de faire resurgir le passé. Ici la figure de six femmes tour à tour énigmatiques, fragiles, envoûtantes, rencontrées par le narrateur, un jeune homme, dans le Paris des années 60.

Récit autobiographique ? Pure fiction ? Rêve éveillé ? Patrick Modiano cultive l'ambiguïté, le mystère comme lui seul sait le faire. Jugez plutôt : "Les souvenirs ont une vie propre à eux, une vie végétale. Parfois ils disparaissaient, réapparaissent sous une forme légèrement différente, un peu comme des plantes qui existent dans les eaux dormantes."

Des romans qui ressemblent à des rêves

Modiano nous propose une nouvelle variation sur les sortilèges de la mémoire et le lecteur, lui, est sous le charme de ces Souvenirs dormants baignant comme toujours chez lui dans une ambiance de menace latente, de traque et de fuite dans un Paris aujourd'hui perdu.

Reste à trouver quel est le secret de Patrick Modiano pour écrire des romans qui ressemblent tant à des rêves, pour obtenir ce style si personnel, cette atmosphère si troublante. 

À l’auteur de nous délivrer sa méthode : "C’est comme quelqu’un qui s’allonge, qui fait un peu la planche et qui écrit. Cela pourrait être semblable à l’écriture automatique que pratiquaient les surréalistes. Mais comme c’est quelque chose qu’il faut retravailler, faire des corrections, cela est plus du domaine du rêve éveillé. Comme si vous pouviez organiser votre rêve."

On retiendra donc cette image "écrire, c'est comme faire la planche". Étonnant Modiano ! Et une chose est sûre, à 72 ans, après une trentaine de livres publiés et le sacre du Nobel, l'envie d'écrire reste intacte. "C’est comme une pulsion un peu physique. Jusqu’à quand ça peut durer ? Il y a des domaines, comme la danse, où on ne peut plus. Mais c’est peut-être une sorte de drogue… analyse l’écrivain. L’impression que la vie ne suffit pas en elle-même, qu’elle a besoin de l’écriture pour arriver à une sorte de plénitude, d’équilibre." 

Également au programme de "Laissez-vous tenter"

Paco, les mains rouges, de Fabien Vehlmann et Eric Sagot aux éditions Dargaud, est notre bande dessinée RTL du mois d’octobre. Soit l’histoire de deux bagnards en Guyane dans les années 30.

Comment raconter les bagnes de Guyane aujourd'hui sans être dans la redite ? Comment montrer l'atrocité du plus redoutable d'entre eux, celui de l'ile Saint Joseph, sans verser dans le misérabilisme et le sociétal ? Il faut parler d’amour. C’est que Fabien Vehlmann a compris. Il a imaginé l’histoire de Paco, un jeune instituteur, coupable de crime passionnel, surnommé "Paco, les mains rouges", qui devient l'ami puis l'amant d'un autre bagnard : Armand dit La Bouzille parce qu'il était un tatoueur chevronné.

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2017-10-26 11:32:00
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