3 min de lecture Littérature

Jean d'Ormesson : discours, épée, Yourcenar... Le parcours de l'académicien

Il a été le benjamin de l'Académie française lors de son introduction dans la vénérable institution en 1973.

Jean d'Ormesson à l'Académie Française
Crédit Image : AFP

Il était sans doute l'académicien le plus respecté des Français. Le visage rieur et complice d'une institution ancienne, parfois austère. Jean d'Ormesson, décédé dans la nuit du 4 au 5 décembre 2017, demeure "immortel", surnom donné aux membres de l'Académie française qui concentre les gardiennes et les gardiens de la langue française depuis 1634 et la volonté fondatrice du cardinal de Richelieu.

Jean d'Ormesson intègre l'Académie française à un jeune âge : 48 ans. En 1971, il est déjà repéré et sacré par l'institution après la publication de son roman La Gloire de l'Empire, dans lequel il raconte la naissance et la chute d'un empire imaginaire.

L'ouvrage lui vaut de recevoir le Grand Prix de l'Académie française. Deux ans plus tard, il est officiellement admis sous la Coupole au fauteuil de Jules Romains, le numéro 12, il est alors le plus jeune de cette assemblée parfaitement masculine.

Éloge de Jules Romains

Comme le veut la tradition, Jean d'Ormesson se présente à l'Académie française en rédigeant et prononçant un éloge de son prédécesseur : Jules Romains. Il dit : "(...) il n’y a pas de honte à être inférieur à Jules Romains parce que Jules Romains était de toute évidence un de ces géants dont nous cherchons en vain, de nos jours, autour de nous, les successeurs et les jeunes émules".

Il définit le travail de celui qui reste dans la mémoire collective comme le créateur du médecin Knock comme "une pensée et une œuvre qui s’insèrent dans l’histoire, qui la traduisent et l’expriment, et qui, en revanche, la modifient". Et Jean d'Ormesson de continuer : "Car le propre du grand créateur est sans doute d’abord d’inscrire dans son temps. Mais aussi, et peut-être surtout, de le marquer à son tour et de le transformer".

Jean d'Ormesson lors de son discours de réception
Crédit Image : Sipa

L’académicienne ou l'académicien qui prendra le siège de Jean d'Ormesson pourra peut-être reprendre ces mots tant Jean d'Ormesson semble décrire sa propre œuvre par anticipation : une œuvre dans laquelle il visite, métamorphose et ressuscite l'Histoire.

"Destinée", nom féminin

Chaque académicien reçoit comme cadeau de bienvenue un mot et sa définition composée naturellement pour le Dictionnaire de l'Académie. Pour Jean d'Ormesson, c'est le terme "Destinée" qui est choisi. Trois définitions sont proposées à ce mot : la puissance suprême qui semble tirer les ficelles de existence, le déroulement de l'existence d'un individu, d'une famille ou d'une nation et enfin un synonyme général de la vie. Glorieux et lourd héritage.

D'autres académiciens ont eu moins de chance de Jean d'Ormesson. Jean Clair a reçu le mot "Réticence", Jean-Loup Dabadie le mot "Retard", Erik Orsenna a hérité du verbe "Minauder".

Épée mystérieuse

Pour ce qui est de l'attribut spectaculaire qu'est l'épée de l'académicien, on sait peu de chose de celle de Jean d'Ormesson. Chaque membre dispose en général d'une véritable fiche retraçant l'histoire de chaque symbole, la signification de chaque métal ou de chaque pierre précieuse qui orne la garde de cette arme d'apparat. Jean d'Ormesson fait figure d'exception. 

Jean d'Ormesson à son arrivée sous la Coupole
Crédit Image : Sipa

Contactée par nos soins, l'Académie française a avoué ne pas avoir d'information sur l'objet. On ne peut que constater qu'une garde argentée gravée de figures d'or et une pointée bleutée. 

Les symboles sont pourtant forts. Simone Weil a fait graver le chiffre qu'elle portait lors de sa déportation à Birkenau. Hélène Carrère d'Encausse a baptisé sa lame "Joyeuse". Elle est composée de plusieurs symboles bibliques ou antiques. Alain Finkielkraut a lié la première lettre hébraïque, une vache normande et la phrase de Péguy : "La République, une et indivisible, est notre royaume de France". Dany Laferrière a opté pour une gravure rappelant une divinité vaudou ; c'est d'ailleurs Jean d'Ormesson qui lui a remis son épée en 2015.

Une femme à l'Académie

Margerite Yourcenar ne doit sa place à l'Académie française qu'à son talent et à la force de son écriture. Mais Jean d'Ormesson a participé à l'ouverture de cette institution aux écrivaines. Elle est élue et reçue sous la Coupole par Jean d'Ormesson en 1981 au 3ème fauteuil. Trente longues années après la publication des Mémoires d'Adrien

Marguerite Yourcenar à l'Académie française en mars 1980
Crédit Image : Sipa

"C'est une victoire de la littérature. Il n'y a pas de polémique dans cette formule, mais une constatation : Marguerite Yourcenar met fin définitivement au mythe de la littérature féminine. C'est un écrivain plus qu'une femme qui entre sous la Coupole. En faisant honneur à Marguerite Yourcenar, l'Académie française s'est fait honneur à elle-même", écrivait alors Jean d'Ormesson dans le Figaro, au lendemain de l'élection.

C'est le début d'une lente féminisation de l'académie qui compte seulement huit académiciennes dans toute son histoire malgré des dizaines de tentatives depuis le XVIIIème siècle. 

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