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Yves Jégo : "J'ai dit des choses qui m'ont peut-être coûté mon poste"

Yves Jégo, député UMP de Seine-et-Marne et ex-Secrétaire d'Etat, chargé de l'Outre-mer répondait aux questions de Marc Tronchot.

Micro RTL
La rédaction de RTL Journalistes RTL

- Bonjour M. Jégo

- Bonjour

- Avant de parler de vos projets, précisément, la vie du représentant de la nation de Seine-et-Marne, département agricole s'il en est en Ile-de-France, ça vous parait normal que l'Europe vienne aujourd'hui demander des comptes aux producteurs de fruits et légumes pour des subventions dont ils ont bénéficié depuis quelques gouvernements, de droit comme de gauche ?


- Eh bien, ça tombe mal, mais moi, je salue le courage de Bruno Le Maire, pour essayer de remettre cette situation à plat. Ça ne pouvait pas durer, chacun le savait. On passait la patate chaude, c'est comme ça qu'on dit, de gouvernement...

- ou mistigri... c'est comme vous voulez...

..en gouvernement.. Je crois qu'il arrive un moment où il faut mettre les choses à plat. Ce qu'on peut considérer, c'est d'abord que la somme réclamée est contestée par la France. Le ministre de l'Agriculture la conteste... et puis qu'ensuite, évidemment, il faut faire en sorte que les agriculteurs et les producteurs concernés, qui sont dans une situation difficile, ne vont rembourser des sommes, alors que la filière passe cette situation difficile. Donc, il faut faire en sorte que ceux qui ne peuvent pas faire face à ce qui serait cette demande de Bruxelles, eh bien que l'Etat fasse jouer la solidarité nationale.

- C'est normal, les aides aux producteurs... L'Etat a tort de ne pas s'être assuré de l'accord de Bruxelles pendant toute cette période, qui est tout de même longue depuis 92 ?

- Je crois qu'il y avait effectivement une dizaine d'années dans lesquelles il y a eu beaucoup d'avertissements et qu'il y a eu sans doute de la part d'un certain nombre de gouvernements, d'ailleurs de droite comme de gauche, si mes informations sont bonnes, sans doute a laissé faire, ou le sentiment que les choses n'arriveraient pas à un moment, à un moment crucial. Bruno Le Maire, il a ce courage, de poser les questions et de mettre les chiffres sur la table et de trouver une porte de sortie. Il faut la trouver intelligemment. Il faut surtout pas fragiliser cette filière. C'est vrai que ça tombe mal dans une période où les fruits et légumes ne se portent pas très bien. On l'a vu avec les ventes au déballage qui aident les producteurs à écouler leurs stocks. Moi je fais confiance au ministre pour trouver avec les agriculteurs qu'il reçoit aujourd'hui la meilleure solution, la meilleure porte de sortie... respecter nos engagements européens et soutenir la filière de la production.

- Vous savez ce que les Français vont dire : on ne demande pas autant de comptes aux banquiers ni aux restaurateurs...

- Ils ont peut-être pas tort d'ailleurs sur ces questions-là... C'est pour ça qu'il faut soutenir le travail engagé par la France pour réguler le capitalisme financier et pour demander autant de comptes aux gros comme aux petits.

- Question à l'ex-Secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer... On en est à 27 blessés dans des affrontements entre forces de l'ordre et syndicalistes en Nouvelle-Calédonie... des barrages dressés, une part de la jeunesse canaque victime du chômage qui s'en mêle... des chefs d'entreprises qui parlent de prise d'otage économique... Est-ce que vous avez peur de voir se reproduire un scénario comme celui qu'a connu la Nouvelle-Calédonie il y a 20 ans.

- Je crois que l'Histoire ne se reproduit jamais exactement dans les mêmes circonstances, qu'il faut être très attentif, qu'il faut être à la fois ferme vis-à-vis de ceux qui ne veulent pas manifestement respecter, ne serait-ce que les lois de la République, mais même la volonté de dialogue exprimée à de nombreuses reprises en particulier par le monde économique, mais il faut être attentif. Oui, la Nouvelle-Calédonie reste une terre fragile et j'espère qu'on trouvera une porte de sortie qui évitera les drames. Moi, je pense que chaque fois qu'on peut éviter des drames, chaque fois qu'on peut éviter les affrontements violents, le sang versé, il faut y mettre toute sa force.

- Ça vous intéresse encore l'Outre-Mer ou vous tirez un trait sur cette expérience ?

- On ne tire pas un trait sur l'Outre-Mer quand on a eu la chance d'exercer ces responsabilités. Je crois qu'on est marqué à vie par cette France lointaine, même si je n'ai plus de responsabilité dans ce domaine et que je ne souhaite pas interférer sur le travail de celle qui m'a succédé. Je reste évidemment, non seulement attaché mais je dirai passionné par l'Outre-Mer.

- "Il y aura un avant et un après Jégo"... ce n'est pas le genre de déclaration qu'on regrette après coup ?

- Non...


- Tous les ministres ne laissent pas forcément de trace...

- Ecoutez, je crois que j 'ai dit des choses qui peut-être m'ont coûté mon poste, que j'ai relevé un certain nombre de situations qu'il était nécessaire d'être dénoncées... après avoir dit les choses, l'après n'est jamais comme l'avant... Oui, ce n'est pas pour manquer de modestie... Je pense qu'il y a eu notamment dans la gestion de la crise des Antilles où on était à deux doigts d'un drame, de sang versé, une situation, une gestion qui permis d'éviter ce drame et que ce qui a été dit restera dans les mémoires.

- Être ministre est par nature une fonction précaire, a rappelé François Fillon.

- Il a raison... comme être Premier ministre. Quand on sert notre pays, on est dans la précarité absolue.

- Le débat est clos ou l'amertume est encore un peu là ?

- Non, non... Moi je ne me vautre pas dans l'amertume. Ce n'est pas du tout ma nature. Voilà, il faut passer à autre chose, on regarde ce qu'il y a devant, et pas ce qu'il y a derrière.

- Alors autre chose, c'est député de Seine-et-Marne, en ce qui vous concerne... Trois députés socialistes ont mis sur leurs blogs le détail de leurs frais de représentation... en gros comment ils dépensent leur indemnité parlementaire. C'est de la transparence ou de la démagogie ?

Je crois qu'il n'y a rien à cacher. Il faut que le citoyen sache comment ceux qui les gouvernent sont d'abord rémunérés, ce n'est pas secret...

- Vous le feriez, vous allez le faire ?

- Moi ne n'ai rien à dissimuler sur ce point de vue-là. Ensuite, est-ce qu'il faut tomber dans une forme de populisme qui consiste à exhiber sa feuille de paie ? C'est une vraie question que l'on peut se poser. En tout cas, c'est plutôt bien d'aller vers la transparence, et on ne peut que féliciter ceux qui veulent aller dans ce sens-là. Il n'y a rien à cacher et à dissimuler. Il ne faut pas non plus jeter les élus en pâture pour laisser penser qu'ils auraient des avantages exorbitants, ce   n'est pas vrai.

- Le gouvernement arrêtera les grandes orientations du Grand Paris à fin de ce mois. Les régionales sont à l'horizon, mais d'ores et déjà vous avez engagé le fer contre votre collègue de l'UMP, Gilles Carrez, qui a eu le tort, selon vous de dire que le financement des transports en Ile-de-France amènerait forcément des hausses de tarifs pour les usagers . Vous connaissez, vous, d'autres moyens ?

- Oui, bien sûr... D'abord, il faut un tarif plus juste. Moi, je ne trouve pas normal que celui qui habite dans Paris, qui a tous les modes de transport à sa porte paie une carte orange autour de 50 euros, et que celui qui habite à 100 kms de Paris, qui a des trains en mauvais état, qui met des heures pour venir à Paris, il paie 120 euros. Moi, je suis pour le tarif unique pour tous les Franciliens... le même tarif pour tous les Franciliens. Et puis trouver d'autres modes de financement. L'idée de dire, c'est toujours l'usager, c'est toujours celui soit qui n'a pas de voiture, qui ose prendre les transports en commun, qui va payer toujours plus, ça ne me semble pas la bonne solution. Il faut expertiser d'autres voies, il faudra sans doute qu'on pose le débat des péages urbains, il faudra sans doute qu'on pose le débat de savoir comment on peut diminuer l'utilisation de la voiture, mais ça veut dire parallèlement des transports en commun plus modernes, mieux équipés, ça veut dire peut-être une carte unique de transport qui permettrait de payer le stationnement, les péages, les transports en commun, et qui au lieu d'être vendue à quelques centaines de milliers de Franciliens serait vendue à plusieurs millions de Franciliens. Je ne sais, il faut de l'imagination, il faut de l'audace, c'est ce que veut faire le président de la République avec le Grand Paris. Il faut arrêter de dire que ce sera toujours le pauvre usager modeste qui habite à une heure de Paris et qui paie son train qui va encore voir, lui, voir la facture augmenter, parce que ça, ce n'est plus supportable.

- Vous qui voulez vous donner un rôle, je cite, d'agent pacificateur à l'Assemblée, c'est mal parti...

- Si la pacification consiste à ne rien dire, c'est que les élus ne servent à rien... On peut pacifier les débats d'ailleurs... moi je note que pendant 12 ans...

- Vous n'êtes pas obligé des armes à Jean-Paul Huchon, président socialiste de la région Ile-de-France...

- Vous savez, ça fait 12 ans qui est président de la région Ile-de-France, et en 12 mois, le président de la République en a fait plus que lui en 12 ans pour faire bouger l'Ile-de-France. Je crois que de ce côté-là, on n'a pas trop de risques de voir cette majorité régionale se réveiller. Il faut ouvrir les débats. Il faut qu'on ait le courage à droite d'ouvrir les débats de l'avenir des Franciliens. Eh bien, qu'on débatte, qu'on ouvre ces sujets-là, qu'on ait le courage de poser un certain nombre de perspectives, c'est ça qu'attendent à mon avis ceux qui vont voter au mois de mars prochain.

- C'est votre combat de demain ça ?

- C'est mon combat d'aujourd'hui, c'est mon combat de toujours. Je suis élu d'Ile-de-France depuis maintenant presque 20 ans. J'en mesure toutes les difficultés de vie quotidienne. Et je crois qu'on a un devoir, c'est de proposer un nouvel avenir aux Franciliens et d'ouvrir avec courage les débats et de sortir de l'idée de dire, on va faire comme on a fait depuis 20 ans, on va faire payer toujours les mêmes et ça va s'arranger... C'est pas vrai.

- Dernière question... vous écrivez un livre, c'est vrai ?

- J'écris un livre, oui, sur les 15 derniers mois, et sur ma vision à la fois des responsabilités gouvernementales et puis quelques perspectives d'avenir avant peut-être de revenir aux romans qui sont aussi une de mes passions.

- Et le titre ce sera quoi ?

- Je ne l'ai pas trouvé encore.

- Pas encore.

- Yves Jégo était l'invité de RTL ce matin.

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Yves Jégo, député UMP de Seine-et-Marne et ex-Secrétaire d'Etat, chargé de l'Outre-mer répondait aux questions de Marc Tronchot.
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2009-08-04 10:47:00