1 min de lecture Michel Sapin

VIDEO - Michel Sapin sur RTL : "Il ne faut pas supprimer les 35 heures !"

Le ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Michel Sapin a estimé qu'"il ne faut pas supprimer les 35 heures" qui doivent, selon lui, rester la durée légale du travail de "référence", alors que le Premier ministre a jugé qu'un retour aux 39 heures n'était "pas un sujet tabou".

Michel Sapin était l'invité de RTL mardi 30 octobre 2012
Michel Sapin était l'invité de RTL mardi 30 octobre 2012 Crédit : RTL.fr
Jean-Michel Aphatie

Un retour à la semaine de 39 heures, et donc la suppression de fait d'une réforme emblématique de la gauche comme les 35 heures, n'est "pas un sujet tabou", affirme le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, mardi dans un entretien avec des lecteurs du "Parisien/Aujourd'hui en France".

Retrouvez ci-dessous l'intégralité de l'interview de Michel Sapin :

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Michel Sapin.

Michel Sapin :
Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Vous serez tout à l'heure avec le Premier ministre, Jean Marc Ayrault qui signera les premières conventions d'emploi d'avenir, des emplois réservés aux Jeunes de moins de 25 ans peu ou pas qualifiés. Des emplois largement subventionnés destinés surtout au secteur public ou para-public face au chômage qui monte. C'est vraiment une réponse ça, Michel Sapin ?

C'est une réponse ; et c'est une vraie réponse par rapport aux Jeunes qui sont sans emploi, sans formation. Jamais il n'y a eu autant de Jeunes en France sans aucun emploi et sans aucune formation. Il faut donc répondre à ce qui est une forme de détresse sociale avec les conséquences que ça a sur la cohésion sociale. Si vous voulez me faire dire que c'est "LA" réponse contre le chômage. Non, c'est une réponse pour une partie du problème : celui des Jeunes en très grande difficulté.

Et puis derrière, il y a le contrat génération qui a fait l'objet d'une grande négociation entre partenaires sociaux. Ca marche la négociation entre partenaires sociaux. Ils ont abouti à un accord ; et ce contrat-génération, ce seront tous les Jeunes dans toutes les entreprises de France, et ce sera, je pense, un grand moment, une grande décision qui permettra avec d'autres de lutter contre le chômage.

Depuis les TUC, ça fait 30 ans qu'on fait des subventions aux emplois Jeunes ; et on ne peut pas dire que la situation se soit améliorée sur ce marché-là des Jeunes qui ont du mal à rentrer dans l'emploi.
   
Oui, mais ce n'est pas parce que certains auraient essayé, à Droite ou à Gauche, que pour autant on ne doit pas agir. C'est peut-être en s'inspirant justement des expériences : celles qui ont réussi et celles qui n'ont pas réussi qu'on peut trouver le bon dispositif. Donc je le répète, là il ne s'agit pas de tous les Jeunes, c'est-à-dire pour les emplois d'avenir, il s'agit de ceux qui sont, vous les connaissez : il y a des quartiers de France où 57, 60% des Jeunes sont sans emploi et sans formation ; donc, sans destin ; sans avenir justement. Et c'est à ceux-là qu'il faut redonner un avenir.

Une phrase retient particulièrement l'attention, ce matin, Michel Sapin ...

J'ai vu ça.

 ... Jean Marc Ayrault, dans Le Parisien, à la question : les 39 heures ? Il dit, "il n'y a pas de sujet tabou. Je ne suis pas dogmatique." Vous êtes prêt à ouvrir le débat, Michel Sapin, sur le temps de travail ?

Le débat, il est ouvert.

Jamais un Socialiste n'a dit : discutons-en  !

Le débat est ouvert.

J'entends la Droite nous dire : il faut supprimer les 35 heures.

Oui. Les chefs d'entreprise le disent.

J'entends certains chefs d'entreprise ...

Mais un Premier ministre qui le dit. C'est ça qui est fou !

Il faut supprimer les 35 heures ; et ce que dit, il faut couper la tête au canard là qui est en train de vouloir s'envoler ...

Oui, et il court vite là le canard, ce matin !


Ce que dit ... oui, oui, mais il va arrêter de courir.

Donc, ce que dit le Premier ministre : si vous voulez que le débat ait lieu, il aura lieu. Voilà ce qu'il répond à un lecteur du Parisien.Le débat, il a lieu.

Une cacophonie


Monsieur Fillon comme Monsieur Copé sont d'accord sur une chose  -ils ont peut-être un grand désaccord sur leur avenir-, ils sont d'accord sur une chose : il faut supprimer les 35 heures.Eh bien, non Monsieur Aphatie, il ne faut pas supprimer ...

Eh bien, il n'y a pas de débat alors ?

Mais si, débattons-en ! Je vais vous apporter des arguments ...

(rire)


... pour vous dire pourquoi il ne faut pas supprimer les 35 heures.
Pourquoi le fait de supprimer les 35 heures, justement je réagissais en écoutant l'auditeur qui s'est totalement trompé sur le sens de travailler 39 heures en étant payé 35 heures. Supprimer les 35 heures, c'est supprimer les Heures Supplémentaires. Supprimer les Heures Supplémentaires, c'est supprimer le fait que quand on travaille au-delà de 35 heures, on est payé plus. C'est donc typiquement : travailler plus pour être payé moins. C'est ça que veulent les Français ? Vous croyez que c'est ça que veut le maçon qui vient de s'adresser à nous ? Non.

Donc, il faut maintenir à 35 heures la durée légale du travail. Au-delà, ce sont des Heures Supplémentaires. Mais Monsieur Aphatie, il faut aussi dialoguer dans les entreprises. C'est ce qui se passe déjà aujourd'hui. Les 35 heures, c'est la référence.

Mais dans les entreprises lorsque ça va très, très bien, qu'il y a beaucoup de boulot, on peut travailler plus en étant payé plus ; et dans celles où ça va moins bien, on doit pouvoir mettre en oeuvre des accords dans l'entreprise qui permettent de traverser le moment le plus difficile en baissant, par exemple, la durée du temps de travail.

Pouvons-nous convenir, Michel Sapin, que vous venez de couper les pattes du canard ?


Les pattes. Les ailes. Et la tête.

Donc, le Premier ministre a eu tort de s'exprimer comme il l'a fait ?

Non. C'est parce que vous ...

C'est un couac ?


C'est parce que vous interprétez ce qu'a dit le Premier ministre ...

On interprète ! Ecoutez ...


Ne lisez pas simplement une dépêche. Lisez l'ensemble de l'interview ...

Ah, mais je n'ai pas lu la dépêche ... c'est Le Parisien, bien sûr.

.... et vous verrez très exactement ce qui est dit lorsqu'on lui demande : est-ce que vous êtes prêt à ce qu'il y ait un débat sur le sujet ? Il dit oui, aucun sujet n'est tabou. La preuve, nous venons d'en parler entre nous.

Mais s'il n'y a pas de sujet tabou ..

Eh bien, on en discute.

... si le Premier ministre dit : le sujet n'est pas tabou, c'est que dans sa tête, il se dit : eh bien, ce n'est peut-être pas si bien que ça ! Discutons-en ! Sinon, il ne l'aurait pas dit. Il aurait fermé la porte comme tous les Socialistes l'ont fait jusqu'à présent.

Poussé jusqu'au bout, je coupe la tête du canard tout de suite.

Et donc, c'est un petit couac du Premier ministre.


Non, ce n'est même pas un couac. Le canard que vous lancez fait un couac. Pas celui auquel je viens de couper la tête.

Bon ! Mais enfin, vous avez coupé les ailes, les pattes ; mais je pense qu'il va courir encore.

Eh bien non ; il va s'arrêter.  Enfin, moi je connais que pas de canards qui ont ni tête ni pieds, ni ailes qui continuent à courir. On fera le point ce soir.

Les Echos ont publié, lundi une étude fiduciaire qui dit que beaucoup de salariés -3% en moyenne de baisse de salaire- dans les petites entreprises, du fait de la fin de la défiscalisation des Heures Supplémentaires. Au moment où vous augmentez les impôts et Pascal, l'auditeur qui était juste avant vous, l'a dit : Au moment où vous augmentez les impôts, finie la défiscalisation des heures supplémentaires. Ca fait mal dans beaucoup de foyers. Vous en avez conscience ?


Ce n'est pas la défiscalisation parce qu'on mélange tout.  On mélange tout.

Mais bien entendu, que nous en avons conscience ! Mais tous les observateurs depuis le début du jour où cette mesure a été prise, vous savez c'est le fameux TEPA, celui de Travailler Plus pour gagner plus. On dit : dans une période d'augmentation du chômage, c'est une mauvaise décision. Il n'y pas un pays en EUROPE où on subventionne les Heures Supplémentaires.

Le plus grand pays, celui qui traverse le mieux la crise, celui que nous prenons toujours à Droite ou à Gauche comme exemple : l'Allemagne n'encourage pas les Heures Supplémentaires. Il permet, au contraire, de financer du chômage partiel. Cette mesure même si elle peut avoir eu un effet positif pour tel ou tel, individuellement, a eu un effet négatif collectivement terrible. Parmi le million de chômeurs en plus de ces cinq dernières années, il y en a plusieurs centaines de milliers qui sont au chômage, à cause des Heures Supplémentaires.

A cause des Heures Supplémentaires ?

Mais bien sûr, à cause de l'encouragement aux Heures Supplémentaires. Quand dans une entreprise, parce que ce n'est pas pour le salarié que l'avantage principal existait, c'était pour l'entreprise; Quand dans une entreprise ...

Mais les salariés en profitent aussi !

Oui, ils en profitaient par ailleurs.

D'accord.


Mais c'est toujours la même chose. On dissimule le gros derrière le petit. Donc, le gros c'était l'entreprise. Et l'entreprise quand elle a intérêt à payer, parce qu'elle paie moins chère des Heures Supplémentaires que des heures normales, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle distribue des Heures Supplémentaires en plus, et elle supprime des emplois en moins.

Ca a donc été une des mesures les plus catastrophiques pour l'économie française. Elle est à l'origine d'une grande partie des chômeurs d'aujourd'hui. Et  chacun est capable de le comprendre, y  compris lorsqu'au bout du compte, il a 5 euros de moins sur sa feuille de paie à la fin du mois.

D'un mot, si la TVA augmente dans la restauration, des emplois seront menacés, Michel Sapin ?


Voyez, c'est terrible ces mesures-là. Ca a été totalement inutile. Ca a coûté plus de 3 milliards d'euros qui ont été payés par la Dette.

Et si la TVA augmente, des emplois seront supprimés ?

Alors quand il faut réaugmenter, quand la TVA baisse, les prix ne baissent pas ; mais on est sûr que si on réaugmente la TVA, il va y avoir un problème sur les prix parce que le restaurateur, il a empoché la différence lorsque ça a baissé et je crains qu'il reporte la différence sur le consommateur. C'est pour ça qu'il faut réfléchir sur cette mesure ; c'est ce que nous faisons avant de prendre une décision.

Mais vous n'êtes pas donc favorable à l'augmentation de la TVA si je déduis ...


Non, je dis que c'est un sujet qu'il faut étudier. Ne simplifiez pas outrageusement les propos des uns et des autres. C'est une mesure qui a été très mauvaise pour les Finances Publiques comme pour l'ensemble du secteur mais il faut réfléchir avant d'agir en sens inverse.

Michel Sapin qui a coupé les pattes du canard qui court encore.


La tête !


La tête, les ailes ...

Les pattes et le reste ...


Et le canard va courir toute la journée. Bonne journée.

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