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Stéphane Richard : "Lors de la panne de notre réseau, les ministres sont venus nous voir pour exprimer leur appui personnel"

Le PDG d'Orange répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin, six jours après la panne géante qui a affecté les services du premier opérateur télécoms français.

Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Stéphane Richard.

Stéphane Richard : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Vous êtes à Marseille, au téléphone, un téléphone fixe. Ca marche aussi le téléphone fixe.

Oui, ça marche très bien et ça a marché d'ailleurs vendredi dernier aussi.

Oui, le fixe marchait, c'est le mobile qui ne marchait pas puisque votre réseau, Orange, a connu une très longue panne, 12 heures, qui a beaucoup embêté, ennuyé les gens, pénalisé les entreprises. Est-ce que vous connaissez précisément les causes de cette panne, Stéphane Richard ?

Oui, connaît les causes de cette panne et mes premiers mots iront d'abord à tous nos clients, qui ont subi ces désagréments. Je vais ici leur renouveler les excuses du groupe sur les causes de la causes de la panne. Il s'agit en fait de la mise à jour d'un logiciel qui fait fonctionner des grosses machines qu'on appelle le cœur de réseau. C'est-à-dire, en gros, les machines qui localisent tous les abonnés. Il y en a plus de trente millions qui utilisent notre réseau.

Donc, c'est une mise jour logicielle. C'est une opération assez banale qui pour une raison que nous ne connaissons pas encore dans le détail, a créé un dysfonctionnement dont on ne s'est pas rendu compte tout de suite et lorsqu'on a compris qu'il y avait un défaut sur le trafic, on a cherché cette cause et il nous a fallu effectivement plusieurs heures pour l'identifier et pour remettre le réseau en marche.

Elle peut se reproduire, cette panne ?

Oui. En théorie, oui, la probabilité est quand même infime. Je vais vous rappeler que c'est la première fois depuis 2004 qu'on a un problème de cette nature. C'est une fois de trop, c'est clair, mais ça reste des incidents tout à fait rarissimes qui affectent quand même tous les grands opérateurs.

Dans le monde, personne n'est à l'abri de cela. Ce que je peux dire c'est que, si jamais, malheureusement, un incident de ce genre se renouvelait chez nous, je pense que nos clients ne s'en apercevraient pratiquement pas. Ca c'est le fruit de l'expérience. C'est le seul résultat positif de ce qui s'est passé. On mettrait beaucoup beaucoup moins de temps à régler le problème qu'on a connu.

Certains spécialistes -alors, les spécialistes ne savent pas tout- disent que l'augmentation trop rapide du trafic sur votre réseau peut expliquer ce bug. Vous ne faites plus face à l'afflux des appels, des téléchargements, etc. Vous leur répondez quoi ?

Alors, c'est vrai qu'il y a une augmentation très forte des usages puisque ce qu'on appelle le trafic de données sur  nos réseaux mobiles a été multiplié par 68 dans les cinq dernières années, vous voyez, donc c'est énorme. Cela étant, on a tous, et nous les premiers -surtout nous d'ailleurs-, investi massivement dans nos réseaux pour accompagner cette augmentation du trafic. Et ce qui s'est passé vendredi, je veux le redire vraiment de la façon la plus claire, n'a absolument rien à voir avec cela.

Ce n'est pas un problème de capacité, c'est encore une fois un bug, en fait logiciel, qui aurait pu arriver il y a un an ou il y a deux ans. Ce n'est pas vraiment lié au trafic lui-même. On a investi, et nous plus que les autres, pour absorber cette augmentation des usages, que d'ailleurs on a largement contribué à susciter nous-mêmes puisque c'est notre métier et nous croyons aussi dans, je dirais, toutes les retombées positives de ce secteur.

Le gouvernement, les ministres qui ont pris la parole vendredi, samedi, ont été assez sévère avec vous et ont dit vraiment, "il ne faut pas que ça se reproduise". Est-ce que vous trouvez que par rapport au pouvoir politique en France, vous avez une responsabilité particulière. Vous avez quelles relations avec eux ?... avec ce type d'accident ?

On est le plus grand opérateur mobile donc on a une responsabilité non seulement vis-à-vis des politiques, vis-à-vis de tous les Français qui utilisent nos services. Ca c'est la première chose. Les politiques ou plusieurs ministres sont venus nous rendre visite le soir de la crise, vendredi, au PC de crise. Je peux vous assurer que ces visites étaient plutôt des visites de soutien et de solidarité, certes pour savoir ce qui se passait mais aussi beaucoup pour nous exprimer leur appui personnel.

Ce n'était pas pour nous faire la leçon ou mettre certaines responsabilités. Vous savez, nos responsabilités, on les connaît, on les assume. Je crois que dans cette crise, on a essayé de montrer qu'on était d'abord très réactif. Il y a plus de 200 personnes qui se sont mobilisées instantanément et toute la nuit pour régler le problème. On a été, je crois, le plus transparent possible dans la communication. Moi, j'ai tenu une conférence de presse dès le lendemain pour expliquer ce qui s'était passé et dire aussi les leçons qu'on en tirait. Voilà. Donc, je n'ai pas ressenti personnellement...

... d'agressivité, ni de mise en cause personnelle...

... de remontrances, d'agressivité, non.

Vous ne risquez pas votre tête, pour parler clair.

Comment ?

Vous ne risquez pas votre tête, pour parler clair.

Je risque ma tête tous les jours, vous savez, c'est le job qui veut ça. Je ne pense pas à ça tous les matins mais les responsables des grandes entreprises, et celle là en particulier, vous le savez, ils sont révocables tous les jours. Ca fait partie de notre métier.

L'arrivée de Free, le quatrième opérateur, semble avoir déséquilibré considérablement le secteur de la téléphonie mobile. Et dans un courrier... mardi, le pdg de Bouygues, écrivait ça aux parlementaires, parle d'"une spirale autodestructrice" de votre secteur avec un quatrième opérateur. C'est vous qui l'hébergez sur votre réseau. Free, c'est vous qui acheminez ses appels. Vous partagez le constat de Martin Bouygues, votre secteur est en danger, aujourd'hui ?

Il est très déstabilisé en tout cas. C'est vrai qu'on avait un secteur de téléphonie qui fonctionnait plutôt bien, qui investissait beaucoup. Je vous rappelle que nous avons investi 13 milliards d'euros dans notre réseau mobile. Les autres grands opérateurs ont investi beaucoup également.

Avec trois opérateurs : SFR, Bouygues et vous.

... avec 3 opérateurs. On a recruté continuellement ces dernières années. C'était quelque chose qui marchait bien la téléphonie en France. Ca marchait bien. Et à la fois la qualité du service et puis, c'était un secteur, c'était un secteur tout à fait sain et bien-portant. Cet équilibre a été complètement chamboulé par l'arrivée d'un quatrième opérateur. C'est une décision publique qui a été prise, il y a quelques années.

Vendre une licence, oui.

C'est vrai qu'elle cause une déstabilisation assez profonde, surtout parce qu'elle est arrivée à un moment où tout le monde est déjà équipé. Et donc, si vous voulez, par rapport à l'arrivée de Bouygues, il y a un peu plus de quinze ans, qui s'est faite à un moment où le marché croissait encore à 15 ou 20% par an, il s'agissait là de répartir cette croissance entre plus de gens. Là, ce n'est plus du tout le cas.

Et Martin Bouygues dit qu'il faut que vous arrêtiez, vous Orange, d'héberger Free en 2018, quand le contrat d'hébergement va cesser. Vous répondez quoi, Stéphane Richard ?

Sur le principe, je comprends tout à fait le raisonnement. C'est vrai que l'itinérance c'est un dispositif qui est nécessaire pour le début. Tant que le quatrième opérateur n'a pas déployé tout son réseau, il faut bien qu'il y ait quelqu'un qui l'assure l'itinérance et aujourd'hui, c'est nous, mais...

Ce n'est pas durable.

... ça n'a pas vocation à rester éternel et donc je comprends tout à fait le raisonnement de Martin Bouygues, en l'occurrence sur la limite temporelle de l'itinérance. Et d'ailleurs, les patrons d'Iliad, Xavier Niel, est le premier à dire que, pour lui, ce n'est pas une solution définitive et que son intérêt économique est d'investir dans son réseau. Alors, prenons le au mot et voyons ce qu'il fera.

D'accord. Allez, le fixe a marché, on souhaite que le portable continue de bien marcher dans les jours qui viennent, Stéphane Richard.

On fera tout pour, on fera tout pour.

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