1 min de lecture Politique

Standard and Poor's "confiant" dans le maintien de la note AAA de la France

La dirigeante de l'agence de notation Standard and Poor's pour l'Europe francophone répondait jeudi matin aux questions de Philippe Corbé. "Nous avons confirmé et nous continuons à confirmer aujourd'hui le AAA stable de la France", a déclaré Carole Sirou. "Nous sommes confiants sur cette note AAA stable", a-t-elle ajouté, en rappelant que la France bénéficiait de cette note depuis 1975, en dépit des "hauts et des bas" traversés par le pays.

Carole Sirou, présidente de l'agence Standard & Poor's, sur RTL le 18 août 2011
Carole Sirou, présidente de l'agence Standard & Poor's, sur RTL le 18 août 2011 Crédit : RTL
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La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

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Philippe Corbé : Bonjour, Carole Sirou.

Carole Sirou : Bonjour.

Alors il y a deux ans, la plupart des Français n'avaient jamais entendu parler des agences de notation comme la vôtre, Standard and Poors. Il y a deux mois, la plupart des Français ne s'inquiétaient pas du tout de cette note 'AAA' que vous accordez à la France. On va essayer d'être clair, très pédagogique. D'abord, c'est quoi votre métier ? Une agence de notation, ça sert à quoi ? Ce sont des crânes qui refont des calculs toute la journée, c'est ça ?

Pas du tout, ce sont effectivement des analystes, donc des personnes qui aiment les chiffres, mais pas que les chiffres, et qui vont analyser une entreprise, une banque, une collectivité locale et bien sûr les Etats puisque c'est ce qui défraye la chronique actuellement.

Alors, juste une précision : qui vous paye ? Par exemple, c'est le gouvernement français qui vous paye pour noter le budget de la France ?

Alors, ce sont les gouvernements, les entreprises qui font appel à nous. A partir du moment où elles empruntent sur les marchés, il faut qu'elles puissent donner un sorte de sésame à ceux qui vont leur prêter de l'argent.

Par exemple, là, il y a un plan de rigueur qui est préparation. Le gouvernement va dévoiler ses mesures la semaine prochaine. Vous vous êtes consultés en amont sur ces mesures ou pas ?

Alors nous ne sommes pas consultés, au sens où nous sommes pas un conseiller en fait de ces gouvernements, mais nous sommes informés à partir du moment où les décisions sont prises.

Avant le public...

... Avant ou après ! Ca dépend effectivement des conditions.

Là vous savez, par exemple, ce qu'il y a dans le plan de rigueur de la semaine prochaine ?

Pas du tout !

Pas pour l'instant, d'accord. Alors spécifiquement, pour les Etats, vous mettez des notes sur la capacité par exemple de la France à rembourser nos dettes. Aujourd'hui, la note de la France est 'AAA'. C'est la note maximum, comme l'Allemagne, comme quelques pays. Par contre, vous avez dégradé la note des Etats-Unis, on a vu il y a 10 jours que ça a provoqué une tempête boursière. Est-ce que la note de la France aujourd'hui est stable ? Est-ce qu'on va garder notre 'AAA' ?

La note de la France est 'AAA' stable, comme une quinzaine de pays dans le monde. C'est le cas depuis 1975, malgré je dirais, les hauts et les bas que notre pays a pu rencontrer. Nous sommes confiants sur cette note 'AAA' stable. Et si bien sûr les choses devaient évoluer, on la modifierait, comme on l'a fait pour les Etats-Unis, mais elle est bien de 'AAA' stable.

On a vu il y a quelques jours que les spéculateurs ont beaucoup spéculé sur la France, et donc il y a un doute sur la capacité de la France à conserver cette note. Il y a un doute aujourd'hui dans la classe économique, mais aussi dans la classe politique.

Il y a beaucoup de rumeurs. Nous, nous ne commentons jamais nos rumeurs... Les rumeurs... Nous ne sommes pas l'origine de rumeurs. Je crois que c'est très important. Et nous avons confirmé, et nous continuer à confirmer aujourd'hui le 'AAA' stable de la France.

Et vous ré-évaluez ça tous les trois mois, tous les six mois, tous les jours éventuellement ?

Tous les jours, nous regardons l'ensemble des émetteurs que nous notons, quel que soit le secteur. Il peut se passer quelque chose ou ne pas se passer quelque chose, mais nous regardons au minimum une fois par an, et sinon à tout instant.

Alors Jacques Attali a relevé dans votre rapport sur les Etats-Unis où vous avez dégradé leur note une phrase de Standards and Poors, de vos collègues américains, un seul pays noté 'AAA' aura en 2015 une dette égale à celle des Etats-Unis en ratio, c'est la France. Ca veut dire qu'on doit... qu'on va perdre à moyen terme notre note, quoi qu'il arrive ?

Alors souvent les gens pensent que les notes sont liées à un ratio, une sorte de ratio de magique qui ferait que vous êtes 'AAA' ou vous n'êtes plus 'AAA'. C'est beaucoup plus complexe. Effectivement, le niveau d'endettement est un des paramètres, mais pas le seul. Il y a l'économie, il y a la situation des banques, et également, et c'est ça qui est très très important et qui est la cause de la dégradation de la note des Etats-Unis : c'est la trajectoire en matière de déficit public et d'endettement.

Et donc par exemple, vous prenez en compte aussi les déclarations politiques je suppose ?

Tout à fait...

Est-ce qu'en ce moment, vous prenez en compte seulement les déclarations politiques du gouvernement, au pouvoir donc pour encore neuf mois, ou est-ce que vous prenez en compte également les déclarations des candidats socialistes qui ont peut-être une chance de venir aux manettes dans neuf mois ?

Nous regardons l'ensemble, je dirais, du contexte. Nous sommes totalement apolitiques. Comme je vous le disais, on note la France depuis 1975 avec des gouvernements de gauche et de droite. Nous regardons simplement l'engagement des pouvoirs publics, leur plan. Est-il crédible ? Est-il durable ? Et surtout, nous jugeons sur pièces.

Alors le Président du comité de notation des Etats de Standard and Poor's avait souligné qu'une des raisons pour laquelle vous conserviez le 'AAA' à la France, c'était la réforme des retraites notamment. Est-ce que ça veut dire que si on veut conserver sur la longueur ce 'AAA', il va falloir aller plus loin peut-être sur cette réforme des retraites : 63-64-65 ans dans les prochaines années ?

Notre rôle n'est pas de donner de conseils. Je pense que les gouvernements savent tout à fait quels sont les leviers qu'ils peuvent utiliser, soit en matière de recettes soit en matière de dépenses. Comme je vous le disais, nous, ce qui nous importe, c'est la trajectoire. Le gouvernement français est engagé sur une trajectoire. Il l'a confirmé. Nous regarderons dans les faits.

On sait que Nicolas Sarkozy veut faire votre une règle d'or. L'opposition, pour l'instant, ne veut pas la voter. Est-ce que ça changerait quelque chose, pour vous, le fait que la France ait une règle d'or dans la constitution ?

Des éléments réglementaires peuvent être un plus, mais là aussi, la tendance et l'engagement et la réalisation de ces engagements.

Ce n'est pas ça qui garantira à vitam aeternam le 'AAA', ou à l'inverse, si on ne vote pas la règle d'or, vous n'allez pas dégrader la France dans les prochaines semaines, forcément ?

Je vous dis, c'est une trajectoire, un engagement, et là-dessus, on voit et on lit beaucoup de choses, donc nous verrons.

Alors beaucoup dans la classe politique et pas seulement, s'interrogent sur cette situation où une agence de notation, une société privée en plus qui appartient à des fonds étrangers, note un gouvernement, et finalement dicte sa conduite ou semble dicter sa conduite à un gouvernement démocratique. Et ça choque beaucoup de gens

Comme vous le dîtes : "semble dicter sa conduite". Je crois que là-dessus, il y a beaucoup de mythes. Les Etats dans le monde sont notés depuis plus de 35 ans. A partir du moment où ils émettent sur les marchés, ça fait partie, je dirais, des outils qu'ils doivent avoir à leur disposition pour donner des gages, des éléments d'information sur leur qualité de crédit.

"Mais qui sont ces gens qui osent décider à la place des peuples", dit par exemple Jean-Luc Mélenchon, qui est candidat à la Présidentielle...

Je crois qu'il mélange un certain nombre de concepts. Nous, on n'est pas là pour ça. On est là pour vous permettre à vous, si vous décidez demain d'acheter de la dette américaine ou de la dette allemande : est-ce un bon risque, est-ce un moyen risque, est-ce un faible risque ?

Donc en fait, vous êtes un thermomètre, et vous n'êtes pas la fièvre ?

Tout à fait. Et en ce moment, c'est vrai que c'est un message parfois très difficile à faire passer, sachant que nous avons un ensemble de notes, pas que des 'AAA', et que souvent, les nuances qui sont à travers nos notes, sont mal perçues.

Vous notez des Etats, on a compris. Vous notez aussi des entreprises, des fonds. Par exemple, en 2007, vous aviez été incapables de voir venir la crise des subprimes qui avaient des 'AAA' jusqu'au jour où elles se sont effondrées.

Alors, on a reconnu effectivement que dans le cas du marché immobilier américain, les hypothèses que nous avions prises étaient sous-évaluées, et que la crise a été d'une ampleur bien supérieure à ce qu'on avait anticipé, comme beaucoup d'acteurs dans le marché, je tiens à le préciser. Ou je dirais d'une manière plus large tous les banquiers et l'ensemble des acteurs, les banques centrales pour ne pas les nommer non plus.

Et donc nous avons reconnu, nous en avons tiré un grand nombre d'enseignements, et en partie le fait que pour toute note, il faut bien tout expliquer, que la clarté est très importante. Et donc nous faisons des efforts importants  pour donner les hypothèses sous-jacentes, les raisons qui sont susceptibles d'influencer une note à la hausse ou à la baisse.
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