1 min de lecture Chroniques

Robert Bourgi : "La France n'avait pas de candidat au Gabon" (vidéo)

Son interview sur RTL est une première. L'avocat d'origine libanaise Robert Bougi est le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy pour les relations avec les pays africains. "La France n'avait pas de candidat au Gabon. Elle n'est intervenue ni avant le processus électoral, ni pendant, ni après", a-t-il assuré lundi à Jean-Michel Aphatie. "Bien au contraire, la France est intervenue auprès des chefs d'Etat africains de la région pour apaiser les esprits", a-t-il ajouté.

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL

Ecouter aussi :
- Gabon : l'appel au calme du Président Bongo
- Gabon : première sortie publique délicate pour Ali Bongo


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Robert Bourgi.

Robert Bourgi : Bonjour, monsieur Aphatie.

Vous avez été initié aux réalités de l'Afrique par Jacques Foccart, conseiller du Général de Gaulle et de Jacques Chirac pour les questions africaines ; et à votre tour, aujourd'hui, vous aidez le Président de la République sur ces dossiers. Vous êtes traditionnellement discret sur votre rôle ; et votre intervention sur RTL ce matin est une première. Votre intervention est intéressante, ce matin, parce que vous connaissez bien le nouveau Président du Gabon, Ali Bongo. Dans le journal "Le Monde" du 29 août, c'est-à-dire la veille de l'élection présidentielle gabonaise, vous disiez : "Au Gabon, la France n'a pas de candidat mais mon candidat, c'est Ali Bongo. Or, je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy et de manière subliminale, l'électeur gabonais le comprendra." Donc, Robert Bourgi, Ali Bongo était bien le candidat de la France dans l'élection présidentielle ?

Monsieur Aphatie, je vous remercie, d'abord, de m'avoir invité. Effectivement, je m'exprime rarement ; et je ne suis point le conseiller officieux du Président de la République. Je suis un ami du Président de la République, il est de mon devoir de temps à autre de lui passer des messages lui donnant mon point de vue sur la situation en Afrique. Lorsqu'il m'arrive de le rencontrer assez souvent, nous parlons de l'Afrique dans tous les domaines.

L'élection d'Ali Bongo à la présidence du Gabon est-elle une bonne nouvelle pour la France ? Etait-ce le candidat de la France ?

Non. Je vous assure, monsieur Aphatie, si j'ai accepté de venir ce matin c'est pour vous dire que la France n'avait pas de candidat au Gabon. Elle n'est intervenue ni avant le processus électoral, ni pendant, ni après. Bien au contraire, monsieur Aphatie, la France est intervenue auprès des chefs d'Etat africains de la région - et j'en sais quelque chose - pour apaiser les esprits. Alors, je lis ça et là que le Président Bongo avait reçu parmi les trois candidats, seulement Ali Bongo. Or, il ne l'a reçu qu'une seule fois en 2008...

... Décembre 2008.

Non, en juin 2008. C'était pendant le salon du Bourget. Les journalistes font des erreurs aussi.

J'ai lu décembre.

Juin 2008, il l'a reçu pendant le salon du Bourget, il était à l'époque ministre de la Défense ; mais ce que j'ai à vous dire est extrêmement important parce que se pose la question de savoir si le Président Bongo avait en tête un successeur. Avant cette audience, le Président la République m'avait demandé de passer le voir, toujours en présence de monsieur Guéant et je rentrais de Libbreville. Il m'a dit : comment as-tu trouvé le Président Bongo ? J'ai dit, je ne l'ai pas trouvé en bonne forme. Et il m'a demandé à ce que tu reçoives son fils Ali qui jusque là n'avait pour interlocuteur que Michèle Alliot-Marie en tant que ministre de la Défense et Bruno Joubert de la cellule africaine.

Donc, il a reçu Ali Bongo.

Il a reçu Ali Bongo mais le père était vivant.

D'accord.

Mais il n'était pas candidat.

Nous sommes aujourd'hui ; nous n'allons pas refaire l'Histoire.L'élection d'Ali Bongo à la Présidence du Gabon est-elle une bonne chose pour la France, Robert Bourgi ?

C'est le peuple gabonais, monsieur Aphatie, qui a choisi.

D'accord.

Le peuple gabonais a choisi Ali Bongo mais la France n'est intervenue en aucune manière et de quelque manière que ce soit dans cette élection présidentielle gabonaise.

Donc, la phrase que je citais qui vous est attribuée dans "Le Monde", elle a quel sens ? "Mon candidat, c'est Ali Bongo et l'électeur gabonais le comprendra".

Mais j'ai le droit d'avoir une préférence pour un candidat.

Ah bien sûr, bien sûr !

Mais il reste, monsieur Aphatie, ce que l'on oublie de dire et d'écrire, c'est que je suis lié à tous les candidats qui se sont présentés à la présidentielle gabonaise et je suis en contact permanent avec tous les candidats.

On a l'impression, Robert Bourgi, que la France n'en finira jamais avec ses liens un peu suspects avec ces pays africains francophones ?

Pourquoi les liens suspects !

Beaucoup d'affaires, beaucoup d'argent dissimulé, des enquêtes sur les avoirs des chefs de l'Etat en France, des avoirs qui seraient réputés avoir été acquis dans de mauvaises conditions. On a l'impression que quelque chose de très opaque demeure entre ces pays et la France !

Monsieur Aphatie, la famille Bongo n'est pas la seule famille à posséder des biens en France. D'autres chefs d'Etat  d'autres régions du monde possèdent des biens immenses en France, et personne ne vient en parler. C'est une cible privilégiée.

La famille Bongo ?

Oui, et les chefs d'Etat africains.  Non seulement la famille Bongo, mais les chefs d'Etat africains. Or, je trouve que c'est une erreur. De toute façon, l'affaire est entre les mains de la Justice et la Justice tranchera et dira le droit.

On dit, Robert Bourgi, que c'est vous qui avez obtenu la démission de Jean-Marie Bockel qui a été un éphémère secrétaire d'Etat à la Coopération et qui voulait justement nouer d'autres relations avec ces pays francophones en Afrique.

Il y avait eu un précédent avec Jean-Pierre Cot, au début des années 80. A l'époque, le doyen des chefs d'Etat africains, c'était le Président Houphouët Boigny. Accompagnés du Président Bongo et d'autres chefs d'Etat ont demandé - pardonnez-moi cette expression ! - la tête de Jean-Pierre Bockel, ils l'ont obtenue.

Jean-Marie Bockel a souhaité revenir à la source de la volonté de monsieur Jean-Pierre Cot. Le Président Bongo, le Président Sassoué et d'autres chefs d'Etat avaient envoyé leurs ambassadeurs à l'Elysée. Ils ont été reçus par monsieur Guéant et ils ont dit leur mécontentement. Les choses n'avaient guère changé ; et un soir, je reçois un appel du Président Bongo (je vous parle très franchement). Il m'appelle. Il me dit : "Fiston, est-ce que tu peux venir me voir ?" (Je l'appelle "papa"). Pourquoi ? Parce que n'oubliez pas que je suis d'origine arabe, d'origine africaine et je suis Français aussi d'éducation.

Donc, il vous appelle. Fiston, vous dit-il !

Il me dit : fiston, viens me voir ! Il me dit : ça ne peut pas continuer. Il faut que tu dises à Nicolas que moi et les autres nous ne voulons plus de ce ministre. Je suis allé voir le Président de la République à l'Elysée en présence de monsieur Guéant et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du Président Bongo. Et il m'a dit : écoute, dis à Omar (comme il l'appelle) et aux autres chefs d'Etat que monsieur Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis, un ami de monsieur Guéant. Il m'a donné le nom en me demandant de le garder pour moi. Et il m'a dit aussi (c'est important) : ce nouveau ministre prendra ton attache, ne sois pas étonné  et quelque part, tu l'initieras à l'Afrique.

D'un mot, Robert Bourgi, on imagine que vous avez de mauvaises relations avec Bernard Kouchner qui ne doit pas beaucoup aimer votre diplomatie parallèle ?

Il y en a toujours eu des diplomaties parallèles, monsieur. Il y a plusieurs portes dans la maison du père... Monsieur.

Et Bernard Kouchner, quel rapport avec lui ? Mauvais ?

Je suis étonné que monsieur Kouchner ait dit quelque part qu'il ne me voyait qu'au bas des passerelles. Je ne suis pas à Air France ni dans une compagnie aérienne. Nous nous sommes vus... La dernière fois qu'il a vu le Président Bongo, c'était  rue Edmond Valentin, dans le VIIème arrondissement. Lors de cet entretien, j'étais présent. J'étais présent. Il était ministre des Affaires étrangères, c'était en juin 2007. Et était présent aussi l'ambassadeur du Gabon à Paris.

Enfin, vous ne vous parlez pas beaucoup... Robert Bourgi qui a fait une première intervention sur RTL, ce matin. Bonne journée.

Lire la suite
Chroniques L'invité de RTL Exclu RTL
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
5928146159
Robert Bourgi : "La France n'avait pas de candidat au Gabon" (vidéo)
Robert Bourgi : "La France n'avait pas de candidat au Gabon" (vidéo)
Son interview sur RTL est une première. L'avocat d'origine libanaise Robert Bougi est le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy pour les relations avec les pays africains. "La France n'avait pas de candidat au Gabon. Elle n'est intervenue ni avant le processus électoral, ni pendant, ni après", a-t-il assuré lundi à Jean-Michel Aphatie. "Bien au contraire, la France est intervenue auprès des chefs d'Etat africains de la région pour apaiser les esprits", a-t-il ajouté.
https://www.rtl.fr/actu/robert-bourgi-la-france-n-avait-pas-de-candidat-au-gabon-video-5928146159
2009-09-07 08:57:00