1 min de lecture Ingrid Betancourt

Rama Yade : "La meilleure défense, c'est la pression internationale"

Au lendemain de la libération d'Ingrid Betancourt en Colombie, Rama Yade était l'invitée de RTL. Elle a salué la "détermination" de Nicolas Sarkozy qui a mobilisé ses homologues dans ce dossier. "La première leçon que je tire, c'est que la pression internationale marche. La meilleure défense, c'est la pression internationale" a commenté la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme.

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL



Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Rama Yade.

Rama Yade : Bonjour.

Il y a peu de bonnes nouvelles dans l'actualité -c'est assez rare- et ce matin, Ingrid Betancourt est libre. Comment réagissez-vous, Rama Yade ?

Au bonheur, joie, soulagement, on peine quand Ingrid arrive si bien à trouver les siens, on peine à trouver les mots devant cette issue à laquelle on avait si peur de croire. C'est incroyable ! Mais en même temps, c'est le fruit d'une détermination, d'un engagement sans faille du Président de la République dès son élection.

Il en a parlé tout de suite, effectivement, dès son élection. Il en a beaucoup parlé.

Vous vous en rappelez ! Il en parlait, le soir de son élection, effectivement.

Qu'est-ce que ça représentait pour lui, donc peut-être dans le travail gouvernemental pour vous ?

Je crois que ce qui s'est passé... Cette libération, c'est le fruit d'une volonté, c'est le fruit de quelqu'un qui a toujours cru, qui n'a jamais baissé les bras. Il ne s'est jamais découragé ; et pourtant, les difficultés n'ont pas manqué, les doutes ont traversé les esprits et il a toujours accompagné la famille d'Ingrid, notamment ses enfants, Mélanie, Lorenzo, il y a mis tout son poids, toute son énergie, toute sa force de conviction. Et  je crois que quand on a une telle volonté politique de parvenir à un résultat, et bien sûr, ce résultat heureux, je crois que c'est peut-être ça le coeur même de l'action politique, c'est décider qu'on peut le faire, qu'on peut y arriver malgré ses six années. Et pourtant, tenir, parler à tout le monde, parler à la fois au Président Uribe et au Président Chavez, remettre ce sujet, cette libération d'Ingrid Betancourt au sommet de l'agenda diplomatique, mobiliser aussi les voisins comme le Président Correa. Tous, tous ces Chefs d'Etat sont venus en France. Tous ces chefs d'Etat ont rencontré Nicolas Sarkozy. Moi-même, je les ai rencontrés ; et je crois que cette mobilisation-là, elle valait la peine d'être menée quand on voit l'issue très heureuse de cette prise d'otages.

Alors, la mobilisation, elle empêche l'oubli. Elle oblige les responsables politiques à se mobiliser ; mais ça n'est pas la diplomatie, ça n'est pas la négociation qui a obtenu le résultat hier soir, mais c'est ça l'opération militaire, c'est la fermeté face aux FARC. C'est aussi une leçon peut-être dans cette affaire et la libération d'Ingrid Betancourt ?

La première leçon que je tire de cette libération, c'est que la pression internationale ça marche. C'est que pour les otages comme plus généralement pour les défenseurs des Droits de l'Homme dans le Monde, victimes des pratiques barbares, eh bien oui la meilleure défense, c'est la pression internationale, c'est la lutte contre l'oubli. Et à cet égard, mes pensées vont aussi à ces centaines de milliers, peut-être de ces millions de Français et de Colombiens et d'autres pays qui ont toujours cru, qui se sont mobilisés dans leur village, dans leur ville, dans leur commune, à tous ces maires également. Je pense que c'est toute la solidarité française qui était derrière Ingrid Betancourt et donc, c'est le fruit de tout cela. Je crois que cela importe.

Ca y a participé, bien sûr ; mais c'est quand même la fermeté face aux FARC qui a payé : la ligne du Président Uribe par rapport à celle du Président Chavez ?

Ah, je crois que c'est un mélange, un mixte de tout cela. Les pressions doivent être de diverses natures pour qu'aucune chance ne soit amoindrie et je crois que c'est le résultat. Maintenant, quelle est la part de fermeté ou de négociations qui a prévalu ? Ca, l'histoire le dira, les commentateurs le diront. Mais pour l'instant, ce que je vois, c'est que cette mobilisation a permis de placer ce sujet au cœur de l'agenda international et de trouver des solutions. Et quand le Président Sarkozy maintient le contact avec les FARC, soit par des appels directs, soit par les émissaires français, c'est aussi un moyen, un moyen d'action. Avec le Président Uribe également - le Président Uribe qui était au centre de la discussion diplomatique, le Président Chavez aussi - je crois que c'est tous ceux-là qu'il faut remercier de leur implication et n'en enlever ni l'un ni l'autre mais les intégrer tous dans une mobilisation égale, identique et qui nous a permis d'arriver à cette issue-là.

Ingrid Betancourt a dit qu'elle souhaitait venir le plus tôt possible en France. Savez-vous quand elle sera sur le territoire ?

Non, je ne sais pas encore. Mais les mots doux qu'elle a eus pour la France sonnent agréablement à l'oreille. Quand j'ai écouté sa déclaration, ses paroles prononcées en français, quand je l'ai entendue remercier la "douce France" c'était un moment extraordinaire d'émotion. J'ai bien regardé ce visage émacié, c'est vrai, mais d'une grande douceur en même temps, d'un grand rayonnement, qui illuminait un sourire très large et je crois que cette femme-là, elle a eu droit à la fois au pire et au meilleur. Au pire, à travers la brutalité de la détention, de la torture ; au meilleur, par son incroyable capacité de survie physique et morale mais aussi par... Ce que je retiens de tout cela, c'est la force de l'amour finalement, familial et filial. Sa famille n'a jamais baissé les bras et je crois que pour tous les otages - et le Président de la République a eu, hier soir, un mot pour le soldat franco-israélien Chalit, il a eu raison parce que nous pensons encore à tous ces otages dont les familles se mobilisent, dont les familles cherchent à maintenir l'attention de la Communauté Internationale, à travers la radio, vous l'avez dit tout à l'heure, la radio ... Nombre de fois où on a passé des messages radio à Ingrid Betancourt et quel soulagement de savoir qu'elle les entendait aussi et que ça lui apportait une part de bonheur dans cet enfer qu'elle vivait. Je crois que voilà, c'est un mélange de tout cela qui a conduit à cette issue-là et avant tout, la force, la volonté d'une femme qui ne voulait rien lâcher et qui est resté debout, alors que la France, elle, ne s'est jamais tue. Et je crois que c'est cela qui a produit ce résultat exceptionnel.

Dans le travail que vous faites depuis un an au gouvernement, secrétaire d'Etat chargé des Droits de l'Homme, il y a beaucoup de mauvaises nouvelles et peu de bonnes. Ce matin finalement, c'est peut-être l'un de vos plus beaux jours à vous ? L'une des plus belles nouvelles à commenter depuis que vous êtes au gouvernement Rama Yade ?

C'est vrai. Ce n'est pas tous les jours. Le métier est dur parce que les militants des Droits de l'Homme souffrent partout dans le Monde, parce qu'il y a des otages auxquels il faut penser en permanence. Et cette lumière au milieu de la nuit, je crois que, oui, ce sera un souvenir extraordinaire.

Voilà, nous commentions la libération d'Ingrid Bétancourt ce matin sur RTL avec Rama Yade, secrétaire d'Etat chargée des Droits de l'Homme. Bonne journée.

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Ingrid Betancourt Jean-Michel Aphatie L'invité de RTL
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Au lendemain de la libération d'Ingrid Betancourt en Colombie, Rama Yade était l'invitée de RTL. Elle a salué la "détermination" de Nicolas Sarkozy qui a mobilisé ses homologues dans ce dossier. "La première leçon que je tire, c'est que la pression internationale marche. La meilleure défense, c'est la pression internationale" a commenté la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme.
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2008-07-03 07:50:00