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Rachida Dati : "Pour des occupants, les musulmans sont bien dociles"

L'ex-ministre UMP de la Justice répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. A propos des déclarations de la vice-présidente du Front national, qui a comparé les "prières de rue" des musulmans à l'Occupation, elle a déclaré : "Je trouve ça inacceptable (...) Marine Le Pen ne renouvelle pas le discours du FN qui est un discours de haine, de rejet de l'autre, d'opposer les Français les uns aux autres. Elle pose un problème à toute la classe politique". Selon elle, il faut "arrêter de se servir des musulmans comme de coupables, comme de suspects". Et d'ajouter : "Il y a à peine 2.000 lieux de prières" musulmans en France et donc "des mosquées trop petites qui débordent de fidèles".

Rachida Dati sur RTL le 7 avril 2010
Rachida Dati sur RTL le 7 avril 2010 Crédit : La rédaction de RTL
Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
et La rédaction numérique de RTL

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Rachida Dati.

Rachida Dati : Bonjour.

Sept policiers de Seine-Saint-Denis ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Bobigny à des peines de prison ferme, de un ans et six mois, et ceci pour avoir formulé de fausses accusation. "Ce jugement, a dit Brice Hortefeux le ministre l'Intérieur, vendredi soir, peut apparaître légitimement aux yeux des forces de sécurité comme disproportionné." Et cette prise de position de Brice Hortefeux a déclenché une polémique. Le ministre de l'Intérieur a-t-il eu tort, selon vous Rachida Dati, de commenter cette décision de justice ?

Le problème n'est pas de savoir s'il a eu raison ou s'il a eu tort...

Je ne sais si c'est le problème, c'est ma question en tous cas.

Je vais vous y répondre...

C'est gentil !...

Je dis simplement qu'il y a une surenchère en ce moment entre les syndicats de magistrats, et les syndicats de policiers et je trouve absolument cesser cet antagonisme.

Alors surenchère entre syndicats. D'accord...

Cela dit, il faut d'abord en appeler chacun à sa responsabilité, parce qu'on a le sentiment, il ne faut que ça donne le sentiment que d'une part, les policiers n'ont pas conscience que les magistrats jugent en droit, avec un pouvoir d'appréciation qui est encadré par le Code de procédure pénale. Mais il ne faut pas aussi donner le sentiment, enfin donner, qu'ils ne connaissent pas les difficultés du travail des policiers. Ensuite de dire, commentaires ou pas...
  
Brice Hortefeux, excusez-moi, je vais reformuler la question, parce qu'on l'a peut être oubliée : Brice Hortefeux a-t-il raison ou tort de critiquer cette décision de justice ?

Il y a une différence entre contester une décision de justice, et la commenter. Il faudrait simplement rappeler que la doctrine en droit, c'est simplement du commentaire de décision de justice. Donc le commentaire et la contestation sont deux choses différentes. Donc la contester ça parait...

... On a du ma à comprendre, c'est assez simple. Il y a des gens qui disent que Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, méconnaît la séparation des pouvoirs en critiquant, depuis sa position politique, ministre de l'Intérieur une décision de justice.

Je crois que le ministre de la Justice a été très clair.

Ce qui est intéressant, c'est de savoir si l'ancienne ministre de la Justice partage ce jugement négatif.

Lorsque j'étais Garde des Sceaux, et que Michèle Alliot-Marie était ministre de l'Intérieur, nous n'avions pas ce genre de choses. Je n'ai pas eu à devoir effectivement soutenir un peu plus les magistrats, ou que Michèle Alliot-Marie ait à soutenir les policiers, parce que nous nous parlions beaucoup et on travaillait main dans la main. Je dis simplement que cette décision de justice, elle n'a pas à être commentée pour l'instant, puisqu'elle n'est pas définitive. Il y eu un appel, la décision n'est pas définitive. On aura le temps de la commenter pour voir, si elle est conforme, cohérente avec la jurisprudence, une fois que la décision sera définitive.

Donc vous regrettez que Brice Hortefeux l'ait commentée ?

La décision n'est pas définitive.

Vous regrettez que Brice Hortefeux l'ait commentée ?

Je dis simplement que cette décision n'est pas définitive, donc elle n'a pas à être commentée. Attendons la décision définitive pour la commenter. Je dirais simplement que les policiers, dont j'ai toujours soutenu le travail, c'est vrai qu'ils ont été surpris par le fait que ces condamnations soient allées au delà des réquisitions du Parquet. C'est pour cela que le Parquet a fait appel. C'est aussi simple que ça.

Ca, ça ne vous a pas échappé. Non c'était plutôt le versant politique. Finalement, vous refusez d'en parler si je comprends bien vos réponses.

Moi si vous voulez, je ne vais encore dire, Brice Hortefeux a raison ou a tort. Je dis simplement qu'on n'a pas à commenter une décision de justice qui n'est pas définitive.

Donc, il a eu tort de la commenter ?

Il faut juste rappeler quelques fondamentaux et quelques principes. La décision, il y a appel, elle n'est pas définitive, on verra quand elle sera définitive.

Donc, il a eu tort de la commenter. Bien oui ?

Vous voulez faire ça jusqu'à 8 heures et demi ?

Non, mais comment dire, quand les choses sont simples, on y répond simplement. C'est beaucoup plus facile

Et bien ce que je vous ai dit est très simple à comprendre

Très bien, vous étiez jeudi soir sur France 2, face à Marine Le Pen, dans l'émission "A vous de juger", d'Arlette Chabot. Et le lendemain à Lyon, Marine Le Pen - Alain Duhamel en a parlé - a comparé les prières de rue des musulmans à une occupation guerrière. Alors ?

Je dis simplement, ça reprend d'ailleurs l'édito d'Alain Duhamel, c'est tout à fait cohérent avec le discours du Front national. Quel est-il ? Là, il y a un profond mépris de la résistance, parce que vraiment comparer la résistance française à l'Occupation allemande, comparer l'Occupation allemande à une organisation simplement à une circulation dans la rue, face effectivement des mosquées trop petites qui débordent de fidèles, je trouve ça inacceptable.

Encore une fois, encore, les musulmans, comme toujours, c'est trouver des coupables. Ces coupables : être musulman, je le rappelle n'est ni un statut ni une nationalité. Pour des occupants, ils sont bien dociles, je dois dire. Quand je vois que tous les débats qui ont existé en France, rappelez vous sur la loi sur le voile à l'école, ou la loi sur interdisant la burqa. Pas une manifestation, pas une contestation, pas un acte de violence. Je vous invite à voir ce qui s'est passé dans certains pays européens, donc ces musulmans sont bien dociles.

Toutes ces prières dans les rues, ces images que provoquent. Pourquoi les pouvoirs publics ne font pas en sorte que par exemple, des mosquées soient faites, rue Myrha dans le XVIIIème, ça fait des années que ça dure. Quinze ans.

On a pris du retard, en France, il y a moins de 2.000 lieux de prière. Pendant très longtemps on a voulu occulter ce problème.
   
Pourquoi cela n'a-t-il pas été fait dans le gouvernement actuel, par exemple ?

D'ailleurs le Front national joue de ces peurs et de ces angoisses et joue de la réalité de certaines situations. Bien sûr qu'en France...

Et pourquoi le gouvernement auquel vous avez appartenu, vous soutenez, ne règle pas ce problème ?

Vous savez, j'ai travaillé au ministère de l'Intérieur lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur. Il a fait vraiment avancer la question du culte musulman, pour qu'il y ait justement pas d'islam radical, pas de repli identitaire.

Je vous parlais des prières qu'il y a dans les rues. Ca ne vous choque ces gens qui prient dans la rue ?

Bien sûr que ça me choque.

Et pourquoi il n'y a pas de mosquée dans ces quartiers ?

Et bien parce qu'il faut trouver les lieux de prières, qu'il faut avoir le temps de construire des mosquées. Il y en a à peine 2.000 en France. C'est juste ça la réalité. Donc arrêtons aussi de se servir des musulmans comme des coupables ou des suspects.

Marine Le Pen représente-t-elle un danger pour le candidat de l'UMP pour l'élection présidentielle de 2012 ?

Moi je pense qu'elle pose un problème pour la classe politique toute entière.

Ma question, c'est le candidat de l'UMP pour 2012.

Vous pensez qu'elle ne pose pas un problème à la Gauche ? La Gauche, qui ne parle ni de valeur, ni de la France, de l'amour de la France...

... Vous n'êtes pas de Gauche, vous êtes de l'UMP !

Je dis simplement, pour l'UMP, comme pour le Parti socialiste, Marine Le Pen pose un problème, parce qu'elle ne renouvelle pas son discours, qui est un discours de haine, de rejet de l'autre, d'opposer les Francais, les uns aux autres. Et elle pose un problème à toute la classe politique.

Pratiquement, une loi sur l'émigration a été faite depuis 2002 au ministère, le ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale a été créé ; un débat sur l'identité nationale a eu lieu. Le discours de Grenoble du président de la République, le 30 juillet faisait un lien entre immigration et délinquance. Et finalement, le Front national est toujours là !

Il s'agit pour nous, effectivement, moi je l'avais dit, rappelez vous, bien avant, dès le premier tour des élections régionales, pour la droite, il s'agit de revenir à ses fondamentaux.

C'est-à-dire les fondamentaux ? Il faut faire plus que ce qui a été fait ?

C'est d'abord une politique de sécurité équilibrée.

C'est pas le cas ?

La répression, il manque un volet de prévention de la délinquance. Cet aspect là et ce pan là de la politique de sécurité, n'existe pas. Pour la politique d'immigration, il faut effectivement avoir une politique d'immigration beaucoup maîtrisée, mais l'enjeu, ce n'est pas qu'en France...

Elle n'est pas maîtrisée ?

Si elle est maîtrisée, mais l'enjeu aujourd'hui, en France comme en Europe, c'est la politique d'intégration qui n'existe pas.

On ne comprend pas bien pourquoi, avec tout ce qui a été fait, le Front national aujourd'hui, menace jusqu'à l'UMP, puisque Jean-François Copé, c'est ce que disait Jean-François Copé samedi..

Il menace toute la classe politique. Encore une fois, c'est de revenir aux fondamentaux et de tenir comptes des difficultés et des préoccupations des Français. L'immigration, la sécurité et l'intégration font partie de ces enjeux.

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L'invité de RTL Chroniques Jean-Michel Aphatie
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Rachida Dati : "Pour des occupants, les musulmans sont bien dociles"
Rachida Dati : "Pour des occupants, les musulmans sont bien dociles"
L'ex-ministre UMP de la Justice répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. A propos des déclarations de la vice-présidente du Front national, qui a comparé les "prières de rue" des musulmans à l'Occupation, elle a déclaré : "Je trouve ça inacceptable (...) Marine Le Pen ne renouvelle pas le discours du FN qui est un discours de haine, de rejet de l'autre, d'opposer les Français les uns aux autres. Elle pose un problème à toute la classe politique". Selon elle, il faut "arrêter de se servir des musulmans comme de coupables, comme de suspects". Et d'ajouter : "Il y a à peine 2.000 lieux de prières" musulmans en France et donc "des mosquées trop petites qui débordent de fidèles".
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2010-12-13 09:41:00
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