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"50 Nuances de Grey" : un Twilight menotté

E.L. James a peut-être dévergondé Edward Cullen sous les traits de Christian Grey, mais Anastasia Steele est tout aussi peu indépendante que Bella Swan.

"50 Nuances de Grey" avec Jaimie Dornan et Dakota Johnson
"50 Nuances de Grey" avec Jaimie Dornan et Dakota Johnson Crédit : Universal Pictures
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Ce 11 février, la saga littéraire érotique Cinquante Nuances de Grey, vendue à plus de 100 millions d’exemplaires à travers le monde, sort son premier volet sur grand écran. L’occasion de revenir sur la genèse de l’étudiante Anastasia Steele (Dakota Johnson) et de l’homme d’affaire Christian Grey (Jamie Dornan), qui initie la jeune femme à sa passion du sadomasochisme dans sa “chambre de la douleur”.

L’idée principale de cette pratique sexuelle est de consentir avec son partenaire à créer une situation où l’un est soumis, l’autre, dominant, en fonction des préférences de chacun. Le dominant recherche le plaisir en humiliant et/ou en faisant mal au dominé, qui prend lui-même du plaisir à être malmené.

Une fan-fiction tirée de Twilight

On a tendance à l’oublier, mais Cinquante Nuances de Grey est à la base une fan-fiction tirée de… Twilight, la saga vampirique de Stephenie Meyer, publiée entre 2005 et 2008. La fan-fiction consiste à reprendre les personnages d'une œuvre fictionnelle (roman, série télévisée, film, etc) et à leur inventer des aventures. En janvier 2009, E.L. James, alors assistante à la télévision britannique, imagine une nouvelle manière d’écrire la relation entre l’humaine Bella Swan et le vampire Edward Cullen. Elle intitule sa fan-fiction Master of the Universe, et la publie sur différents sites spécialisés, avant de créer le sien : fiftyshades.com. Il est depuis devenu son site officiel.

Par la suite, E.L. James est obligée de prendre ses distances avec l’univers de Twilight, pour des questions de droit d’auteur. Elle change le nom des protagonistes, leurs métiers, et efface toute référence fantastique. Avec ces modifications, elle peut publier son roman, qu’elle découpe en trois parties : Cinquante Nuances de Grey, Cinquante Nuances Plus Sombres et Cinquante Nuances Plus Claires.

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La première est publiée en ligne, en mai 2011. Le bouche-à-oreille grandissant autour de cette histoire, la maison d’édition Vintage Books signe un contrat avec E.L. James, pour une publication papier. Le dernier volet paraît en librairie en janvier 2012.

Edward Cullen version coquin

Dans la fan-fiction originelle de E.L. James, Bella et Edward n’attendent pas le mariage pour s’adonner avec joie à des relations sexuelles. Cette décision révolutionnaire a ravi de nombreux fans, frustrés de ne lire les premières scènes de sexe que dans le quatrième tome de la saga, Révélation. C’est en grande partie grâce à ce pari que la fan-fiction de E.L. James a rencontré autant de succès.

Sous sa plume, Edward a même des penchants pour la fessée, les yeux bandés, et autres mises en scène sadomasochistes. Bien loin du personnage prude et romantique décrit par Stephenie Meyer, qui demande à Bella de l’épouser avant de passer sous les draps, au grand désespoir de la jeune femme. Cet élément nouveau du caractère d’Edward a subsisté sous les traits de Christian Grey, jeune multimillionnaire à la tête de l’entreprise familiale, basée à Seattle.

Ces changements n’ont d’ailleurs pas été du goût de l’auteure américaine : “Je n’ai pas lu le livre, parce que ce n’est pas le genre de littérature que j’aime. [...] Mais tant mieux pour elle [E.L. James], elle s’en sort très bien. C’est génial !”, avait-elle déclaré à MTV, en 2012. Il faut rappeler que Stephenie Meyer est de confession mormone, une branche conservatrice du christianisme.

De nombreuses ressemblances persistent

Malgré les changements apportés par E.L. James, Cinquante Nuances de Grey conserve de nombreuses similarités avec Twilight.

Christian Grey, tout comme Edward Cullen, espionne et traque l'objet de ses convoitises : Anastasia Steele. La ressemblance est telle que E.L. James a repris une citation connue de Twilight : “Je ne peux pas te laisser seule un instant.”

Cette manie a été critiquée comme une “vision romantique du harcèlement” par Fifty Shades of Abuse ("Cinquantes Nuances de Maltraitance"), une collectif britannique qui appelle à boycotter le film. La même critique avait été faite à l’époque à l’encontre de Twilight. Par ailleurs, les deux personnages sont décrits physiquement dans des termes proches : des cheveux aux reflets cuivrés, des yeux à la couleur originale (grise pour Christian et dorée pour Edward), une allure mince mais musclée, et un teint pâle.

Anastasia Steele a elle aussi beaucoup gardé de Bella Swan. Elle est étudiante et non pas lycéenne, mais a la même candeur mêlée à un gros manque de confiance en elle, et un physique "banal". Surtout, elle est également vierge au début de la saga, et partage la même fascination pour cet homme "hors du commun" qui daigne s’intéresser à elle. Au point qu’elle aussi est prête à tout abandonner pour être le plus possible avec lui. Spoiler : Anastasia et Christian finissent par convoler en justes noces dans le troisième tome, Cinquante Nuances Plus Claires, tout comme Edward et Bella.

Une fin assez conservatrice pour une saga qui se veut libertine !

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