2 min de lecture Jacques Servier

Procès Mediator : deux experts chargent les laboratoires Servier

Deux experts et ex-membres de l'Agence de sécurité des produits de santé (Afssaps) ont pointé du doigt vendredi la responsabilité des laboratoires Servier.

micro générique
La rédaction numérique de RTL
et AFP

"Enfumage", "volonté d'occulter". Au quatrième jour du procès du Mediator, deux experts et ex-membres de l'Agence de sécurité des produits de santé (Afssaps) ont pointé du doigt la responsabilité des laboratoires Servier.

"Les laboratoires Servier auraient dû spontanément retirer le Benfluorex (principe actif du Mediator) en 1997", lorsque l'Isoméride et le Ponderal, des médicaments de la même famille, ont été eux-mêmes retirés du marché, a estimé Philippe Lechat, ex-directeur de l'évaluation des médicaments à l'Afssaps (de 2007 à 2012).

Servier pour moi, c'est l'Opus Dei.

Jean-François Bergmann, ancien vice-président de la commission d'autorisation de mise sur le marché des médicaments
Partager la citation

La "ligne" du groupe pharmaceutique était de positionner le Mediator comme différent de ses deux cousins, selon le médecin qui a rédigé une note fin 2010. "Il y avait une volonté de minimiser, d'occulter", a-t-il insisté. "On a eu vingt, trente ans d'enfumage de l'effet anorexigène (du Mediator)", a expliqué pour sa part le professeur Jean-François Bergmann, ancien vice-président de la commission d'autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments. "Servier pour moi, c'est l'Opus Dei", car "ils ont trois principes : la foi, le silence et le cloisonnement", a-t-il ajouté.

"Finalement, Servier ressemble beaucoup à l'Afssaps, chez qui il y a le silence, le cloisonnement et aussi la bonne foi", a alors ironisé Me Hervé Temime, l'avocat de Jacques Servier, fondateur des laboratoires éponymes. Car pour son conseil, l'Afssaps a également une responsabilité dans le retrait tardif - en 2009 - de l'antidiabétique, détourné comme coupe-faim.

L'Afssaps critiquée pour ne pas avoir alarmé sur les risques avant 2009

À lire aussi
La pneumologue Irène Frachon, le 16 mai 2013 au CHU de Brest. Mediator
Mediator : "Un jugement exemplaire sera vital pour les victimes", dit Irène Frachon

Interrogé sur les raisons pour lesquelles l'Afssaps n'avait pas pris une décision plus tôt, Philippe Lechat a expliqué que c'était dû à "l'absence de notification de pharmacovigilance alarmante" avant 2009. Le problème, pour le Pr Bergmann, c'est que "la pharmacovigilance basée sur la déclaration spontanée, cela marche très mal. (...) Un médecin le fait en moyenne une fois tous les dix ans".

L'ancien membre de l'AMM jusqu'à fin 2012 a également dénoncé une "stratégie de déviance" des laboratoires Servier pour donner un "classement atypique" à ses médicaments, leur permettant de passer sous les "fourches caudines de la pharmacovigilance". Mais la défense n'a eu de cesse de tancer l'expert sur sa passivité présumée alors qu'il s'estimait méfiant vis-à-vis de Servier.

Me Temime a également dénoncé un conflit d'intérêt présumé, évoquant le mandat à l'AMM de M. Bergmann en même temps qu'une mission menée pour Sanofi-Aventis.

Dans le cadre de l'instruction menée en parallèle à Paris, l'Afssaps -- devenue aujourd'hui Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) -- et Jacques Servier sont mis en examen pour "homicides et blessures involontaires". Le Mediator est accusé d'être responsable de centaines de morts en France.Le procès doit reprendre lundi, avec l'audition de nouveaux témoins cités par les parties civiles.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Jacques Servier Mediator Info
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants