3 min de lecture Jean-Marc Ayrault

Violences urbaines : quand Ayrault taclait Sarkozy en 2005

DÉCRYPTAGE - Accusé de laxisme dans la gestion des violences de Trappes, Jean-Marc Ayrault a vanté son "attitude responsable" lors des émeutes de 2005. Il n'était pourtant pas tendre avec le gouvernement.

Mathieu Dehlinger Journaliste RTL

Accusé de laxisme par la droite dans la gestion des violences urbaines de Trappes, Jean-Marc Ayrault a répliqué lundi, dénonçant l'attitude de l'UMP. "Moi j'étais dans l'opposition en 2005 lorsqu'il y a eu les émeutes, j'ai eu une attitude responsable", a assuré le Premier ministre.

"Le ministre de l'Intérieur de l'époque avait pris des décisions difficiles, il s’appelait Nicolas Sarkozy", a poursuivi Jean-Marc Ayrault. "Je n'ai pas fait comme ceux qui sont aujourd'hui dans l'opposition en me laissant aller. J'aimerais que l'opposition d'aujourd'hui soit aussi responsables que ceux que nous étions hier."

Vrai ou faux ? RTL.fr s'est plongé dans les archives de l'époque. Si Jean-Marc Ayrault proposait un "pacte de non-agression" à la majorité UMP, il était loin d'être tendre avec l'exécutif.

Ayrault et "l'explosif cocktail Sarkozy"

Fin octobre 2005, les banlieues françaises s'embrasent. Tout part de Clichy-sous-Bois, après la mort de Zyed et Bouna, électrocutés dans un transformateur. Les deux adolescents avaient pris la fuite face à la police. L'attitude des forces de l'ordre est alors vivement contestée. Celle du ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, aussi.

Nicolas Sarkozy est ministre de lui-même.

François Hollande
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Et les socialistes sont les premiers à dégainer, si l'on en croit la presse à l'époque. Dès le 1er novembre, "le PS fait feu sur le sarkozysme", titre Libération, citant Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Le lendemain, rebelote dans le quotidien. François Hollande, alors premier secrétaire du PS, fait feu de tout bois contre Nicolas Sarkozy et réclame une "tolérance zéro" pour "[ses] provocations verbales, la disparition de la police de proximité, l’absence de toute politique de prévention". Il décrit un président de l'UMP "obnubilé par sa caricature", qui "n'est plus ministre de l'Intérieur", mais "ministre de lui-même". Pas franchement un geste d'apaisement.

Le cocktail Sarkozy a hélas explosé.

Jean-Marc Ayrault
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Et Jean-Marc Ayrault n'est pas en reste. Le 2 novembre, l'actuel Premier ministre juge que la politique de sécurité du gouvernement de l'époque "est un échec". Le lendemain, il affirme que l'exécutif "semble dépassé" face aux violences urbaines. Et déjà, il s'insurge contre les reproches faits au PS : "De notre côté, il n'y a ni laxisme, ni laissez-faire." Exactement le même discours qu'aujourd'hui. Dans une tribune du Figaro, le 7 novembre, il enfonce le clou : "Le cocktail Sarkozy était explosif. Il a hélas explosé. Il ne saurait être question pour nous d'attiser le feu."

Ayrault et son "pacte de non-agression"

Face aux tensions et aux violences qui se développent dans de nombreuses villes françaises, le gouvernement prend la décision de mettre en place l'état d'urgence le 8 novembre. Objectif : permettre aux préfets de déclarer des couvre-feux. Le Premier ministre Dominique de Villepin prend la parole devant l'Assemblée nationale pour annoncer que "le gouvernement est entièrement mobilisé" face au "climat de désordre et d'insécurité".

Certes, en prenant la parole à la tribune à sa suite, Jean-Marc Ayrault joue d'abord la carte de l'unité. Président du groupe PS à l'Assemblée, il se déclare "pas hostile au couvre-feu" et propose même "un pacte de non-agression" à la majorité UMP.

Votre ministre de l'Intérieur porte de lourdes responsabilités.

Jean-Marc Ayrault
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Sauf que quelques secondes seulement après le début de son discours, il tacle la même majorité, dénonçant les "nombreuses fautes et erreurs commises par les autorités de la République ces dernières semaines". Sous les huées de la droite, il pointe la "lourde responsabilité" de Nicolas Sarkozy. "Nous n'avons pas le droit d'attiser le feu comme naguère le faisaient vos amis ! Vous savez maintenant ce qu'il en coûte d'instrumentaliser la peur et l'insécurité".

Ayrault et "l'esprit de responsabilité"

Et quelques jours plus tard, le 15 novembre, l'unité autour du couvre-feu n'est déjà plus qu'un lointain souvenir. Le parlement doit se prononcer sur la prorogation de l'état d'urgence pour trois mois. Le Parti socialiste choisit de s'opposer, pour ne pas instaurer un "état d'exception" dans les banlieues.

"Le PS revient à une opposition sans concession", analyse l'Agence-France-Presse. Jean-Marc Ayrault également, il assure avoir "défendu l'esprit de responsabilité" et "jamais cédé à la facilité d'instrumentaliser la peur". Et le socialiste de conclure : "Je regrette que le gouvernement n'ait pas su saisir cette main tendue."

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